dimanche 5 octobre 2014

En vie mais pas envie : de l'air, Duchamp !

À défaut de faire encore envie, je suis toujours en vie. C'est une excellente nouvelle, tout au moins pour moi !
Ce blogue, semble-t-il, a encore de nombreux visiteurs, malgré ma désertion momentanée. Je viendrai donc, prochainement, y déposer deux ou trois choses.
Après, nous aviserons.
En attendant, je vous suggère de vous rendre au centre Pompidou, où se tient une exposition consacrée à Marcel Duchamp. Contrairement à ce que prétend le monsieur de Libération, il s'agit de la plus pertinente recherche des origines de cette œuvre très complexe, depuis l'exposition que Jean Clair avait organisée, dans ce même musée, en 1977, intitulée Duchamp, le grand fictif. On y comprenait parfaitement les fondements culturels, on y décelait les influences multiples de cet aristocrate sarcastique. Jean Clair était remonté à la (aux) source(s), déboulonnant au passage la statue du destructeur, de l'iconoclaste ricanant. Derrière Duchamp, se tiennent les mathématiciens, les géomètres, les physiciens, et encore les symbolistes, le duc Jean Des Esseintes (personnage central de À Rebours, de Joris-Karl Huysmans) et quelques autres. Il faut aller au centre Pompidou, où se donne un festin d'intelligence et de beauté « difficile ». Nous en reparlerons.
Exposition Marcel Duchamp. La peinture, même, centre Pompidou, jusqu'au 5 janvier 2015.

Ci-dessous : Nu descendant un escalier, huile sur toile, 1912
Dessous : Marcel Duchamp descendant un escalier, photographie d'Eliot Elisofon, 1952
En bas : Étude de la marche par le procédé de la chronophotographie, Étienne-Jules Marey, 1882 




mardi 26 août 2014

Joie foraine

« […] Tout n'était que lumière, poussière, cris, joie, tumulte ; les uns dépensaient, les autres gagnaient, les uns et les autres également joyeux. Les enfants se suspendaient aux jupons de leurs mères pour obtenir quelque bâton de sucre, ou montaient sur les épaules de leurs pères pour mieux voir un escamoteur éblouissant comme un dieu. Et partout circulait, dominant tous les parfums, une odeur de friture qui était comme l'encens de cette fête. »
Charles Baudelaire, Le vieux saltimbanque (extrait), in Le Spleen de Paris

















Enfant, la fête foraine m'attirait fortement. Elle me donnait accès à des divertissements, que la vie réelle me refusait, à un monde parallèle, qu'on m'interdisait d'ailleurs, et que je fréquentais clandestinement. La profusion des jeux était amplifiée encore par la forte sonorité des voix, des musiques, des cris. Il se dégageait de tout cela un échauffement électrique, dont j'éprouvais les effets sur ma personne physique. J'ai conservé cette attirance, et dès que j'entends les échos venus de baraques ou de manèges, je m'en rapproche immédiatement. Chose curieuse : je me sens au milieu de cette joie foraine étrangement, délicieusement heureux et seul.
Une fête foraine à Nancy, janvier 2014, photographies PM













 Je veux saluer Maryline Treol, Maria Luisa Arnaiz, Andrés Sánchez Soto, et Ditos & Escritos, qui sont venus jusqu'ici. Ils sont les bienvenus.

samedi 5 juillet 2014

Le mouvement lent des corps amoureux

Elle m'évoque une enfance heureuse, cette jolie femme intelligente, au goût très sûr. Contrairement à nos provocateurs intégrés, qui ne recherchent que la notoriété d'État, et se complaisent dans une modernité plus rageuse que ravageuse, elle savait reconnaître l'esprit nouveau, l'invention talentueuse et durable. Elle s'appelait Michèle Arnaud.
Elle avait l'élégance acidulée des parisiennes et l'intelligence des audacieuses, augmentée de culture et d'esprit de curiosité. Serge Gainsbourg lui doit beaucoup. Elle reconnut son talent de compositeur, le fit connaître ; elle fut son interprète, sa protectrice, sa productrice, son amie très proche.
Si les années cinquante et soixante me paraissent encore lumineuses, nécessaires et définitivement « hostiles » à la terrible régression que nous nous imposons à nous-mêmes, fascinés que nous sommes par le naufrage de notre beau navire, c'est à elle ainsi qu'à quelques-autres que je le dois.

La voici dans une chanson de Gainsbourg. Il s'agit d'un slow : un moment de quête sensuelle tombée en désuétude. Deux corps se frôlent, mesurent leur compatibilité amoureuse, et, l'ayant vérifiée, la signifient par le tendre appui de la tête sur une épaule, l'enveloppement consenti de la main sur une hanche (exemple : Vous dansez, mademoiselle ?)..
Le slow, c'est le temps suspendu de l'amour furtif, sa cadence ralentie, son piétinement dans la pénombre exquise, c'est la première et ultime station verticale et rapprochée avant leur basculement de deux êtres aimables, ontologiquement voués au chagrin, à la solitude et à la contemplation (exemple :  La rumeur lointaine de l'amour).


                       
   
           
La voici encore dans une belle version, rarement entendue, du poème Le Pont Mirabeau, de Guillaume Apollinaire, mis en musique par Jacques Lasry.

Michèle Arnaud : Michele arnaud - écoute gratuite et téléchargement MP3
           
      On entendra une version très « partagée » de Ne dis rien, par Serge Gainsbourg, en compagnie de la délicieuse Anna Karina, en allant d'un bond à Vous dansez, mademoiselle ? Ensuite, et d'un pas décidé, on rendra visite à Une twisteuse dans l'haciendaLa rumeur lointaine de l'amourL'amour aux enchères

mercredi 7 mai 2014

La nuit



Il fait un temps d'illusion.
Hier est incertain et demain improbable. Demeurent quelques heures nocturnes. Elles sont notre avenir immédiat. En finissant, elles effaceront la forme que nous aurons prise : ainsi se dissipe le brouillard au matin, sur la terre lentement réchauffée. La nuit recouvre nos épaules, elle est bleue comme un cachemire sombre :
- I love you baby, and I always will, ever since I put your picture in a frame
- Taisez-vous ! Rejoignez-moi plutôt sous le cachemire bleu-nuit…

























Et aussi :
La nuitWaitin' for WaitsC'est ainsi qu'un soir, on cherche à savoir…Fin de féerie, Slave qui peut !

mercredi 23 avril 2014

Une fille en passant









































Elle ne me voit pas, je ne suis qu'un passant
Si peu considérable, un homme sans passé.
Elle ne croise pas mon regard oppressant,
Elle fixe un lointain de ses yeux lassés.

Derrière sa vitrine elle est là, froide offrande,
Indifférente à tout, et sourde à toute offense.
Nulle plainte ne sort de ses lèvres très grandes,
Son silence de cire est sa seule défense.

Elle ne connaît pas le fardeau d'un humain,
Le poids de son désir, le frisson sur sa chair,
Son souffle soudain court, la paume de ses mains,

Et son regard navré quand il voit la jachère
De sa vie désolée, qu'il perdit en chemin,
Et qui ne vaudra pas la moindre des enchères.

PM








mercredi 2 avril 2014

L'argent fait-il le bonheur des pauvres ?





Une personne très pertinente a attiré mon attention sur un article paru dans le site RAGEMAG. J'ai été étonné de ne pas me trouver en désaccord fondamental avec le contenu de cet entretien. Ronnie Moas, analyste financier très écouté de Wall Street, connaît parfaitement son affaire. Il s'agit peut-être moins d'une question de moralité que de proportion. 
L'extrême misère n'est peut-être pas le résultat de l'extrême enrichissement, mais celle-là ne se soucie guère de celui-ci. 
Et si, un jour, les employés européens d'Apple, se satisfaisaient des salaires misérables, que leur accorderont leurs patrons Indiens. 


En voici un extrait : 


Quand et comment êtes-vous parvenu à l’idée que la morale et l’éthique d’une firme étaient des choses à considérer avant de faire un investissement ?
C’est quelque chose qui me travaille depuis longtemps maintenant. Mon blog a pris quelques années avant d’arriver à maturité, et j’ai moi-même atteint la goutte qui a fait déborder le vase il y a quelques mois. C’en était trop. Quelqu’un, ici, devait parler des comportements dégoûtants de notre société, des exemples extrêmes du capitalisme. Apple a 150 milliards de dollars en banque en cash, et au même moment, ils paient leurs employés en Asie deux à trois dollars de l’heure. S’ils tentaient de faire ça aux États-Unis, ils finiraient en prison. Ils ne peuvent pas s’en sortir comme cela aux États-Unis, du coup ils vont dans des endroits où ils peuvent se comporter de la sorte.
Le PDG d’Amazon vaut à lui seul 27 milliards de dollars et ses employés dans les entrepôts américains ou européens sont payés 7 à 10 dollars de l’heure. Vous ne pouvez pas vivre avec un tel salaire aux États-Unis. Prenez Yahoo ensuite : le directeur de l’exploitation a été licencié il y a quinze mois et ils lui ont donné 109 millions de dollars. L’industrie du tabac n’est pas en reste : 5 millions de personnes meurent tous les ans à cause du tabac et cela reste un produit légal. Nous avons chaque année 3 millions de personnes qui meurent de faim chaque année et personne ne fait rien.
Nous sommes partis en guerre quand 3000 personnes sont mortes lors des horribles attentats du 11 septembre contre le World Trade Center. Depuis, 50 millions de personnes sont mortes à cause du tabac, 40 millions d’enfants sont morts de faim et personne n’en parle. Je veux comprendre jusqu’où tout cela ira, à quel moment nous allons nous réveiller et commencer à traiter les autres comme des êtres humains. Je ne devrais pas pouvoir être payé cent fois la somme qu’est payée la personne travaillant de l’autre côté de la rue au McDonald’s. Je ne vaux pas cent fois cette personne.



La totalité de l'affaire… RAGEMAG | Ronnie Moas : « Quelqu'un à Wall Street devait parler des conséquences du capitalisme. »