mardi 1 janvier 2019

Avec la langue ! (Mes vœux)

Ici commencent mes vœux…






































 Cette langue, ces deux lèvres et une partie de ces dents d'une mâchoire supérieure ont été dessinées par John Pasche, légèrement modifiées par Graig Brown, avant de devenir le logo, l'étendard des Rolling Stones à partir de 1971.
Ce dessin figure parfaitement la sensualité agressive, débordante, que démontrèrent les Stones dès qu'ils se firent connaître. Ce jaillissement de muqueuses, ce surgissement hypervascularisé, charnu à l'excès, abondant, rubicond, offert, imposé comme un dard avide, c'est toute l'insolence, la hâte de plaisir, l'arrogante offrande d'organes qui, d'ordinaire, ne se manifestent aussi brutalement, aussi joyeusement que dans l'intimité….
Toute la personne de Mike Jagger, tout son dandysme moderne, encanaillé, piqué même d'une pointe d'obscénité, tout cela est comme figé remarquablement. Et tout cela forme le miroir des Stones, et celui de l'Angleterre rénovée.
En ce temps-là, le monde était dans son adolescence…

Alors, voici le premier de leur souhait, tel qu'ils le chantaient, le proclamaient en 1967.
Quant à nous, à  défaut de passer la nuit ensemble, si nous passions l'année ensemble ?


lundi 24 décembre 2018

Un Noël d'autrefois

Mes compatriotes sont à ce point soumis, à ce point conformistes et intimidés, qu'ils n'osent plus proclamer « joyeux Noël ! » en public. Bien sûr, la radio et la télévision d'État, émettrices d'opinions normalisées, d'un commun accord tacite, se garderont bien de contrevenir aux règles non écrites de la doxa anti-chrétienne. Alors, on n'entend plus, répétée à l'envi, que la vaine formule « bonnes fêtes de fin d'année ! », neutre et typique de la conformité frileuse du nouveau vocabulaire (ainsi de « territoire », par exemple), qui veut rassembler les fêtes de la Nativité et celles du Nouvel An dans une stupide et vaine collection de réjouissances .
Quant à moi, je souhaite à toutes celles et à tous ceux qui passeront par ici ce soir, un joyeux, un heureux, un délicieux Noël. Je sais que ceux qui croient au Petit Jésus auront une raison de se réjouir de cette date (au reste fort approximative). Je n'oublie pas que je suis une très modeste partie de l'immense civilisation française, judéo-chrétienne, qui s'est construite avec Dieu et, parfois, contre lui.
Les autres traverseront ces événements en rentrant la tête dans les épaules. Après tout, ce n'est que l'affaire d'une nuit !
À tous, je dédie ces deux délicieux dessins, sans doute démodés, mais charmants, et, ce faisant, je pense tout particulièrement, avec un sourire narquois, à quelques déplaisantes figures du néo-féminisme…
























Note : chacun placera dans la hotte du Père Noël ce qui convient à la représentation de ses vœux. Mon Papa No préfère les dames, mais sa besace n'est nullement hétéronormée.
Je vous souhaite une douce et « hot » nuit.






lundi 3 décembre 2018

Les rendez-vous qui engendrent des larmes (lacrymogènes)


Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles
(Arthur Rimbaud, extrait du Bateau Ivre, 1871)



A-t-on laissé faire cela ? C'est possible. Cela s'est déjà vu. La journée du 1er décembre restera dans les mémoires des parisiens : une journée, une soirée de désolation. Il ne manquait que les armes à feu. Sortiront-elles un jour prochain ? On a l'impression que certains le souhaitent.

Il reste que je n'ai jamais vu une rupture aussi rapide, aussi évidente, entre le peuple français et sa classe gouvernante, et le premier de ses représentants, le président de la République.
Le temps politique a connu une brutale métamorphose, tout se précipite, les mots ne savent plus s'opposer au réel en formation, il ne peuvent plus même tenter d'organiser le chaos. C'est une insurrection.
La plainte massive des Français est légitime : ils ne vivent plus décemment du fruit de leur travail. Le salaire moyen de ce peuple (et de beaucoup d'autres en Europe) ne couvre pas ses dépenses banales, celles de la simple nécessité ordinaire. Cela ne date pas d'aujourd'hui, mais cela jaillit aujourd'hui, à la manière d'une lave longtemps contenue.
M. Macron n'a pas produit cette situation, qui lui était bien antérieure, mais ses provocations verbales ont rapidement ouvert les yeux de la population modeste, qui l'avait choisi par lassitude de tous les autres.
Que faire ? Je l'ignore.
On a vu l'ineffable M. Hollande démontrer sa solidarité avec les gilets jaunes, Mme Royal également, qui paraît atteinte de troubles de la mémoire… M. Mélenchon et Mme Le Pen prétendent épouser la vague émeutière, laquelle, espèrent-t-ils, les portera au pouvoir. Dans ce cas, par exemple, M. Corbière et sa compagne, Mme Garrido, auront chacun un ministère. Promulgueront-ils une loi qui me contraindra à écouter religieusement leurs discours, leurs interventions, leurs justifications ? Imaginer ces deux époux envahissants, charnellement si prospères qu'on les imagine gavés de sucreries, m'imposer le spectacle de leurs satisfactions ministérielles m'est proprement insupportable.
La politique disparaît dans le brouillard chimique des grenades lacrymogènes. Les ombres  de quelques politiciens de second rang s'avancent et prétendent aux meilleurs emplois.

vendredi 16 novembre 2018

Le désir et la mélancolie

Qui le hantait ? Sa mère, certainement : le souvenir de cette femme au visage triste, gagnée par la peur et la détresse. Son père aussi : il conserva toujours le souvenir des scènes violentes, le bruit sourd ou retentissant des coups qu'il distribuait généreusement à sa femme et à son fils ; un homme brutal, égaré.

Plus tard, il suscita le désir du monde.
Et il fut mélancolique.

Deux films sont disponibles, en ce moment, dans l'Internet :
1) cette manière de biographie augmente encore le mystère qu'a fondé cet homme :



2) Pour celles et ceux qui n'auraient pas vu le film « maudit », décrié, honni, le voici :



Et pour le retrouver : 
Le fantôme du métro aérien 1   Retour sur le pont   Le fantôme du métro aérien 2  L'indésirable 2  Brandobsession (Brando's session)  Dernier sanglot à Paris  L'enfance, notre passager clandestin

  Le principe de fascination   De profil, de dos et de face




Après la guerre, c'est déjà la guerre



Babylon Berlin : je n'aime pas les séries, je n'aime pas les rendez-vous réguliers avec la télévision, j'ai l'impression d'en devenir le prisonnier. Je ne connaissais pas Babylon Berlin. Dans l'un de ses messages, notre ami suisse m'a mis la puce à l'oreille. Le bref extrait qu'il me suggéra, cette scène d'un cabaret où régnait une sorte de dominatrice bi-sexuée, et cette chanson comme une menace séduisante… J'ai attendu impatiemment la sortie de cette œuvre sous la forme d'un coffret de trois DVD.
Babylon Berlin est particulièrement réussie. Nous sommes en Allemagne, entre les deux guerres. La Première a profondément marqué les corps et les esprits. Le pays ne vacille pas encore, mais on voit bien que se mettent en place, de manière souterraine, tous les éléments d'une puissante et redoutable métamorphose.
Il arrive que la tragédie s'annonce par l'entrée des artistes. 

On ira ici et là :   
Le goût de la rengaine et des cabarets 2
Le goût de la rengaine et des cabarets

            

samedi 20 octobre 2018

Dans la cour des grands


Charles Aznavour, paraît-il, ressentait une forme d'amertume parce que les juges des élégances artistiques l'excluaient de l'Olympe, où siégeaient Brassens, Brel et Ferré. Le public, fidèle et nombreux, ne suffisait pas à combler son désir de reconnaissance, il lui fallait aussi le sacre de l'élite. Or, l'élite de ce pays s'est souvent fourvoyée, démontrant à maintes reprises d'abord un certain mépris, puis une pulsion grégaire, un conformisme qui ne l'a jamais quitté. Elle montra de l'intérêt pour les choses, qui n'effrayaient pas son audace apprivoisée…
Or, Aznavour était d'abord un artiste. Il voulait être jugé comme tel.

Voici, réunis exceptionnellement, Léo Ferré et l'autre grand Charles interprétant une chanson peu connue, La Chambre. La musique est de Ferré, le texte en est remarquable : c'est un constat dressé avec un détachement mélancolique. Il est signé René Baer, personnage singulier (Édouard Baer, singulier tout autant et talentueux, est son petit-neveu), une manière de dilettante doué, qui écrivit aussi La Chanson du scaphandrier pour Ferré, également chantée par Henri Salvador et, me semble-t-il, par le méconnu Jacques Douai, ainsi que par Claude Nougaro.



Voici Léo Ferré seul au piano avec La Chambre. La vidéo montre deux Léo : le premier, après 1968, le second (à partir de 4.24, où l'on entend La Chambre) dans les années cinquante, en compagnie de Jacqueline Joubert, laquelle procède à un très habile entretien avec un Ferré emprunté, timide, apeuré presque. Il y a une grande différence entre celui-ci, humble et fier tout à la fois, et l'insupportable prophète d'Apocalypse des années soixante-dix, visionnaire pour grandes surfaces, pontifiant gourou du hit-parade qui vitupérait les puissants, les militaires, les mouches et les coches, la justice des hommes, la chute des corps, la réverbération de la lumière sur les crânes chauves, mais, malgré tout, capable de produire de superbes chansons tendrement désespérées, qui nous permettront d'atteindre à notre dernier soupir sans hâte extrême et même avec un peu de regret.
Précision : j'avais 20 ans, j'ai assisté à nombre de ses concerts, d'où je sortais la tête pleine de bruit et de fureur, pleine de musique, de mots, de poésie tantôt délicate, tantôt facile, tantôt absconse, j'avais 20 ans, j'étais tendre et furieux, je croyais que l'avenir était du présent immédiat, j'étais alourdi du passé. J'étais jeune, je ne le suis plus ; j'étais stupide et vain, je le suis resté !



La Chambre, par Yvette Giraud, qui en fut la première interprète, peu de temps après la fin de la Seconde guerre.



À la suite, ce moment de perfection qui se passe volontiers de mon commentaire balourd.




Et la version féminine, sinon féministe, de cette chanson, par la même Annie the great Cordy : rappelons qu'elle est une immense comédienne jouant très finement le drame, parfaitement ignorée du cinéma français.


samedi 13 octobre 2018

Le bel été

- Tu ne m'avais pas dit que Cali enregistrait un album, dans lequel il reprenait des chansons de Léo Ferré.
- Je l'ignorais, et, l'aurais-je su, j'aurais choisi de l'oublier aussitôt !
- Pourquoi donc ?
- Dès que je l'entends couiner, je cours à la rencontre d'un bruit, qui couvrira sa voix.
- Tu n'as pas de goût !
- C'est vrai, mais j'ai le dégoût très sûr.
- C'est un garçon sensible, Cali ; d'ailleurs, il est de gauche, il a soutenu Ségolène Royal ! Il laisse parler son cœur.
- André Gide a dit de Jean Guéhenno : « Il parle du cœur comme d'autres parlent du nez. ». Eh bien, ton Cali souffre d'un rhume chronique !
- Décidément, nous n'avons rien en commun ! Le printemps nous avait rapprochés, l'été nous avait réunis, l'automne nous sépare.
- Trois saisons pour un amour, c'est trop, deux suffisent. D'ailleurs, dès le mois d'août, cela sentait la fin.
- Je ne m'en suis pas rendu compte.
- Moi si !
- Tu n'as pas de cœur !
- Non, mais j'ai du nez ! Aznavour lui aussi le savait. Et Aznavour, c'est autre chose que Cali !