mardi 27 octobre 2009

Les couleurs contre la mélancolie

Olyvier, que vous avez connu chez Causeur, était parti pour un long périple en Orient. Il en est revenu. Il s'est progressivement réadapté, à son retour, saturé qu'il était, de rencontres, de visages, de scènes, d'événements. Son vrai talent de photographe a été récemment reconnu. Mais il possède également une aptitude à exprimer avec des mots l'étrange, la fulgurante émotion qui le saisit parfois.
Il m'avait promis «quelque chose» pour Tous les garçons… Voici ce qu'il nous offre. Je lui dis que notre blog, en le recevant, accueille un talentueux ami.


Trois images de l'Orient, par Olyvier

Dès que j'ai commencé à voyager en Orient, j'ai été frappé par les couleurs, les couleurs vives des objets bon marché, des vêtements synthétiques, des peintures recouvrant portes et devantures. Cela ne ressemblait pas à ma vision de ces régions, disons : ocre et sable.
Là-bas, Les gens luttent contre la mélancolie et la misère : ils y opposent la joie criarde du rose, du jaune, du vert, du bleu. Le combat est souvent perdu, car les couleurs passent au soleil. L'illusion colorée ne dure pas.
J'ai eu envie de photographier ces objets, ces couleurs, pour témoigner de ce combat, de cette défaite. De la dignité de ce combat que la défaite n'abolit pas tout à fait.


Cizre, Turquie


Soulémanieh, Irak


11 commentaires:

Corinne a dit…

Des couleurs acidulées pour oublier le gris.. Peut-être que c'est ainsi qu'ils nous imaginent, qu'ils nous rêvent. Comme Olyvier lui les imaginaient, en ocre et sable. Peut-être rêvent-ils d'Occident comme nous pouvons rêver d'Orient.

nadia a dit…

Votre remarque sur les couleurs, Olyvier, me rappelle que dans les pays froids, a priori strict opposé de l'Orient qui vous attire, on peint toujours les maisons de couleurs très vives. A Reykjavik, Narvik ou Riga, partout les rouges, les bleus, les verts éclatent. Pour opposer la vie à l'hiver et à la nuit interminables. Décidément, nous nous croyons différents, mais nos armes dérisoires d'humains sont si proches.

Anonyme a dit…

Patrick : merci de ce mot si aimable et de cette publication. J'ai oublié de préciser : la première photo a été prise à Cizre, Turquie, les deux autres à Soulémanieh, Irak.

Corinne : il m'arrive de penser que ces deux rêves symétriques - dont certains penseront qu'ils sont funestes - définissent cette union rebelle, chaotique, qu'on appelle amour.

Nadia : Oui, je me souviens aussi de Narvik, de Tromsø... de ces petites maisons dont... qui déjà ? l'auteure du Festin de Babette écrivait qu'elles étaient comme des jouets. Je me souviens de ces banlieue colorées qui respiraient la douceur de vivre. A une différence près, et qui n'est pas que climatique : les maisons en Scandinavie demeurent rouges, vertes, jaunes... Ce qui me frappe en Orient, c'est la vanité du geste, le désespoir obstiné, la persistance.

Patrick Mandon a dit…

Corinne, Nadia, je vous en prie, tissez encore un peu ce très étrange, subtil et beau fil que vous avez tendu, avec Olyvier, entre l'«Orient» et «l'Occident»… Le monde est un secret impérissable dont l'énigme rebondit toujours…

Patrick Mandon a dit…

«Tu leur diras que j'ai connu la Grande Euphorie sur terre, que tu l'as comprise et que tu l'as partagée. Tu leur diras de traduire en langage occidental la leçon des Grands Sages. Car il n'y a pas deux sagesses, l'une de l'Occident et l'autre de l'Orient. Il n'y a qu'une seule sagesse. Mais n'oublie jamais que nous ne serions rien sans l'Asie»
Ella Maillart à Anne Deriaz, Chère Ella,

nadia a dit…

Vous parlez d'or, la Roumanie est une répétition de Bosphore. Un pied en Orient, un pied en Occident. C'est plus pratique pour comprendre la langue de vos grands sages et s'adresser à eux sans traducteur.

Anonyme a dit…

Nadia,
Je crois qu'il nous est aussi donné, ici en France
(et j'ai la faiblesse de croire que mes "origines" héréditaires, le lien de sang, ou de souvenirs transmis, comptent moins que ce que nous en avons fait ici, dans cette marmite commune de nos émois, de nos éveils qu'on appelle école républicaine, dans cette collectivisation de la petite identité personnelle, valorisée, valorisante, et au fond, inquiète),
je crois donc qu'il nous est donné en France d'être un Bosphore,
ce chemin maritime risqué et qui en même temps lie les cultures.
Je ne vous dis pas que la Roumanie n'est pas... je vous dis qu'il serait dommage que la conscience de ce qu'est la Roumanie vous prive de ce que nous sommes,

avec vous.

nadia a dit…

L'évocation du Bosphore si proche me vient spontanément à l'esprit quand je pense à ma chère Roumanie, creuset balkanique naturel par excellence. Un condensé historique presque parfait et pourtant illusoire à ses heures puisqu'il n'a finalement rien su empêcher, ni les guerres, ni les drames.

Les liens que l'école noue en France ou en Angleterre entre les communautés peuvent sembler plus artificiels ; peut être, sans doute, se révèleront-ils moins fragiles. Avec vous, il me plait d'y croire.

Anonyme a dit…

Nadia,
J'entends ce que vous m'écrivez sur la dimension géographique de la question, la dure loi géographique à laquelle l'histoire n'échappe pas, le voudrait-elle.
J'entends aussi l'utopie roumaine (ou plutôt l'uchronie, le lieu existe bien, la réalisation de sa vocation reste à venir), l'utopie, donc, que vous portez, dont vous témoignez, et qui, en bon mythe, nous cause très directement.

Patrick Mandon a dit…

Anonyme, Nadia s'est absentée pour quelques jours. Je ne pense pas qu'elle puisse vous répondre dans l'immédiat, mais soyez assuré qu'elle le fera dès son retour.

nadia a dit…

Si vous entendez aussi bien l'uchronie roumaine (c'est le terme quasi parfait pour qualifier ce pays, ou pour le moins la perception que j'en ai) que le Bosphore, tous les Bosphores, nous ne sommes pas prêts d'arrêter de causer.