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samedi 17 mars 2012

Lifar aux enchères -2-










En ce temps-là, le monde moderne était en son adolescence. Il se faisait, ici et là, des sons inouïs, des formes inédites, des figures incomparables. Des femmes, des hommes, désignés par le destin pour être dépositaires d'un talent particulier, d'une grâce singulière, se retrouvaient dans une même audace. Par ailleurs, ni meilleurs ni pires que tous les autres, mais différents. Igor Stravinsky, Serge de Diaghilev, Coco Chanel, Jean Marais, Serge Lifar, dans le désordre, sont présents sur ces documents :saurez-vous les identifier ? Réponse prochainement.

mardi 13 mars 2012

Lifar aux enchères






















Elle, c'est Coco Chanel, lui, Serge Lifar. Ces deux-là étaient faits pour s'entendre, et ils s'entendirent à merveille. Leur Seconde guerre ne fut pas glorieuse, certes ! Je vous ai parlé de Serge Lifar ( rubrique DE L'UN À L'AUTRE, article Pas de deux). Aujourd'hui, on dispersait sa vie aux enchères. Une vente exceptionnelle dont je vous entretiendrai prochainement.

vendredi 9 mars 2012

Madeleine reviendra-t-elle ?
























( Article publié par http://www.causeur.fr, sous le titre « Fabius, le combat de trop » )

Qui donc a conseillé à Laurent Fabius d'aller affronter Nicolas Sarkozy, mardi soir, à la télévision ? Son entourage ? Celui du candidat socialiste à l'élection présidentielle ? Ou bien s'est-t-il dit à part soi qu'il pouvait fort bien relever ce défi, et qu'il constituerait même - car il ne doutait pas qu'il en sortirait triomphant - un excellent levier pour ses prochaines manœuvres, après la victoire de M. Hollande ?
Fabius est assez grand, solidement bâti sans qu'il y paraisse ; ses mains de pianiste manient fort bien la raquette de tennis et la bride d'un cheval. Il s'entretient. Or, quand il a paru à l'écran, l'autre soir, on l'a vu alourdi, le visage soufflé, le corps pesant. Mieux habillé, certes, que Nicolas Sarkozy, lequel paraissait avoir dérobé sa veste à un roulottier roumain, mais dissimulant mal une forme de malaise, une crainte : Sarkozy l'attendait à sa table, et l'accueillit, comme un joueur tranquille invite à le rejoindre un ancien partenaire, depuis longtemps éloigné des tapis. Et c'est bien cela qui fut fatale à Laurent, autrefois magnifique : une trop longue absence. On le signale ici, on le cite là, mais jamais dans une grande circonstance et dans un premier rôle. Voilà combien d'années que cet homme si brillant est devenu si atrocement vain ? Fallait-il qu'il fût désespéré pour qu'il choisît de rallier M. Strauss-Kahn, personnage secondaire de la scène politique, dont il dit aujourd'hui, sans rire, qu'il l'a déçu ! Quelles ne furent pas ses affres, lorsqu'il dut reconnaître la victoire de François Hollande, et lui offrir ses services ! Son intelligence erratique n'est plus vouée qu'aux servitudes hollandaises. Il s'est loué pour rien au prétendant socialiste, il boira le calice jusqu'à la lie.
Il se risqua bien à quelques assauts, mais ils venaient de trop loin, ils s'annonçaient en quelque sorte : Nicolas Sarkozy les attendait avec l'assurance des généraux qui connaissent par avance les plans de l'ennemi. L'actuel président de la République avait retiré tous ses masques et présentait ses plaies. Tendu à l'extrême et cependant maître de ses nerfs, impérieux sans être arrogant, il s'est avancé sans crainte, offert aux critiques, voire aux offenses de ses contemporains, mais refusant à l'un de ses pairs le droit de le punir. Il était en sang, ses genoux laissaient sur le sol des traces rouges et des lambeaux de chair, mais il dominait Fabius, il écartait d'un revers négligeant de la main l'homme qui ne serait jamais président de la République.
Par un curieux phénomène de rétro-téléportation, Fabius s'est à la fois incarné dans le couple Elkabach-Duhamel de Cartes sur table, et dans le premier ministre outragé qu'il fut, face à un Jacques Chirac narquois. C'est assez dire qu'il parut démodé. Son entourage lui avait préparé des répliques, des formules susceptibles de faire mal, de déstabiliser, voire d'offenser … 30 ans de retard ! Autre grave erreur : les références à deux prédécesseurs de l'actuel président de la République, Charles De Gaulle et François Mitterrand. Les rassembler dans une perspective commune, la providence et l'Histoire, relève dans le meilleur des cas de la myopie, dans le pire, de la mauvaise foi. D'une part il n' y a aucune commune mesure entre ces deux-là ; d'autre part, Nicolas Sarkozy ne se soucie guère de la postérité. Pour cette raison, s'il n'est pas réélu, il quittera définitivement la scène : on ne l'imagine pas en sénateur ! Il ne connaît que le temps immédiat, revendique l'aveu fulgurant et numérisé. Fabius, politicien de la Ve république, avait en face de lui un avatar post-moderne, un compte twitter, un abonné de facebook, informant en temps réel ses « amis » de ses états d'âme et d'humeur. Insaisissable, reconnaissant ses erreurs, ses fautes et fournissant aussitôt les moyens d'y remédier ! Le candidat-président produit des vagues d'oubli successives, qui recouvrent ses images anciennes et en découvrent d'autres, neuves, qui le montrent contrit et, aussitôt après, déterminé, prêt à bondir, à servir. Trop fort, trop rapide ! Innocent !

La politique aura réduit à rien cet homme plus surement qu'un puissant vice, ou qu'une atroce passion amoureuse. Son père, André Fabius, sut autrefois identifier dans un fouillis de l'hôtel Drouot une œuvre de Georges de la Tour, Madeleine pénitente, également connue sous le surnom de Madeleine Fabius, que possède la Galerie nationale de Washington. Elle montre une femme assise à sa table, plongée dans une sorte de contemplation accablée, caressant un crâne humain. La lueur d'une bougie dissimulée saisit la scène plus qu'elle ne l'éclaire, elle la distribue par séquences dramatiques, inonde un bras, une épaule, dessine une main en ombre chinoise, affleure le visage de profil, rejette tout le reste dans un noir d'encre. Les doigts de la main ombrée sont posés sur un crâne, ils établissent de cette manière un contact avec l'essentiel.
Laurent Fabius, mardi soir, a fait son dernier tour de piste. C'est ailleurs qu'il trouvera sa petite madeleine.

(Document : Madeleine pénitente ou Madeleine Fabius, National gallery of art, Washington).

dimanche 4 mars 2012

Pourquoi votre fille est muette














Le menton est un peu agressif, la bouche aux lèvres minces, rétractées, figure un quant-à-soi amère ; les yeux, autrefois rieurs, se réduisent par instant à une fente d'ironie suspicieuse. Longtemps erratique, il semble que la coiffure ait trouvé son style : courte, la nuque dégagée, une mèche collégienne sur le front. La face, très ouverte, paraît humer le bon air des prairies. Les membres sont puissants, les épaules solides : madame Voynet possède un physique campagnard d'autrefois. Le sait-on assez, cette chlorophyllienne athlétique est la porte-parole d'Eva Joly ?
À quoi pense-elle, Mme Voynet ? Candidate des Verts à l'élection présidentielle, en 2007, il serait inélégant de qualifier le pourcentage des voix qui se portèrent sur son nom de misérable, mais il ne paraît pas faux de le considérer comme négligeable. Désignée de justesse par ses compagnons, elle repoussa plus d'électeurs qu'elle n'en attira : si ce ne fut pas la « catastrophe du siècle », on frisa tout de même le désastre. Évalue-t-elle la prochaine compétition à l'aune de sa propre défaite ? Pressent-elle l'humiliant fiasco ? Veut-elle s'en préserver en se faisant si discrète qu'on ignore souvent son titre auprès de la championne d'Europe-écologie-les-verts ? Il est vrai que cette dernière, après avoir lancé quelques suggestions plus fantaisistes les unes que les autres, a choisi une tactique muette. Elle ne se signale plus par aucun éclat, ne propose plus de transformer l'Arc de triomphe en jardin suspendu, ou la nuit de Noël en cérémonie nationale du souvenir des crimes français contre les espèces potagères disparues.
Mais peut-être cette ombre qui passe sur le regard de Dominique Voynet signale-t-elle désormais son accablement et sa résignation, après que M. Hollande n'a marqué aucune hostilité de principe à l'exploitation des schistes bitumineux. Qu'en dira la capricante franco-norvégienne, déjà peu suspecte de bienveillance envers les socialistes ? La porte-parole s'attend-elle à une riposte cinglante de la part de l'ancien et redouté juge d'instruction, par exemple à son refus explicite d'appeler à voter pour le candidat « normal » ? Par les temps qui courent, et surtout par ceux qui s'annoncent, un peu de voix peut concourir à faire le plein des voix.
Les semaines qui viennent devraient apporter leur lot de surprises et de rebondissements dans la vie exaltante des adorateurs du veau bio.
(Photographie DR)

samedi 25 février 2012

L'atroce beauté d'Alice

Elle n'a certes pas encore trouvé le rôle qui l'installera à la place qu'elle mérite dans le cinéma français, c'est à dire parmi les premières, mais chacune de ses apparitions constitue une surprise. Très à l'aise dans la comédie, elle ne s'est pas suffisamment éloignée des films de sa génération, qui la retient encore. Elle pourrait étinceler dans des œuvres intemporelles, qui mettraient en valeur son ambiguïté fondamentale, constitutive. Sa beauté n'est pas froide, à la manière d'une Deneuve, à laquelle on la compare hâtivement. D'abord, elle est beaucoup mieux faite que Deneuve au même âge, elle est ardente, colérique, déterminée, on ne lui sent pas de faiblesse, c'est à dire de facilité. Son ironie n'est pas que de façade, mais constitue bien son arme de défense favorite. Or, elle ne déposera les armes que devant son égal. Elle n'a pas d'égal masculin dans le cinéma français.
Elle se nomme Alice Taglioni. Elle a traversé une terrible épreuve personnelle. Il est temps, à présent, que des scénaristes soient hantés par sa présence nerveuse, par son intelligence, par son avidité retenue, et lui donnent les grands rôles qu'elle mérite, qu'elle attend. On ne peut pas laisser une Ferrari au garage, et il est attentatoire à la dignité humaine de la conduire comme une maigre sportive coréenne.
Ses dons naturels, son éducation musicale, son long apprentissage du piano la destinaient à une carrière de soliste. Elle a choisi de devenir actrice (j'emploie ce mot à dessein, parce que nous possédons pléthore de comédiens et fort peu d'acteurs) : il doit y avoir une raison cachée, une tentation, une faille. Cette faille est peut-être la clef de son avenir. Il conviendrait enfin de donner à sa beauté toute l'étendue de son atrocité. En outre, elle joue au poker, et elle aime ça !


Martin Solveig & Alice Taglioni - I Want You... par Innocence-1992

mercredi 22 février 2012

Tranche de vie - 2
























Les animaux l'ont dans le culte !

Qu'un Dieu sanguinaire conduise ma main quand elle tient le grand couteau du sacrificateur, et qu'il me guide jusqu'à la grosse veine chaude d'où jaillira le bouillon ensanglanté, par quoi j'honorerai mon seigneur et maître. Ah que j'aime ce moment où mon Dieu de colère me commande de laisser venir à lui ces tendres agneaux, ces gros taureaux, ces chèvres naines au museau de mousse ! J'obéis ! Il est la loi. Je coupe, je taille, je cisaille aussi. Le fil de ma lame glisse sur la chair offerte des cous qui se tendent. Le sang jaillit, éclabousse l'air, colore le sol, les instruments, les tabliers. La mort est lente, la vie résiste, signale sa persistance par de brusques saccades. J'accomplis les commandements que des hommes enténébrés ont cru tenir du Ciel. Et par ses soubresauts, l'animal semble me dire toute sa joie de souffrir pour apaiser un peu mon Dieu irascible. Il crierait de plaisir, mais comment pourrait-il seulement gémir, puisque je lui ai tranché la gorge ! Ses spasmes sont un langage, une offrande, un consentement muet à mon rituel.  Son martyr est mon salut, il trace sur le sol la piste qui conduit à ma rédemption. Je te salue, Seigneur inapaisé ! Par les plaies que j'ouvre en ton nom, j'alimente le fleuve de sang que tu me réclames et qui jamais ne doit s'assécher.  
Viens mon agneau, viens mon innocent, rassemble-toi avec tes frères, tourne ton regard effaré vers celui qui pend, accroché par une patte à un croc mobile, et s'éloigne, assailli de hoquets d'hémoglobine.
Je suis celui sur qui ton  effroi se fonde. Aide-moi à traverser le désert de ma vie, irrigue de ton sang la terre aride qui me porte, transforme-la en boue.

Illustration : Le sacrifice d'Abraham (1635), par Rembrandt Harmenszoon van Rijn, dit Rembrandt ( musée de Hermitage, Saint-Pétersbourg, Санкт-Петербург, huile sur toile, 193 x 133 cm). On remarquera la main d'Abraham, plaquée sur le visage de fils, geste peu conforme à la manière habituelle d'un peintre qui aimait à s'attarder sur les visages, à en saisir les nuances et les expressions. Horave Walpoole prétend qu'il faut y voir une preuve de la sensibilité du peintre, pour qui la représentation du meurtre d'un fils par son père, même commandé par Dieu, était insupportable.
J'aimerais que les tueurs des abattoirs prissent au moins la précaution d'égorger les animaux hors de la vue de leurs congénères.

Tranche de vie - 1

Sensiblerie, sensibilité, hypocrisie ? Je prends toutes les accusations, et je m'assois dessus. Je considère que, dans notre société (et dans notre société seulement, ou, si l'on préfère, dans notre « civilisation ») toute mise à mort d'un animal gouvernée par des interdits et des principes religieux est un reliquat de pensée magique, une persistance de religiosité archaïque. Je mange de la viande, je reconnais l'existence et la nécessité des abattoirs, j'exige que leur fonctionnement respecte à la lettre les prescriptions de la république.
D'une manière générale, je réclame une correction de la trajectoire de notre pays : nous nous éloignons à vitesse accélérée des principes universels, qui autorisent le fonctionnement relativement harmonieux de la grande diversité humaine.

Informez-vous, d'abord :




Et maintenant, accrochez-vous ! Je me suis efforcé d'assister à ce spectacle jusqu'au bout, il est d'épouvante.


FBB_Abattage Rituel VF 4-3 QT par FondationBrigitteBardot


Nota benêt : Je sais, Marine Le Pen etc… Je n'ai jamais été, je ne suis pas, je ne serai jamais tenté par le vote de protestation FN !