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vendredi 16 novembre 2018

Le désir et la mélancolie

Qui le hantait ? Sa mère, certainement : le souvenir de cette femme au visage triste, gagnée par la peur et la détresse. Son père aussi : il conserva toujours le souvenir des scènes violentes, le bruit sourd ou retentissant des coups qu'il distribuait généreusement à sa femme et à son fils ; un homme brutal, égaré.

Plus tard, il suscita le désir du monde.
Et il fut mélancolique.

Deux films sont disponibles, en ce moment, dans l'Internet :
1) cette manière de biographie augmente encore le mystère qu'a fondé cet homme :



2) Pour celles et ceux qui n'auraient pas vu le film « maudit », décrié, honni, le voici :



Et pour le retrouver : 
Le fantôme du métro aérien 1   Retour sur le pont   Le fantôme du métro aérien 2  L'indésirable 2  Brandobsession (Brando's session)  Dernier sanglot à Paris  L'enfance, notre passager clandestin

  Le principe de fascination   De profil, de dos et de face




jeudi 31 mai 2018

Le désir fait écran

Cet article est parti plus tôt qu'il ne fallait, je le complète donc.

Nous sommes en 1965, lors de la cérémonie des Oscars (bien supérieure, relativement à l'éclat, à l'organisation, au simple intérêt, à nos lamentables Césars). Il a trente ans, ce jeune homme qui surgit de la coulisse. Il est une silhouette sombre, souple, qui s'avance vers le pupitre. Et l'on distingue alors parfaitement son visage, ses traits d'une juvénilité désarmante. Il ne paraît pas intimidé, alors qu'il doit l'être. Il parle, sa voix ne tremble pas, son accent est presque mieux qu'américain : anglais. Qui le connaît vraiment, alors, en Amérique ? Le public ? Qui a vu, dans l'Arizona, en Louisiane, dans le Connecticut, ou encore en Virginie, Plein Soleil, Rocco et ses frères, Le Guépard, L'Éclipse, Mélodie en sous-sol ? Chez les professionnels, il en va autrement. On lui fait entendre qu'une carrière s'ouvre en Amérique. D'autres français, avant lui, ont remporté tous les suffrages, entraîné tous les cœurs après eux. On lui cite le grand Maurice Chevalier, bien sûr, Clodette Colbert, Charles Boyer, Leslie Caron, Louis Jourdan…
Il part. Il reviendra bien vite, déçu, impatient, définitivement français et européen. Il a eu raison : son ambition n'aurait pas pu s'exprimer aux USA.
Mais, pour l'heure, il suit les conseils de ses mentors : Hollywood cherche constamment des têtes nouvelles, il faut qu'il se montre. Pour cela, la soirée des Oscars est idéale. C'est ainsi qu'il paraît sur la scène du Civic Auditorium (Santa Monica, Californie).
Il a trente ans, donc. De toute sa personne, sombre et lumineuse, de cet éclat de beauté délicate et nerveuse, émane une grande sobriété, peut-être soutenue par la conviction d'incarner une forme unique, singulière de séduction absolue.
Il évoque un peu Montgomery Clift, par exemple, mais il ne semble absolument pas hanté par ce trouble d'origine, ce malaise « ontologique », cette émouvante indécision qui « fondait » le merveilleux « Monty ».
Alain Delon a trente ans. Il ne devrait pas se trouver là. Quinze ans auparavant, il cherchait le moyen de fuir un destin, qu'il refusait absolument. Il y eut l'armée, puis Paris, puis le cinéma.
C'est à dire, plus explicitement, il y eut le désir. Ce désir que toute sa personne suscitait à chacune de ses apparitions, dans quelque lieu qu'il se trouvât, chez les femmes, chez les hommes. Il voyait bien la joie qu'il leur procurait quand il leur souriait, et l'espoir qui les gagnait, quand il s'approchait d'eux, quand il semblait les désigner, les sortir du lot.
C'est ainsi que se renouvellent les représentations du désir.
Il ne demeurera pas longtemps « à portée de main », il mit entre les autres et lui un écran, celui du cinéma.
Il ne devait pas être là, rien ne le prédestinait à irradier cette soirée des Oscars, en 1965. Rien, sinon le désir et son renouvellement. Alors, il prit toute sa place.
Il était là. Toute sa personne imposait sa propre réalité du désir humain. Il appelait l'écran : par ce moyen, par ce truchement, il pourrait être l'amant du monde. il pourrait être espéré, attendu, désiré. Le désir faisait écran. Il s'offrait sans se donner. Il avait trouvé son destin.



Pour illustrer tout cela, une chanson m'est venue à l'esprit. Elle est l'œuvre, paroles et musique, d'un personnage flamboyant du théâtre et du cinéma, anglais d'origine, snob, charmant, subtil, extrêmement doué : Noël Coward (1899-1973).
Pour un spectacle musical, en 1932, il créa Mad about the boy (Folle de ce garçon) destinée à une artiste féminine. La chanson connut un immense succès, avant la Seconde guerre mondiale et après, et jusqu'à aujourd'hui.
Toutes les femmes étaient « folles de ce garçon ». Toutes les femmes, ainsi que… Noël Coward himself. Le grand Coward était homosexuel, à une époque où il n'était pas aussi simple d'en faire « profession de foi ». Il enregistra sa propre version, qui demeura longtemps… discrète voire secrète.
La voici, le voici, lui aussi « folle » de ce garçon  :



Et voici un florilège, parmi toutes les interprétations qui me plaisent infiniment.

Swing et grâce, quelque chose d'entêté aussi, orchestre et voix en accord parfait, Phyllis Robins et Jack Hilton :




Greta Keller, dans un genre un peu cabaret berlinois, mélancolie rhénane :



L'immense Dinah Washington, à la fois chic et canaille, a véritablement transformé le style de la chanson, dans les années cinquante :



La perfection  « jazz » de l'impeccable Anita O'Day :



Jessica Biel joua dans une adaptation cinématographique (2008), assez banale (Alfred Hitchcock avait signé la première, muette, en 1926 ou 1927) de la pièce signée Noël Coward, Easy virtue. Elle ne se sort pas si mal de l'exercice :



Très comédie musicale, très anglaise au vrai, Marianne Faithfull :



Une classe folle, une facilité, une maîtrise incroyables, Ernestine Anderson :



Un murmure de sensualité dans ce monde de brutes, Julie London :



Voilà : cette liste n'est pas exhaustive, mais il est vrai que je suis loin, moi-même, d'être exhaustif !

N.B. : J'augmente cette liste d'une interprétation par Esther Ofarim, conseillée par debout (sans majuscule, ainsi qu'il ou qu'elle signe son message). En effet, tout est excellent et original, et d'une épatante fantaisie (très sixties) :



Pour Alain Delon on pourra aller voir : 

Delon, sans retouche

Alain, sors de ce corps !  Nico, une allemande dans la Factory  Le décor d'une vie -3-  Les désirables


lundi 8 décembre 2014

Brandobsession (Brando's session)

Voyez et pleurez !
Il refusa d'apprendre par cœur le monologue, qu'il devait dire au cours de cette scène, préférant improviser sur un canevas. Longtemps, il attendit derrière la porte, où se trouve la dépouille de sa femme, qui s'est suicidée. Puis il pénétra dans la pièce.
Voyez comme il se rapproche du lit, en déplaçant le fauteuil, jusqu'à prendre place sur la couche même.
Il déclare d'emblée, s'adressant à la défunte, que son maquillage excessif lui donne un air ridicule.
Il dit ses propres mots, accomplit le rituel que lui souffle une voix intérieure. En deux minutes, il suggère l'épais mystère de celle qui fut sa femme (« le chef d'œuvre de [sa] mère »), et remplit toute la semi-obscurité de la chambre de son désarroi fondamental.
Voyez et pleurez !
Le crépuscule est avec lui.

(Scène extraite de Le dernier tango à Paris)



Puis, pour le seul plaisir de le revoir, de traquer sa déambulation d'homme provisoirement surnuméraire,   de contempler ce visage d'une beauté dangereuse, ces images extraites du Dernier tango, habillées par la chanson de Leonard Cohen Dance me to the end of love, dans la superbe version qu'en donna Madeleine Peyroux. Son texte énigmatique convient parfaitement à l'histoire de ces deux êtres, que seul le hasard pouvait « apparier ».



Je vois bien ce que ma Brandobsession peut comporter de ridicule et de lassant, mais je ne peux m'en débarrasser.

 L'indésirable 2 Brando sur le trottoir,  Le fantôme du métro aérien 1,  Le fantôme du métro aérien 2,  Retour sur le pont  Le principe de fascination,  Marlon B, for Lady Tanya, and for all Tous les garçons' ladies  Voici Leonard, sortez vos mouchoirs ! L'étrangeté sentimentale

dimanche 7 décembre 2014

L'enfance, notre passager clandestin

Quelle qu'elle ait été, émerveillée ou désastreuse, raffinée ou plus que rude, nomade ou châtelaine, notre enfance nous tient la main, et ne la lâche pas. Nous sentons la pression de ses doigts, sa caresse sur notre joue, la force de sa gifle. Elle fonde notre vaste mélancolie.
Poursuivant dans ma « Brandobsession », je donne ce cliché de l'ogre Sa beauté ne le sauvera pas : il pourra bien se boucher les oreilles, toujours il entendra sa plainte d'enfance
C'est ainsi que les hommes vivent.



















L'interprétation de ces deux chansons connues, très différentes l'une de l'autre, de Ferré par Thiéfaine, leur donne un singulier relief. Pour la première, on pressent quelque chose comme une lassitude, une résignation nerveuse ; pour la seconde, un empressement de virilité. Pour finir, La Ruelle des morts, de sa composition : l'enfance encore…



 L'indésirable 2 Brando sur le trottoir,  Le fantôme du métro aérien 1,  Le fantôme du métro aérien 2,  Retour sur le pont  Le principe de fascination,  Marlon B, for Lady Tanya, and for all Tous les garçons' ladies  

mercredi 3 décembre 2014

Les désirables

Ils ont incarné un moment éblouissant du désir français, du désir qu'on éprouvait pour les français. Ils l'ont incarné non sans une certaine arrogance : mêlée de gouaille pour Belmondo, de tourment pour Delon, d'insolence pour Bardot. Elle venait d'un milieu bourgeois, en possédait toute la solide extravagance, le pas assuré, la bouderie nonchalante. Delon avait fui un destin de garçon boucher, Belmondo était le fils d'un talentueux sculpteur.
Le monde voulait autre chose, il éprouvait un désir neuf. La France lui a proposé ces trois-là, et il s'en est immédiatement épris. Il a aimé la mèche dans les yeux d'Alain le sombre, la sueur sur sa peau si lisse. Il fut séduit pas le charme cabossé de Jean-Paul, le boxeur bien élevé. Il s'affola devant la sensualité innocente et têtue de Brigitte Bardot.
Bardot, Belmondo, Delon : la trinité d'un désir français.

Ci-dessous : Brigitte B., vers 1960, par Daniel Franay ; Jean-Paul B., par Tony Gryla, sur le plateau du film Pierrot le fou, de Jean-Luc Godard, en 1965 ; Alain D. , vers 1965, par Michael Holtz



















































On lira Nico, une allemande dans la FactoryAlain, sors de ce corps !Delon, sans retoucheDelon ne mégote pasLe décor d'une vie -3-Faites la moueUn « Grello » qui tintinnabule, une tartine qui dégouline, Bardot et ses « frères »Une vitrine pour ma cousine


mercredi 5 mars 2014

Le principe de fascination

Il agit comme un aimant. Je l'évoque irrégulièrement, mais, lorsque son ombre se profile, elle s'installe. Je reconnais mon obsession.
Je ne lui vois pas d'équivalent cinématographique, je veux dire qu'il s'imposa comme un suzerain, et que tous les autres se reconnurent ses vassaux : pour beaucoup, des vassaux fantômes. Il ne chercha pas à dissimuler le malaise originel, qui façonna sa personne morale et physique. Moulé dans une chair musculeuse, la taille bien prise, les épaules larges, il incarna la tentation et sa vanité. Et même à cinquante ans, déjà gagné par la calvitie et la surcharge pondérale, il fut encore le partenaire idéal d'un huis clos à l'éros piégé.
Je reconnais la fascination, intacte, qu'il exerce sur moi. Je reconnais la fatalité de son apparence, je distingue la faille, qui le traverse de part en part. Il est le jouet des fantômes familiers, qui ont commencé à peupler son regard dès l'enfance.
Un sphinx complaisant se satisfait des réponses improvisées, que nous apportons aux questions qu'il nous pose. Mais nos parades de facilité ne nous dispenserons pas toujours d'être confrontés à l'énigme qui nous constitue.




















On sera avisé de consulter Le fantôme du métro aérien 1Le fantôme du métro aérien 2Retour sur le pontBrando sur le trottoirMarlon B, for Lady Tanya, and for all Tous les garçons' ladies

mardi 16 octobre 2012

Retour sur le pont

Il n'est pas de désarroi plus grand que celui d'un homme, vêtu d'un manteau de cachemire, marchant sur un pont et sous le métro aérien, à Paris, sur le point d'être dépassé par une jolie jeune femme.



















Il n'est pas de curiosité plus furtive que celle de cette même jeune femme, se retournant sur l'homme vêtu de cachemire.

























Il n'est pas de solitude plus douloureuse que celle de l'homme en cachemire, perdu dans son tourment.
















Il n'est pas d'étreinte plus passionnée, plus brutale que celle de ces deux êtres réunis par le hasard, dans un appartement vide.

















Photographies extraites du film Le dernier tango à Paris, de Bernardo Bertolucci (1972), avec Maria Schneider et Marlon Brando


Ci-après, des images très rares de Marlon Brando, en compagnie de Montgomery Clift. Tous deux sont jeunes, délurés, heureux. Cela ne durera pas ; l'un et l'autre trouveront bientôt une pente « naturelle », qui les mènera à l'inconfort de vivre et au malheur d'être né.





On en saura plus encore ici et là…  Le fantôme du métro aérien 1Le fantôme du métro aérien 2Le fantôme du métro aérien 3Marlon B, for Lady Tanya, and for all Tous les garçons' ladies

Enfin, on écoutera ceci . La voix du grand Marchand a un peu vieilli, mais elle a pris une patine toute de caresse et de satin. On la croirait venue d'un faubourg de Buenos-Aires.

mardi 23 novembre 2010

Près du corps

Dans son cuir noir moulant, comme une greffe de nuit sur un corps fluide et musclé, Elvis revient, en 1969, après une dépression, et quelques films en forme de navets. Sa voix est intacte, sonore, métallique, souple. Il est près de ses racines, le blues, près des musiciens qui le suivent depuis toujours. Il ne retrouvera jamais plus une telle intensité, une telle aisance, un tel bonheur dans l'interprétation. Il est jeune et sauvage pour la dernière fois.
Amusé de lui-même, généreux, gai, terriblement et naïvement «sexe». Il est la beauté américaine au sang mêlé, l'indien des plaines avec quelque chose du Tennessee…

jeudi 1 avril 2010

Marlon B, for Lady Tanya, and for all Tous les garçons' ladies

Look at and ear, all of you !

Lady T said : «I love him (Brando) in Streetcar the most ! Kazan's magic made Marlon into the sexiest beast EVER ! He takes my breath away when he screams "Stella !”… Kazan understood life and human nature ! And had a sense of humour!
I say we kill Steven Spieberg and the
rest of those hollywood whores and bring Kazan back!
Have you seen his grandaughter - Zoe Kazan, she is only 24. She is amazing and a great actress.
Of course Vivien Leigh walks on water.»
(voir également articles : Brando sur le trottoir, Le fantôme du métro aérien 1,2,3, et Beau gosse 1, Last tango in Paris).

Documents : Elia Kazan (1909-2003). Né à Constantinople (Turquie), d'origine grecque, il suivit sa famille lorsque celle-ci émigra en Amérique. Loin de reprendre les affaires de son père, commerçant, le jeune Elia choisit le cinéma.
De Niro voyait en lui l'un de ses maîtres, un novateur, un metteur en scène qui inaugura dans l'art de diriger les acteurs. Avec Cheryl Crawford et Robert Lewis, Elia Kazan a fondé l'Actors studio, à New York en 1947. Il révéla Marlon Brando, dans Un tramway nommé désir (A streetcar named desire, 1951), le confirma dans Viva Zapata (1952, scénario de John Steinbeck), puis dans Sur les quais (1954, On The Waterfront, huit Oscar). C'est encore Elia Kazan qui découvrit James Dean (East of Eden, À l'est d'Eden, 1955) et Carrol Baker (Baby Doll, 1956).
Membre du Parti communiste américain en 1933, il en claque la porte derrière lui en 1936. Pendant la terrible période de délation qu'on appelle le Maccarthisme, s'organise, dans toute la société américaine, et particulièrement dans les milieux artistiques et de la presse, une chasse aux sorcières (witch hunts). Cité à comparaître comme témoin devant la seconde commission des Activités communistes et anti-américaines (1951-1952), Elia Kazan dénoncera des collègues et des acteurs. D'autres refusèrent, malgré les menaces (tel Humphrey Bogart,1899-1957), de rentrer dans ce jeu patriotard infâme. Elia Kazan, incarnant à sa manière le rêve américain, voulut-il démontrer un super-patriotisme et sa reconnaissance pour le pays qui l'avait accueilli, alors que sa famille fuyait la menace turque ? Son acte le suivit jusqu'à la fin de sa vie et fut grandement nuisible à sa réputation, en Amérique et, plus encore en Europe (surtout en France et en Italie). Je me garderai bien de juger l'homme, et j'admire l'artiste.

Affiche du film Un tramway nommé désir, (A Streetcar Named Desire, États-Unis, 1951). Réalisation : Elia Kazan. Scénario : Tennessee Williams (d'après sa propre pièce) et Oscar Saul. Avec Vivien Leigh (Blanche DuBois), Marlon Brando (Stanley Kowalski), Kim Hunter (Stella Kowalski), Karl Malden (Harold «Mitch» Mitchell), Rudy Bond (Steve), Nick Dennis (Pablo Gonzales), Peg Hillias (Eunice)...
Un portrait d'Elia Kazan.
Sa petite-fille,Zoe Kazan, comédienne.







vendredi 26 mars 2010

Le fantôme du métro aérien 3

Après la sortie du film, de la gauche à la droite, toutes les ligues, politiques et/ou morales, de vertu y vont de leur couplet, et les moins passionnées ne sont pas les féministes. Le dernier tango exprime un machisme répugnant, attentatoire à l'image des femmes, des fantasmes de bourgeois oisif et décadent…
Pourtant, il s'agit bel et bien de la défaite d'un homme, de sa capitulation amoureuse en rase campagne devant une jeune fille, bouleversée d'abord, excitée ensuite, méprisante très rapidement.
Les ligues féministes, à la manière de l'allégorie guerrière qui rend hommage au comportement des français à Bir-Hakeim, lançait l'assaut contre le symbole du sexisme mâle arrogant (la tour Eiffel).

Photographies © PM





Le fantôme du métro aérien 2

Le fantôme du métro aérien 2 (la suite en images)

Photographies PM (sauf Maria Schneider et Marlon Brando, extraite du film Le dernier tango à Paris, de Bernardo Bertolucci
Avec Marlon Brando, Maria Schneider, Maria Michi, Jean-Pierre Léaud, Massimo Girotti ; Italie – France 1972)





Le fantôme du métro aérien 1

Karl Malden (1912-2009) connaissait bien Marlon Brando. Ils ont joué ensemble dans Un tramway nommé désir (1951), Sur les quais (1954), signés d'Elia Kazan, et La vengeance aux deux visages, dirigé par Brando (1961). Pendant le tournage de Sur les quais, les deux hommes feignirent de s'affronter aux poings. Brando mit dans l'affaire un réalisme grandissant, jusqu'à porter de vrais coups, excitant Malden à se défendre. Ce qu'il fit. Malden était un colosse, plutôt doux de caractère; mais enfin Marlon s'excitait ! Karl, sans trop appuyer, lui plaça un direct dans la mâchoire, alors que le poing de Marlon venait s'écraser sur son énorme épaule. Fin du combat ! Brando s'en sortait avec un bleu et la main enflée ! Des années après, il riait encore de cet épisode, concluant par les propres mots de Karl Malden : «Boxe dans ta catégorie, man !».
Par la suite, Marlon connut des défaites, des retours, des épreuves, des provocations. On le crut souvent à jamais perdu pour le cinéma, pestiféré. Vomi par les producteurs, maudit par Hollywood, toujours il revint, plus glorieux, plus énigmatique.
Vous trouverez dans Beau gosse (1) Brando sur le trottoir, une vidéo rare du jeune homme ironique, et un rappel en images du Dernier tango à Paris. Récemment, je suis retourné sur les lieux où les faits se sont produits. Un homme fatigué, vieillissant, ténébreux, croise une jeune fille dans un bar, traverse le pont de Bir-Hakeim, entre la Seine et le métro aérien, retrouve la jeune fille dans un appartement, de l'autre côté du fleuve.
Que croyait-il ? Que voulait-il ? Le beurre et l'argent du beurre ?



Photographies PM







samedi 24 octobre 2009

Brando sur le trottoir

Regardez bien cet entretien avec le grand Marlon. Il s'exprime en français, dans les rues de New York. Tout commence très bien, Brando fait des efforts, il s'applique, il est sérieux. Puis, un événement se produit. La question : était-ce prémédité ou spontané ?


Marlon Brando interview en francais à la grande epoque


Imaginez ! Brando jeune, dans votre chambre, dans un maillot de corps moulant…
Dans cette scène, il est en compagnie de Blanche Dubois (Vivien Leigh), c'est évidemment un peu plus compliqué. Et puis, Tennessee Williams veille sur leur destinée : il y a mis tout ce qu'il sait du Sud, de sa chaleur moite, de la frustration, de la maladie mentale, du désir.
«On a tous quelque chose en nous de Tenessee…»






Ces quelques extraits du Dernier Tango. Bouchez-vous les oreilles ou supprimez le son, un importun a cru pouvoir substituer sa musique à la partition originale de Gato Barbieri. Je les ai choisis parce que Brando y apparaît dans toute la beauté blessée, crépusculaire, de ses cinquante ans. Je vous recommande les premières images. Il est vêtu du fameux manteau en cachemire sur un pull à col en V. Il se dirige vers l'appartement où tout va commencer entre Maria Schneider et lui. En ce lieu, il dira qu'il n'a pas de nom, pas d'identité. Il exigera le même anonymat de sa partenaire. Au jeu du sexe, c'est lui qui perdra : le loup viendra bêler auprès de la jeune femme, soudain bien embarrassée…
Note : ce blog connaît quelques difficultés technologiques, que je ne m'explique pas. Ce qui se trouve habituellement à droite, s'est glissé sous les messages… bug !


jeudi 16 juillet 2009

Delon ne mégote pas













La censure entre les doigts

On ne remarque pas l'infime détail dont il sera question ici, on ne voit que la beauté fulgurante de ce jeune homme. On le reconnaît, bien sûr, même si l'on hésite un peu : dans cette hésitation, il n'entre pas seulement les métamorphoses du temps, de l'âge, de la personne, il y a également l'effet de surprise, l'incrédulité : il fut donc si outrageusement beau ! Cette masse sombre des cheveux d'où s'échappent les mèches par vague, ce visage aux yeux tendres mais au regard blessé, cette lèvre inférieure gonflée d'une bouderie de gosse contrarié, cette allure d'adolescent tout en méfiance… Ainsi, cette perfection fut possible et rassemblée dans un seul être ! Alors, on éprouve une reconnaissance infinie pour le miracle de la grâce physique que Dieu, assisté de la génétique, n'accorde qu'à quelques-uns d'entre nous. Nous aimons l'innocente cruauté de l'évidente beauté.
Quant au détail, le voici : sur la photographie originale, Alain Delon tient une cigarette entre ses doigts ; sur le document qui vient illustrer la dernière campagne de Dior pour son parfum Eau sauvage, tout est conforme au code de la santé publique… Aujourd'hui, une icône ne fume plus. L'excellent photographe Jean-Marie Périer, auteur du portrait, un esprit d'une réelle acuité, d'une exquise courtoisie, toujours émerveillé mais jamais dupe, a donné son accord. Nous déplorons la soumission à la censure hygiéniste du temps, mais nous remercions vivement JMP d'avoir saisi la posture d'envoûtement d'Alain le Magnifique. (Photographie : Alain Delon en 1966, par Jean-Marie Périer).
Note : Sur ce document, Delon, me semble-t-il, reprend le geste, presque le tic, de Bogart : le glissement du pouce sur les lèvres. JMP le lui a-t-il soufflé ? Lui est-il venu naturellement ? Dans À bout de souffle, de Jean-Luc Godard (1960), Belmondo, comme un salut de la mémoire, reproduisait ce mouvement, en l'appuyant un peu…