vendredi 17 janvier 2014

Ma correspondance avec la Beauregard


















Illustration : Big man, sculpture de Ron Mueck (australien d'origine), Hirshhom museum and sculpture garden, Washington DC.


Récemment, j'écrivis pour le site causeur.fr un article relatif à la récente aventure d'alcôve, qui a fait trembler le régime et brouillé un peu plus le reflet de François Hollande dans l'esprit des français. Notre peuple, au contraire de celui d'autres pays, ne juge pas les hommes politiques sur leurs amours parallèles ou, pour reprendre le terme sartrien, « contingentes ». Mais, dans le cas présent, ils sont étonnés par la situation inédite : une prétendue première dame, installée comme telle à l'Élysée, une autre maîtresse, ou présentée ainsi, des rendez-vous galants où l'on se rend casqué… 
Bref, j'en fis un article dans l'esprit des missives à ma cousine (voyez Delon ne mégote pasUn peu de beurre dans un monde de brutesFerveur et marquisatLa marquise est de retour !Au galop de son cheval, la BeauregardLa marquise perd le nord et le sudLa marquise perd le nord et le sud (suite)
Pour le plaisir des unes et des autres, et sans rapport nécessairement avec le sujet, je recommande à celles et à ceux qui sont sensibles à l'incroyable présence d'Elvis Presley, et surtout à celle, magnétique pour moi, de Marlon Brando, de visiter Retour sur le pontPrès du corpsMarlon B, for Lady Tanya, and for all Tous les garçons' ladiesLe fantôme du métro aérien 3Le fantôme du métro aérien 2Le fantôme du métro aérien 1Brando sur le trottoir
Ma délicieuse cousine Émilie de Beauregard, se souvenant de nos échanges passés, m'a fait parvenir  sa réponse, qui est un bijou d'esprit. Je la place à la suite de l'article de causeur. 



L'article de causeur.fr.

Ma très aimable et très chère cousine,
Par la présente, je viens vous confier une nouvelle, que vous ne connaîtrez, dans votre lointaine et sauvage province, que dans plusieurs semaines, si jamais elle vous parvient ! Voilà bien longtemps déjà qu'elle circulait à Paris, sous la forme d'une rumeur mondaine. Partie du faubourg Saint-Germain, où se délient les langues les plus acérées et les moins charitables, elle se propagea, tel un feu d'herbes sèches, du faubourg au boulevard, après un saut à la Chambre, une station au Sénat, et une halte à l'Opéra. On en parlait dans tous les salons et jusqu'à la Cour et, bien sûr, dans les rédactions ; elle circulait dans le monde, et l'on en riait aux éclats. Vous savez combien l'on goûte, ici, les abandons d'alcôve, qui s'augmentee viens vous confier une nouvelle, que vous ne connaîtrez, dans votre lointaine et sauvage province, que dans plusieurs semaines, si jamais elle vous parvient ! Voilà bien longtemps déjà qu'elle circulait à Paris, sous la forme d'une rumeur mondaine. Partie du faubourg Saint-Germain, où se délient les langues les plus acérées et les moins charitables, elle se propagea, tel un feu d'herbes sèches, du faubourg au boulevard, après un saut à la Chambre, une station au Sénat, et une halte à l'Opéra. On en parlait dans tous les salons et jusqu'à la Cour et, bien sûr, dans les rédactions ; elle circulait dans le monde, et l'on en riait aux éclats. Vous savez combien l'on goûte, ici, les abandons d'alcôve, qui s'augmentent régulièrement de détails croustilleux. Ce matin, une gazette, qui a fait sa spécialité des révélations les plus indélicates sur les gens en vue, l'a livrée au bon peuple. J'en viens au fait, car je sens votre impatience, laquelle vous met habituellement dans les transes d'une exaltée de la religion. 

Notre roi entretiendrait une liaison avec une comédienne, et, pour la rejoindre, le soir venu, se glisserait nuitamment hors du Louvre, déguisé en pompier ! Une caricature le représente, un casque sur la tête, et tenant à la main une manière de tuyau souple. Une autre le montre, qui surgit dans la chambre d'une femme, dont le lit est embrasé ; elle ouvre les bras à son sauveur, qui lui dit : « Apaisez-vous, madame, je viens éteindre votre feu ! ». D'autres encore circulent sous le manteau, nettement plus grivoises, dont je ne vous parlerai pas. Non pour préserver votre imagination, que vous prétendez chaste afin d'édifier votre entourage et avoir la paix, mais pour exciter votre curiosité jusqu'à ma prochaine visite, où j'aurai le plaisir de vous les montrer et de constater l'effet qu'elles produiront sur vos joues et sur l'ensemble de votre adorable personne. Au reste, si votre trouble s'accentuait alors, si votre nature et vos sens impétueux réclamaient soudainement un soin attentif, vous savez pouvoir compter sur mon ardent dévouement…
Décidément, pour ce roi bourgeois, que le peuple surnomme affectueusement « Pépère 1er », les femmes auront été une source de tracas renouvelés ! C'est aussi qu'avec son air bonhomme, son allure un peu gauche, sa mine souvent ravie ou comiquement contristée, et ses manières de simplicité, il dissimule un redoutable prédateur du beau sexe, un Don Juan d'envergure. De ce point de vue, il fait honneur à la France, ce pays que Casanova en personne vénérait comme nation de la galanterie. Eh quoi ! notre souverain démontre au déduit des qualités si évidentes, et nous n'en serions point légitimement fiers ?
Néanmoins, ce tableau réjouissant des frasques amoureuses de notre bon François-à-la-lance-dressée, pourrait se compliquer rapidement de scènes moins plaisantes. Sa concubine officielle, l'impérieuse Mme de Koajélère, qui s'est maintes fois signalée par son humeur belliqueuse, supportera-t-elle longtemps d'être la dinde d'une telle farce ? Il se peut, dès demain, que les portes du palais claquent, et qu'emportée pas sa fougue, la Koajélère, bafouée, regagne son logis dans l'état de chagrin et de furie qu'on imagine. Mais alors, la nouvelle favorite deviendra-t-elle à son tour, comme disent les républicains de la Bourse et les mégères de la rue, la « première dame de France » ? Vous vous rappelez, cousine à la taille si bien prise, le tour que joua Louis-Henri marquis de Montespan, mari cocufié par le roi Soleil : il se rendit à la cour de Louis XIV dans un carrosse orné de quatre bois de cerfs de belles proportions, pour signifier, non sans quelque courageuse arrogance, sa déconvenue. 
On m'assure que Mme de Koajélère possède des yeux de biche…
Je vous informerai tantôt de la suite de cet événement.

En attendant de vous en murmurer les détails les plus audacieux à l'oreille, et de tirer de votre émoi un parti intéressant, je vous prie de me reconnaître comme votre fidèle et dévoué cousin.


La réponse d'Émilie




 Ah , mon fripon de cousin, je languissais de vous lire ! Ce n’est pas que je m’ennuie dans mon château de Provence, où, comme vous savez, je vis en solitaire, dans le souvenir de mon cher époux disparu, entre les écuries où j’ai mes étalons et l’église où j’ai mes œuvres de charité, mais j’aime que vous me racontiez la cour et ses intrigues, car vous savez comme personne trouver les mots qui m’amusent et mettent  ma curiosité en émoi ! 
Dans notre lointaine province, nous sont parvenus toutefois quelques échos des ébats royaux et de leurs imprévisibles conséquences, tant ils sont burlesques voire grotesques ! Mais j’ignorais, mon cousin, que notre monarque, afin d’assurer sa sécurité, fût contraint, pour rejoindre sa belle, logée à cent mètres du château,  de circuler incognito… dans une charrette à percheron et coiffé d’un casque ! Il est vrai que s’il avait dû parcourir cette courte  distance à pied et avec un casque sur la tête, gageons que cet accoutrement eût aussitôt alerté les passants ! 
Moi qui n’ai pu aimer que de très beaux hommes pleins d’esprit (vous avez connu mon époux le Marquis de Beauregard), je ne m’explique pas le succès auprès des femmes de ce roi au physique de roturier, sans charme ni esprit. Le pouvoir attire et enflamme l’esprit et les cœurs des belles comme une drogue. Il leur fait parer l’homme, qui est derrière le roi, de perfections chimériques qui n’existent que dans leur imagination ! Et il en a ainsi trompé beaucoup, le bougre ! Souvenez-vous, mon cousin, de votre ami Paul de Bitenfeu, qui me fit une cour assidue. Quel gentilhomme, né pour séduire, on lui pardonnait tout ! Mais là, à l’heure où le pays suffoque et s’écroule, notre Casanova en scooter, tête en l’air (et pas que… ) n’a d’autre souci  que de rejoindre  la couche de sa deuxième favorite, une actrice de seconde zone. Cette image ridicule et sans panache prête au fou rire vaudevillesque, il faut bien le reconnaître. Inconsistance et inconséquence sont les deux mots qui  résument -hélas, je le crains !- celui qui nous gouverne. 
Si j’ai bien compris, la concubine en titre jusque là, n’a pas supporté le choc du cocuage royal, ni d’avoir été supplantée par une plus jeune qu’elle. Si elle avait été l’épouse du roi, les choses eussent sans doute été différentes, mais n’être que la favorite ne donne aucune prérogative. Notre François, bien que défenseur du mariage pour tous, n’a jamais épousé personne. C’est  là sa force et sa faiblesse. Le pays tout entier retient son souffle : le roi doit choisir et élire la vraie première dame. De ce concours de Miss qui sortira victorieuse ? Qui fera ses valises ? Et pour quelle destination ? Oh, mon cher cousin, la suite de ce feuilleton va nous régaler, je le sens ! En effet, un ami allemand (les Allemands sont romantiques !)  m’a raconté la visite qu’il a faite à Valérie de Koajélère, le jour de son hospitalisation. Elle a fait fermer les rideaux de son lit, et défend à quiconque d’approcher. « Was für eine unglaubliche Geschichte ! » s’est-il écrié. Ce ne sont que transports violents, cris, convulsions et c’est , on le croit volontiers, effrayant ! Orage… ô désespoir ! Son état est tel qu’on s’étonne à la cour qu’elle n’y ait pas déjà succombé. Il semble que, malgré le secours d’un prêtre mandé auprès d’elle, sa vanité blessée ait aigri encore son caractère déjà difficile, et enfanté la haine ! Il y a quelques mois, elle dansait en Afrique, il y a quelques jours, elle découpait la galette du roi en son château, il faut craindre aujourd’hui, une vengeance effrayante et  spectaculaire ! 
Quel est votre sentiment, mon cousin, dites-moi ? Bien que cette affaire soit fort affligeante, elle révèle toutefois une chose qui a de quoi nous réjouir et nous combler d’aise : les traditions ne se perdent pas, même dans une république socialiste, qui, en cette occasion, a pris un sérieux coup d’Ancien Régime ! Venez donc me visiter en mon château, mon cher cousin, le temps est beau et doux, j’aime votre conversation et nous avons encore tant de choses à nous dire ! 
Marquise Émilie de Beauregard

10 commentaires:

Emilie a dit…

Mon cousin préféré,

Sur Causeur, je me suis beaucoup amusée de lire sous votre plume les mots "serial niqueur",pour surnommer notre président motocycliste. Il l'est en effet et sur ce point,il a raison de mettre en avant, si on peut le dire ainsi, sa normalité.

Il ressemble tant à ses illustres prédécesseurs à l'Elysée que l'on est en droit de se demander si c'est la fonction qui crée l'organe ou l'inverse !

François le Mou comme François le Raide, Valéry, Jacques, Nicolas,tous apparaissent comme d'éminents experts en foufounologie !

Emilie a dit…

Au fait, cher Patrick, pourriez-vous nous éclairer sur le sens de la photo qui vient sous le titre "Ma correspondance avec la Beauregard"?

Sont-ce vous et moi, ces deux personnages que tout semble séparer ?

Ou bien s'agit-il d'illustrer la mésentente du "couple" présidentiel ?

Patrick Mandon a dit…

Pour l'illustration, j'ai pensé qu'elle pouvait représenter un homme pris en « flagrant du lit », et qui subit les reproches amères de sa « régulière »…
Quant au président de la république, homme de pouvoir, représentant de la légitimité, en effet, on constate que sa fonction « crée l'orgasme »…

Célestine a dit…

Je vous dois cette confidence, cher Patrick, que m'étant aventurée à visiter un des liens que vous donnez en préambule, je me suis complètement laissé absorber par un incroyable dialogue entre vous et votre cousine, dialogue qui dura, si je ne m'abuse, tout un mois d'été, torride s'il en est, et entrecoupé des saillies d'un certain Paul. Sortant de cette ébouriffante lecture, le récit, même très bien écrit, des frasques extra-elyséennes de notre petit roi m'a semblé bien peu digne de relever le gant. Ce n'est qu'une intrigue à la petite semaine avec une gourgandine, qui ne saurait égaler la flamboyance de cette joute erotico-littéraire.
Bien à vous

Emilie a dit…

Merci, Célestine !

Alors, on recommence à s'écrire, mon cher cousin ? Mais saurons-nous retrouver l'inspiration extravagante et ébouriffée des feux d'un été si fantasque ?

Patrick Mandon a dit…

« Mais saurons-nous retrouver l'inspiration extravagante et ébouriffée des feux d'un été si fantasque ? » (Émilie)
Pourquoi pas, ma cousine, mais, pour cela, il faut du temps ! En ce moment, je me déplace souvent, mais, si l'envie m'en prend, et si vous savez exciter mon imagination, je répondrai volontiers à vos insolences et à vos mensonges biographiques ou plutôt vos arrangements avec la vérité…
Précision à Célestine : Paul, c'est surtout Paul Wagner, photographe de grand talent, qui fut directeur artistique de Vogue. Paul est un peu « retiré des affaires », mais il n'en continue pas moins à photographier admirablement celles qui n'ont cessé de séduire son regard, les femmes. Intervient aussi, mais très rarement, Paul Berthier, scénariste, écrivain, un homme aimable et civilisé, un ami sûr.

Emilie a dit…

En fait, chère Célestine,les disputes entre cousin et cousine ont commencé là, dans "Delon ne mégote pas":

http://touslesgaronssappellentpatrick.blogspot.fr/2009/07/delon-ne-megote-pas.html


Et surtout là, "Un peu de beurre dans un monde de brutes"

http://touslesgaronssappellentpatrick.blogspot.fr/2009/07/un-peu-de-beurre-dans-un-monde-de.html

Patrick, un jour m'a croquée en "cousine provinciale à la cravache" et j'ai aussitôt habité le rôle ! Votre commentaire m'a incitée à relire quelques unes de nos lettres...c'est en effet très drôle ! Je ne sais pas si on pourrait l'être encore autant !Il va falloir re-travailler mon insolence et ma mauvaise foi pour peut-être exciter à nouveau l'imagination et la verve de mon coquin de cousin !

Passez donc mon bonjour à Paul de Lorgnecul,cher Patrick ! Toujours voyeur photographe, cet homme ?

Patrick Mandon a dit…

Ma cousine, je place aussitôt les adresses, que vous communiquez à Célestine, afin que nos lecteurs mesurent, en effet, la profondeur de votre mauvaise foi et la vigueur de votre effronterie.
Paul, loin de ce que vous n dites, est toujours le grand amateur de beauté féminine qu'il fut et qu'il restera. Pour cela, il aime à photographier les plus aimables et les plus belles femmes du monde, souvent dans des lieux paradisiaques.

Célestine a dit…

Merci beaucoup Emilie,c'est vraiment très aimable de votre part, belle personne, que de m'aiguiller sur l'ensemble de votre correspondance avec le sieur de ces lieux.
Je bénis le hasard, que l'on dit souvent fâcheux, mais que pour ma part je trouve très heureux, d'avoir posé sur ma route cette subtile alliance de ce que j'aime: un esprit vif, une inclination à la badinerie dans ce qu'elle a de plus émoustillant pour le corps et l'âme à la fois et un langage châtié. Un cocktail rarissime de nos jours. Au risque de me répéter, je vous redis merci.

Nuageneuf a dit…

Le monde dans lequel nous vivons est-il ainsi ? Votre tendre cousine Emilie, Marquise de Beauregard, et vous-même mon cher Patrick avez entrepris une docte conversation littéraire qui nous décille et nous laisse sans voix. Ainsi de telles turpitudes adviennent-elles de nos jours et pis encore, viennent de Cour ? Merci mille fois pour les informations secrètes dont tous deux faites état ici et surtout pour le plaisir que vous nous donnez à vous lire.