mercredi 2 avril 2014

L'argent fait-il le bonheur des pauvres ?





Une personne très pertinente a attiré mon attention sur un article paru dans le site RAGEMAG. J'ai été étonné de ne pas me trouver en désaccord fondamental avec le contenu de cet entretien. Ronnie Moas, analyste financier très écouté de Wall Street, connaît parfaitement son affaire. Il s'agit peut-être moins d'une question de moralité que de proportion. 
L'extrême misère n'est peut-être pas le résultat de l'extrême enrichissement, mais celle-là ne se soucie guère de celui-ci. 
Et si, un jour, les employés européens d'Apple, se satisfaisaient des salaires misérables, que leur accorderont leurs patrons Indiens. 


En voici un extrait : 


Quand et comment êtes-vous parvenu à l’idée que la morale et l’éthique d’une firme étaient des choses à considérer avant de faire un investissement ?
C’est quelque chose qui me travaille depuis longtemps maintenant. Mon blog a pris quelques années avant d’arriver à maturité, et j’ai moi-même atteint la goutte qui a fait déborder le vase il y a quelques mois. C’en était trop. Quelqu’un, ici, devait parler des comportements dégoûtants de notre société, des exemples extrêmes du capitalisme. Apple a 150 milliards de dollars en banque en cash, et au même moment, ils paient leurs employés en Asie deux à trois dollars de l’heure. S’ils tentaient de faire ça aux États-Unis, ils finiraient en prison. Ils ne peuvent pas s’en sortir comme cela aux États-Unis, du coup ils vont dans des endroits où ils peuvent se comporter de la sorte.
Le PDG d’Amazon vaut à lui seul 27 milliards de dollars et ses employés dans les entrepôts américains ou européens sont payés 7 à 10 dollars de l’heure. Vous ne pouvez pas vivre avec un tel salaire aux États-Unis. Prenez Yahoo ensuite : le directeur de l’exploitation a été licencié il y a quinze mois et ils lui ont donné 109 millions de dollars. L’industrie du tabac n’est pas en reste : 5 millions de personnes meurent tous les ans à cause du tabac et cela reste un produit légal. Nous avons chaque année 3 millions de personnes qui meurent de faim chaque année et personne ne fait rien.
Nous sommes partis en guerre quand 3000 personnes sont mortes lors des horribles attentats du 11 septembre contre le World Trade Center. Depuis, 50 millions de personnes sont mortes à cause du tabac, 40 millions d’enfants sont morts de faim et personne n’en parle. Je veux comprendre jusqu’où tout cela ira, à quel moment nous allons nous réveiller et commencer à traiter les autres comme des êtres humains. Je ne devrais pas pouvoir être payé cent fois la somme qu’est payée la personne travaillant de l’autre côté de la rue au McDonald’s. Je ne vaux pas cent fois cette personne.



La totalité de l'affaire… RAGEMAG | Ronnie Moas : « Quelqu'un à Wall Street devait parler des conséquences du capitalisme. »







lundi 24 mars 2014

Je reste où je me plais

« Je ne conçois qu'une manière plus agréable que d'aller à cheval ; c'est d'aller à pied. On part à son moment, on s'arrête à sa volonté, on fait tant et si peu d'exercice qu'on veut. On observe tout le pays ; on se détourne à droite, à gauche ; on examine tout ce qui nous flatte ; on s'arrête à tous les points de vue. […] Partout où je me plais j'y reste. À l'instant que je m'ennuie, je m'en vais. Je ne dépend ni des chevaux ni du postillon. »
Jean-Jacques Rousseau, Émile, p 423 de l'édition des Œuvres complètes de J. J. Rousseau, citoyen de Genève, tome deuxième,  à Paris, chez A. Belin imprimeur-libraire, 1817

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mercredi 5 mars 2014

Le principe de fascination

Il agit comme un aimant. Je l'évoque irrégulièrement, mais, lorsque son ombre se profile, elle s'installe. Je reconnais mon obsession.
Je ne lui vois pas d'équivalent cinématographique, je veux dire qu'il s'imposa comme un suzerain, et que tous les autres se reconnurent ses vassaux : pour beaucoup, des vassaux fantômes. Il ne chercha pas à dissimuler le malaise originel, qui façonna sa personne morale et physique. Moulé dans une chair musculeuse, la taille bien prise, les épaules larges, il incarna la tentation et sa vanité. Et même à cinquante ans, déjà gagné par la calvitie et la surcharge pondérale, il fut encore le partenaire idéal d'un huis clos à l'éros piégé.
Je reconnais la fascination, intacte, qu'il exerce sur moi. Je reconnais la fatalité de son apparence, je distingue la faille, qui le traverse de part en part. Il est le jouet des fantômes familiers, qui ont commencé à peupler son regard dès l'enfance.
Un sphinx complaisant se satisfait des réponses improvisées, que nous apportons aux questions qu'il nous pose. Mais nos parades de facilité ne nous dispenserons pas toujours d'être confrontés à l'énigme qui nous constitue.




















On sera avisé de consulter Le fantôme du métro aérien 1Le fantôme du métro aérien 2Retour sur le pontBrando sur le trottoirMarlon B, for Lady Tanya, and for all Tous les garçons' ladies

lundi 3 mars 2014

Discrétion assurée…

Une autre version de ce superbe et délicat poème d'Antoine Pol, par Georges Brassens. Derrière lui, on voit un personnage lunaire nommé Pierre Louki (Pierre Varenne), auteur, compositeur, interprète, doué de nombreux talents, d'une discrétion à toute épreuve, qui lui a permis de n'être connu que des meilleurs.

http://youtu.be/OV5bI0tixYQ
(L'intégration de cette vidéo est interdite. Rendez-vous à l'adresse ci-dessus)

Et, de Pierre Louki, ces deux bijoux, choux, genoux…






On consultera  celles qu'on a seulement croisées

mardi 25 février 2014

Et l'argent de mes cheveux…




Il ne fallait pas s'approcher de sa « bouche délicate, abondante, toujours ouverte, comme un fruit qui cède à sa propre succulence » (Pierre Drieu la Rochelle, Blèche).











À gauche, Louis Aragon au début des années trente ; à droite, Pierre Drieu la Rochelle à la même époque. Ils furent inséparables, puis ils se séparèrent : ils devinrent ennemis intimes.On entendra deux versions d'un poème d'Aragon, mis en musique par Jacques Douai.






vendredi 21 février 2014

Le jeune homme est mort





















Ci-dessus : Jean Babilée, dans le ballet Balance à Trois, de J.-M. Damase et Tom Kéogh, créé par sa compagnie, en 1955.

Jean Babilée vient de mourir (1923-2014). Né un 3 février, il est parti un 30 janvier : cet homme presque sévère en apparence était de l'hiver.
Il appartient, depuis mon enfance, à mon panthéon. Je l'ai admiré dès que je l'ai vu, je n'ai cessé de lui accorder l'importance artistique et morale qu'il mérite amplement. On a très peu parlé de ce danseur accompli, qui incarnait l'audace et la technique, et qui libérait sur scène une énergie toujours élégante. Quand on le voit dans Le Jeune homme et la mort, il me semble qu'apparaît évidemment ce qu'on nomme, parfois un peu facilement, la « modernité ». Dans son apparence, d'abord : c'est un garçon d'aujourd'hui, un français charmant, un parisien, sensible, tendre presque, avec ce qu'il faut de belle colère inassouvie.
On le rencontrait dans la rue, même à un âge avancé, et c'est ce jeune homme que l'on voyait d'abord. Mais je vous épargne mon bavardage, et je vous invite plutôt à le retrouver : 





À propos de « Le Jeune homme et la mort », on lira Jeune homme, qu'est-ce que tu crains ?
Sur Noureev et la danse : Pas de deuxPas de côtéLe don d'Avedon
Sur Lifar, les Ballets russes, Jean Cocteau : L'Histoire attendra L'enchanteur du XXe siècle (1)L'enchanteur du XXe siècle (2)Lifar aux enchères -3-