mercredi 23 mars 2022

Mon royaume pour un cheval !



Un cheval ! Un cheval ! Mon royaume pour un cheval!
(William Shakespeare, Richard III, Acte V, scène 4)










Une chose est avérée, vérifiable, évidente : la Russie bombarde un peuple. Ses armes tuent et mutilent des enfants, des femmes, des animaux, ravagent des prairies, des jardins, saccagent des villes. Il y a d'un côté les victimes et, de l'autre, l'agresseur. C'est une chose avérée, vérifiable, évidente, quelles que soient les circonstances, les conditions « objectives », Cela abolit l'« antériorité historique » de ces faits insupportables.



Pour le reste, voici : je n'aime pas l'unanimité contre le peuple russe et la Russie. Il y des années que la France n'assume plus son rôle intellectuel et diplomatique, autrefois majeur. Elle est aujourd'hui moins utile, moins efficace, moins sollicitée que la Turquuie de M. Erdogan, personnage redoutable !
Il me paraît que quelque chose, peut-être, s'est joué, naguère, dans un brouillard de signes et de parades, de postures comme on dit. Quelque chose qui aurait pu annoncer (appeler ?) » l'Europe de l'Atlantique à l'Oural ». Il me paraît que nous avons tourné le dos à cette sollicitation : la classe politique, disons l'élite dirigeante, œuvre à l'édification d'une « région européene » dont les « composants » (que je continue, pour ma part, à appeler États-nations) seront « intégrés », c'est à dire soumis à une idéologie rassurante, possessive, castratrice. Les peuples y seront pris en charge, leurs citoyens percevront un salaire de la naissance à la mort. Des rebelles de parade, des « insoumis » de music hall, d'ailleurs largement récompensés par les autorités, leur permettront d'imaginer un theâtre de la rébellion, mis en scène par un tribun énervé, volontiers grossier qui les fera frémir par des diatribes pleines de « bruit et de fureur »…

Je trouve comique l'irruption de Bernard Henri Lévy sur le devant des médias. Lui et quelques autres (qui feraient mieux de se taire), jaillissent de leurs boîtes d'oubli dès que retentit le son du canon et le bruit des armes automatiques.

Je suis fort mal placé, cependant, pour sermonner qui que ce soit, tant il est vrai que j'ai toujours tourné le dos au monde…

mardi 25 janvier 2022

Mes (a)vœux

Que l'année nouvelle nous débarrasse des importuns (vous mettrez les noms de ceux qui vous importunent) et nous laisse entrevoir un troisième millénaire plus conforme à nos intérêts. Dans l'attente de ce lointain avènement, je souhaite le meilleur à ceux qui passent encore par ici.

Suzy Solidor « dit » ce poème (qui est également une chanson), elle s'acquite fort bien de cette tâche, qu'un comédien « cambré », l'un de ces capés de la scène française aurait massacré (au hasard Francis Huster…).




Et puis cela aussi, parce que c'est frais, acidulé comme un bonbon qui suscite l'envie dans son bocal de verre, et que cela appartient déjà au « monde ancien » (Jacno possédait un vrai talent) :








Pour Suzy Solidor, on lira Soldes avant fermeture -3- et Dans l'ordre du désir

vendredi 24 décembre 2021

Joyeux Noël à l'« incluseuse » et à tous les autres

Helena Dalli, maltaise, est commissaire européenne à l'Égalité, c'est à dire à la Vacuité. C'est un poste, avec des honneurs, des émoluments, un secrétariat. C'est inutile, ça coûte cher, ça ne sert à rien. Cette dame a récemment prétendu que l'expression Joyeux Noël pouvait froisser des sensibilités religieuses non-catholiques vivant en Europe. J'aurais bien un qualificatif pour désigner tout à la fois Mme Dalli et son initiative, mais la décence comme mon éducation m'interdisent de l'employer. À tous ceux qui passeront par ici, je souhaite un très joyeux Noël.
Noël est une fête universelle, c'est assez dire qu'elle ne saurait être « inclusive ». Ce mot appartient à l'horreur culturelle, qui menace de submerger le monde universitaire et la sphère politico-mondaine.



Ludmila Lopato




Ceci encore, pour aider à guérir les plaies qu'infligent à l'esprit et à la simple intelligence les incluseuses et autres wokeurs soutenus par des politiciens d'arrondissement, qui prospèrent sur les malheurs du monde (rappelons que la sonate FWV 8 en la mineur est l'une des inspirations de Marcel Proust pour la sonate de Vinteuil) :


mercredi 1 décembre 2021

Conjugaison sentimentale

- Tu es froide comme le granit
- Je suis dure comme le diamant
- Exact ! Mon cœur s'est rayé en se frottant au vôtre
- Il ne fallait pas vous approcher.
- Vous ne me l'avez pas interdit.
- Je ne vous l'ai pas demandé.
- Vous n'avez rien dit.
- Qu'importe, c'est déjà dépassé !
- C'était hier !
- C'était sans lendemain.
- Je vous adjure à présent
- Je vous conjugue au passé
- Je veux bien l'imparfait du suggestif.
- Notre passé n'est pas mon futur.
- Je ne mérite pas ce présent du vindicatif.

dimanche 14 novembre 2021

Dancing Queen

-Ah, mademoiselle, c'est un slow ! Vous dansez ?
- D'abord, vous avalez votre « demoiselle », d'accord ? Vous parlez comme un vieux, d'ailleurs vous êtes vieux, en fait.
- J'ai mon âge, mais mon cœur n'a pas une ride.
- Votre cœur, je le vois pas, et votre tête donne pas envie d'en voir plus. Vous avez du être pas mal, mais c'est fini, en fait.
- Comme vous y allez, mademois… pardon ! Mais aussi comment appeler une très jeune femme qu'on ne connaît ni d'Ève ni de la pomme d'Adam ?
- Vous êtes satisfait de votre blague désargentée ? Si vous en avez d'autres, gardez-les pour vous.
- Je n'ai jamais eu d'esprit, j'en conviens.
- Bon, ça suffit ! Dégagez ou j'appelle mon copain, il aime pas les vieux et il est baraqué, en fait.
- Quel dommage, mademois… bref, accordez-moi seulement ce simple slow.
- Vous savez quoi ? Allez faire rire les dentiers dans les EHPAD et sortez de ma zone !
- Jeune, j'avais le genre latin lover , attentionné, taille bien prise, cheveux sur les tempes en aile de corbeau : cela plaisait.
- Eh ben, c'est terminé : t'es en pleine fonte des glaces, t'es plus qu'un baratine lover qui sent le moisi ; va plutôt tenter ta chance dans un dancing municipal rempli de Vénus à cellulite, et libère mon territoire, en fait.
- C'est excitant une jolie fille énervée, qui se montre cruelle envers un mâle déclinant, au son de cette musique superbement binaire, bien propre à envelopper les corps.
- Arrête avec ton slow sirupeux ! Je te regarde… Je t'ai mouché grave, pourtant t'as pas l'air blessé, t'as l'air… ailleurs.
- En effet, je viens d'ailleurs.
- C'est où ailleurs ?
- C'était il y a longtemps.
- Jolie réponse ! Et puis t'es bien sapé, à l'ancienne, et cette mèche qui barre ton front, tes manières… Un vieux gamin bien élevé… Pour un peu…
- Pour si peu !
- Prends-moi dans tes bras, emballe-moi dans ton slow démodé. Écoute-moi! Je suis comme l'ultime guerrière d'une bataille toujours recommencée. Parfois, je sens le sol se dérober sous mes pas. J'ai encore l'âge du rôle, mais pour combien de temps ?
- J'éprouve une étrange impression : une ombre rôde autour de moi, ni mauvaise, ni bienveillante, plutôt…
- Plutôt ?
- … fatale.
- J'ai tenté de te déourager, mes rebufades, mes grossièretés, c'était pour te préserver : à présent, c'est trop tard.
- Depuis quelque temps, c'est comme un nuage de brume qui voudrait me faire disparaître en m'environnant. Comment vous appelez-vous ?
- Tais-toi ! Laisse venir la brume, elle m'accompgne moi aussi, ne la crains pas. Ton buste est encore solide, les muscles de tes épaules roulent sous mes doigts, tu frémis : c'est émouvant. Ne dis rien… Emmène-moi loin dans ton slow démodé, dans ton frotti-frotta de bastringue excentré, j'aime ton parfum élégant. Serre-moi salement contre toi, outrage-moi délicatement. Je ne sais pas pleurer, mais j'ai le poids d'un sac de pluie sous mes paupières : comment appelle-t-on cela ?
- La mélancolie.
- Mets ta main sur le bas de mon dos… plus bas ! C'est ta dernière danse. Souris, la mort te regarde. Adieu baratine lover !


mardi 9 novembre 2021

Trouver la sortie

(Elle a les yeux de Nolwen Leroy, d'ailleurs elle lui ressemble. Fut-elle « cassée »,naguère, elle aussi ? On frappe à sa porte, elle interroge : )
- Qui est là ?
- C'est moi.
- Qui est ce moi ?
- Le moi de toi et moi.
- Connais pas !
- Mais ma voix !
- Reconnais pas !
- Ma voix d'hier.
- C'est aujourd'hui !
- Pourtant c'est bien moi qui heurte l'huis.
- Quoi ! Louis est là aussi ? Ah, ne le touche pas, lui !
- Je suis seul, qui donc est ce Louis ?
- C'est le Louis de lui et moi.
- C'est lui le nouvel huissier ?
- Oui, c'est lui qui me sied.
- À lui, tu ouvres.
- Je lui ouvre et je m'ouvre à lui, oh oui !
- Ouvre-moi !
- Ferme-la !
- Ouvre-moi ta porte, c'est moi !
- Que m'importe toi !
- C'est important.
- Tu m'importunes
- J'aimais tant franchir ta porte
- Avec toi je cherchais la sortie.
- Tu es restée sur mon seuil.
- Parce que tu es sans issue…


lundi 12 avril 2021

Fin de saison

- L'hiver se prolonge; cela ne me dérange pas, j'aime beaucoup l'hiver.
- Le col relevé, les épaules rentrées, le regard sombre, la panoplie du petit romantique d'arrondissement, c'est tout toi !
- Toujours ton ironie ! Comme si l'hiver ne me servait qu'à composer une silhouette !
- C'est pourtant cela : monsieur dans son cachemire, chaussé de bottines, l'air distant mais l'œil aux aguets cherchant, à la dérobée, le reflet de sa petite personne dans les vitrines… Monsieur dans un rôle de composition hivernal, un cabotin pour froidures, un frimeur pour frimas.
- Tu es inutilement blessante. J'aime l'hiver, c'est tout. Dans le froid, je respire mieux, et puis je ne supporte pas le débraillé vestimentaire, qu'affectent mes concitoyens dès que le climat se réchauffe. L'hiver, c'est ma saison. D'ailleurs, je t'ai connue en hiver !
- Au milieu de l'hiver, et je t'ai quitté au printemps ! Tu es un article de fin de solde, un amant de demi-saison
- J'aurais préféré être hors saison.