lundi 8 décembre 2014

Brandobsession (Brando's session)

Voyez et pleurez !
Il refusa d'apprendre par cœur le monologue, qu'il devait dire au cours de cette scène, préférant improviser sur un canevas. Longtemps, il attendit derrière la porte, où se trouve la dépouille de sa femme, qui s'est suicidée. Puis il pénétra dans la pièce.
Voyez comme il se rapproche du lit, en déplaçant le fauteuil, jusqu'à prendre place sur la couche même.
Il déclare d'emblée, s'adressant à la défunte, que son maquillage excessif lui donne un air ridicule.
Il dit ses propres mots, accomplit le rituel que lui souffle une voix intérieure. En deux minutes, il suggère l'épais mystère de celle qui fut sa femme (« le chef d'œuvre de [sa] mère »), et remplit toute la semi-obscurité de la chambre de son désarroi fondamental.
Voyez et pleurez !
Le crépuscule est avec lui.

(Scène extraite de Le dernier tango à Paris)



Puis, pour le seul plaisir de le revoir, de traquer sa déambulation d'homme provisoirement surnuméraire,   de contempler ce visage d'une beauté dangereuse, ces images extraites du Dernier tango, habillées par la chanson de Leonard Cohen Dance me to the end of love, dans la superbe version qu'en donna Madeleine Peyroux. Son texte énigmatique convient parfaitement à l'histoire de ces deux êtres, que seul le hasard pouvait « apparier ».



Je vois bien ce que ma Brandobsession peut comporter de ridicule et de lassant, mais je ne peux m'en débarrasser.

 L'indésirable 2 Brando sur le trottoir,  Le fantôme du métro aérien 1,  Le fantôme du métro aérien 2,  Retour sur le pont  Le principe de fascination,  Marlon B, for Lady Tanya, and for all Tous les garçons' ladies  Voici Leonard, sortez vos mouchoirs ! L'étrangeté sentimentale

dimanche 7 décembre 2014

L'enfance, notre passager clandestin

Quelle qu'elle ait été, émerveillée ou désastreuse, raffinée ou plus que rude, nomade ou châtelaine, notre enfance nous tient la main, et ne la lâche pas. Nous sentons la pression de ses doigts, sa caresse sur notre joue, la force de sa gifle. Elle fonde notre vaste mélancolie.
Poursuivant dans ma « Brandobsession », je donne ce cliché de l'ogre Sa beauté ne le sauvera pas : il pourra bien se boucher les oreilles, toujours il entendra sa plainte d'enfance
C'est ainsi que les hommes vivent.



















L'interprétation de ces deux chansons connues, très différentes l'une de l'autre, de Ferré par Thiéfaine, leur donne un singulier relief. Pour la première, on pressent quelque chose comme une lassitude, une résignation nerveuse ; pour la seconde, un empressement de virilité. Pour finir, La Ruelle des morts, de sa composition : l'enfance encore…



 L'indésirable 2 Brando sur le trottoir,  Le fantôme du métro aérien 1,  Le fantôme du métro aérien 2,  Retour sur le pont  Le principe de fascination,  Marlon B, for Lady Tanya, and for all Tous les garçons' ladies  

mercredi 3 décembre 2014

Les désirables

Ils ont incarné un moment éblouissant du désir français, du désir qu'on éprouvait pour les français. Ils l'ont incarné non sans une certaine arrogance : mêlée de gouaille pour Belmondo, de tourment pour Delon, d'insolence pour Bardot. Elle venait d'un milieu bourgeois, en possédait toute la solide extravagance, le pas assuré, la bouderie nonchalante. Delon avait fui un destin de garçon boucher, Belmondo était le fils d'un talentueux sculpteur.
Le monde voulait autre chose, il éprouvait un désir neuf. La France lui a proposé ces trois-là, et il s'en est immédiatement épris. Il a aimé la mèche dans les yeux d'Alain le sombre, la sueur sur sa peau si lisse. Il fut séduit pas le charme cabossé de Jean-Paul, le boxeur bien élevé. Il s'affola devant la sensualité innocente et têtue de Brigitte Bardot.
Bardot, Belmondo, Delon : la trinité d'un désir français.

Ci-dessous : Brigitte B., vers 1960, par Daniel Franay ; Jean-Paul B., par Tony Gryla, sur le plateau du film Pierrot le fou, de Jean-Luc Godard, en 1965 ; Alain D. , vers 1965, par Michael Holtz



















































On lira Nico, une allemande dans la FactoryAlain, sors de ce corps !Delon, sans retoucheDelon ne mégote pasLe décor d'une vie -3-Faites la moueUn « Grello » qui tintinnabule, une tartine qui dégouline, Bardot et ses « frères »Une vitrine pour ma cousine


lundi 24 novembre 2014

L'indésirable 3

Bardot évoque son unique rencontre avec Marilyn.
Bardot telle qu'en elle-même : la grâce et le vocabulaire, la détermination tranquille, l'élégance sans apprêt, l'effronterie aimable, la vivacité du regard comme un reflet de l'esprit. C'est aussi l'idée que je me fais de mon pays.
Ce que Brigitte dit du drame de Marilyn, du rôle néfaste de ses proches est évidemment très juste. Et son admiration, intacte, est celle d'une enfant éblouie.



Ci-dessous : Le 7 novembre 1954, Marilyn est hospitalisée à Los Angeles, au Cedars of Lebanon hospital.  Enceinte, et si désireuse d'avoir un enfant, elle s'est inquiétée d'un malaise et de douleurs persistants. Elle sera opérée d'une inflammation de l'endomètre, et n'accouchera jamais.
Son arrivé à l'hôpital est dramatique. Elle n'avait averti personne et se croyait anonyme. Or, les photographes l'assaillent, la traquent dans les couloirs, où elle tente de dissimuler son visage nu, sans maquillage. Elle a peur, elle est seule, elle veut disparaître. Les flash crépitent comme autant de coups de fusil.























Sur Bardot : Une vitrine pour ma cousine  Faites la moue Grello » qui tintinnabule, une tartine qui dégouline ... Fin de partie - 11 -

dimanche 23 novembre 2014

L'indésirable 2

Relativement aux choses de l'amour, ces deux-là, Marilyn M. et Marlon B., furent des ogres. Elle ne détestait pas les étreintes un peu rudes, voire crapuleuses, dans des lieux improbables ; il couchait ici et se réveillait ailleurs, avec quelques hommes et de nombreuses femmes. Ils furent les plus désirés d'entre tous.
Ils furent amants, et, semble-t-il, demeurèrent liés par un sentiment tendre. Quelque chose maintenait un lien entre ces deux superbes spécimens d'humanité, modifiés par la fabrique hollywoodienne de demi-dieux payés au cachet : peut-être le sentiment d'appartenance au peuple, plus rare encore, des élus de la grâce et de l'enfer.

Ci-dessous : Maurice Chevalier, parfait gentleman, préfère regarder ailleurs…




















« Je ne nourrissais aucune illusion d'être bonne actrice. Je savais que j'étais un troisième choix. En fait, je ressentais mon manque de talent comme un vêtement bon marché, que j'aurais porté intérieurement. Mais, Dieu, que je voulais apprendre, changer, m'améliorer ! » (M.M).
« Si, jouant le rôle d'une idiote, je dois poser une question stupide, j'y vais franchement. Suis-je supposée paraître intelligente ? » (M.M.).




















Ci-dessous : En 1961, Marilyn est hospitalisée dans un service pudiquement dénommé « neurologique ». Elle connaît alors une très profonde dépression. Brando se manifeste sans tarder. On peut considérer ce message comme un acte de tendre solidarité.




















Ci-dessous, Marlon Brando : Il tourne Le Dernier tango à Paris. Il est dans une période de régime alimentaire strict. Ses joues creuses, son air d'isolement, et la maturité des épreuves, lui confèrent une beauté sombre. Le cachemire va bien à sa peau…
























On lira Brando sur le trottoir,  Le fantôme du métro aérien 1,  Le fantôme du métro aérien 2,  Retour sur le pont  Le principe de fascination,  Marlon B, for Lady Tanya, and for all Tous les garçons' ladies  

mercredi 19 novembre 2014

L'indésirable

















Hollywood a méprisé Marilyn Monroe, du début à la fin. La fausse vénération dont elle y fit l'objet ne reposait que sur sa valeur financière. Elle a dit elle-même qu'elle avait passé plus de temps à genoux avec les producteurs et autres hommes d'influence, qu'à tenter de les persuader de son talent. Quant à l'une de ses plus belles conquêtes, John Kennedy, celui-ci ne fut ni plus ni moins attentionné que la moyenne basse de toutes les autres…
Il y a quelque chose de curieusement incompatible entre Marilyn et Hollywood. En apparence, elle est une créature des studios, qui la façonnent et la soumettent. Puis elle s'en émancipe, mais alors totalement, c'est à dire qu'elle se dégage de leur emprise matérielle et morale. Elle imagine et invente une renommée, qui n'est plus celle qui lui était destinée. Elle n'existe que pour être une star, puis, progressivement, elle excède ce statut, qui lui semble réducteur. Elle ne renie nullement son ambition, mais elle lui donne une autre dimension. Elle devient incontrôlable.
C'est qu'elle a eu accès, essentiellement par elle-même, à un monde « englouti », où s'anime des ombres et des songes obscurs. Or, elle ne craint nullement de l'affronter, elle se risque même à espérer qu'il lui permettra d'améliorer encore son jeu. Elle a raison. Dans le même temps, elle s'approche d'un précipice.   Ni la psychanalyse, ni le cinéma hollywoodien ne pouvaient l'empêcher d'y tomber.
Alors, il lui restait à accomplir son destin, seul moyen de démontrer l'impossibilité dans laquelle elle se trouvait d'être tout à la fois surnuméraire et désirée.

Lorsque John Huston, pour The Misfits (1961),  réunit à l'écran Marilyn, Montgomery Clift et Clark Gable, qu'avait-il en tête ? Il les éloigna d'Hollywood, la colline en manque d'inspiration, pour les plonger dans la chaleur suffocante du désert, près de Reno, Nevada. L'affaire sera rude à mener à son terme. Marilyn, certes, leur donnera à tous du fil à retordre, mais, semble-t-il, les envoûtera tous. La seule personne indésirable fut sans contestation cette épouvantable bonne femme, nommée Paula Strasberg, qui prétendait veiller sur le psychisme de Monroe. Son mari, Lee Strasberg, avait succédé au grand Elia Kazan à la direction d'une sorte d'école d'acteur. Kazan, qui se méfiait de Strasberg, lui avait recommandé de ne pas vendre sa camelote prétendument émotionnelle, introspective… Il fallait s'appeler Kazan pour susciter chez Brando le surgissement du chagrin fondateur, inconsolable. On mesurera la distance entre Kazan et Strasberg en observant le jeu pitoyable, misérable, de l'infortuné Paul Newman, le plus mauvais acteur américain de son temps. Il y aurait beaucoup à dire sur tout cela, mais ce billet imparfait traîne en longueur, je l'interromps donc.

Quelques photographies, prises hors champ, des « Misfits », comme autant d'instant dérobés à la joie simple d'exister tout en se sachant menacé de disparaître prochainement : c'est ainsi, par hasard, que s'installe en nous l'effet d'une puissante, d'une tendre mélancolie.


























 Ci-dessus, deux photographies d'Eve Arnold, en qui Marilyn avait toute confiance.



















Dans cette chanson de Bruce Springteen, il est question d'une jeune femme, abattue à bout portant (point blank) :

« Dis-tu toujours tes prières, petite chérie ?
Vas- tu toujours au lit
En priant le ciel, pour que tout aille bien le lendemain ? »




Si l'on veut, on lira  Her heart belongs to daddy


jeudi 23 octobre 2014

Les erratiques



La vérité, c'est que tout homme est égaré dans cette vie. Il partage des moments éblouissants, puis il est rendu à sa mélancolie, la mère de tous les hommes.
On entend ici une chanson du groupe Varsovie, constitué en 2005. J'aime le son rock coupant, juvénile,  de ces types rares, la diction « soufflée » du chanteur (Grégory Cathérina), sa rage élégante, et les textes un peu précieux, énigmatiques aussi.

On consultera, si on le souhaite, Comme un frère