lundi 2 avril 2018

Le goût de la rengaine et des cabarets 2

Avec cela, j'ai toujours eu le goût des cabarets.
À l'intérieur des cabarets, le temps n'assujettit plus le réel, il ne règle plus la marche du monde, mais il autorise le développement harmonieux d'une fantaisie obstinée, qui s'impose à la raison-même. C'est ainsi que les portes de ces établissements se referment sur la raison ordinaire, la laissant au-dehors ; ils s'ouvrent vers un ordre parallèle, qui trouve sa cohésion dans l'enchaînement des tableaux et de la féérie qu'ils produisent.
Avant la guerre, les allemands, en Europe, particulièrement à Berlin, dominaient la discipline. Ils y démontraient une audace agressive, augmentée d'une puissante mélancolie. 
S'imposait alors au cabaret une logique d'évolution (parfois d'alternance), qui va de l'euphorie, de la fête surjouée, au plus redoutable abattement (ou qui mêle ces deux sentiments jumeaux), la langue allemande se prêtant, par surcroît, fort bien à la diffusion de la sentimentalité cabaretière. Il y avait de la canaille dans tout cela, du frôlement d'épidermes, de l'accouplement de porte-cochère, du rut furtif, une hâte de plaisir sans espoir de lendemain.

Zarah Leander (1907-1981) n'était pas allemande mais suédoise d'origine. Au contraire de la grande Dietrich, qui les haïssait, elle approcha d'un peu près les dignitaires nazis sans adhérer cependant à l'idéologie inspirée par le regrettable oncle Adolphe. Elle mit fin à ce dangereux compagnonnage en 1943, en regagnant sa patrie. Sa belle voix grave aux accents de fatalité nordique, qui ne cessa d'envoûter ses contemporains, jusqu'à sa mort, en 1981, s'accordait parfaitement au genre.






- Bon, à présent Zarah, comment pourrais-je leur dire adieu ?
- Comme cela, Patrick, comme cela :



On lira Effroi et magie d'Allemagne    Dernière chance

4 commentaires:

Nuageneuf a dit…

Décidément ce na sera jamais ma tasse de thé. Désolé ( j'ai fait l'effort d'écouter...)

Patrick Mandon a dit…

Nuage, votre effort est louable, mais n'était-il pas désespéré ? Le thé possède ici un arrière-goût amer, qui ne peut que vous déplaire. Il vous est sans doute impossible de séparer l'artiste de sa biographie en partie sulfureuse. Je le comprends. Quant à moi, j'aime sa voix rauque, très mélancolique.

R. Claude a dit…

En 1937, avant de quitter l'Allemagne nazie, Detlef Sirck - le futur Douglas Sirk à Hollywood - dirigea Zarah Leander dans "La Habanera" où elle interprète "Der Wind hat mir ein Lied erzählt" avec un orchestre cubain. Son meilleur film ? La chanteuse ré-enregistra dans les 60's ce titre devenu culte mais c'est la version originale que je préfère. (Pour la dénicher sur vinyl, j'ai retourné les deux marchés aux puces d'Amsterdam. ;)
https://www.youtube.com/watch?v=a3Cv0sV3Gms
Bon ouikend, cher Patrick.

R. Claude a dit…

A Genève, nous n'avons plus de cabarets. Ils ont été remplacés par des boîtes à champ' ou des discos pour fêtards décervelés du samedi soir. A propos de cabaret, cette vidéo de la chanson "Zu Asche, Zu Staub" qui figure sur B.O. de la série "Babylon Berlin" est enthousiasmante :
https://www.youtube.com/watch?v=uekZpkYf7-E