samedi 5 juillet 2014

Le mouvement lent des corps amoureux

Elle m'évoque une enfance heureuse, cette jolie femme intelligente, au goût très sûr. Contrairement à nos provocateurs intégrés, qui ne recherchent que la notoriété d'État, et se complaisent dans une modernité plus rageuse que ravageuse, elle savait reconnaître l'esprit nouveau, l'invention talentueuse et durable. Elle s'appelait Michèle Arnaud.
Elle avait l'élégance acidulée des parisiennes et l'intelligence des audacieuses, augmentée de culture et d'esprit de curiosité. Serge Gainsbourg lui doit beaucoup. Elle reconnut son talent de compositeur, le fit connaître ; elle fut son interprète, sa protectrice, sa productrice, son amie très proche.
Si les années cinquante et soixante me paraissent encore lumineuses, nécessaires et définitivement « hostiles » à la terrible régression que nous nous imposons à nous-mêmes, fascinés que nous sommes par le naufrage de notre beau navire, c'est à elle ainsi qu'à quelques-autres que je le dois.

La voici dans une chanson de Gainsbourg. Il s'agit d'un slow : un moment de quête sensuelle tombée en désuétude. Deux corps se frôlent, mesurent leur compatibilité amoureuse, et, l'ayant vérifiée, la signifient par le tendre appui de la tête sur une épaule, l'enveloppement consenti de la main sur une hanche (exemple : Vous dansez, mademoiselle ?)..
Le slow, c'est le temps suspendu de l'amour furtif, sa cadence ralentie, son piétinement dans la pénombre exquise, c'est la première et ultime station verticale et rapprochée avant leur basculement de deux êtres aimables, ontologiquement voués au chagrin, à la solitude et à la contemplation (exemple :  La rumeur lointaine de l'amour).


                       
   
           
La voici encore dans une belle version, rarement entendue, du poème Le Pont Mirabeau, de Guillaume Apollinaire, mis en musique par Jacques Lasry.

Michèle Arnaud : Michele arnaud - écoute gratuite et téléchargement MP3
           
      On entendra une version très « partagée » de Ne dis rien, par Serge Gainsbourg, en compagnie de la délicieuse Anna Karina, en allant d'un bond à Vous dansez, mademoiselle ? Ensuite, et d'un pas décidé, on rendra visite à Une twisteuse dans l'haciendaLa rumeur lointaine de l'amourL'amour aux enchères

3 commentaires:

Célestine a dit…

Joli retour monsieur, avec cette chanson de Gainsbourg qui, sans égaler la sensualité trouble de "je t'aime moi non plus" se plaque tout naturellement sur votre très jolie définition du slow. Un moment suspendu entre deux états,vertical et horizontal, une bulle sensuelle rythmée par une musique lascive et lancinante.
J'ai envie de danser soudain.

Nuageneuf a dit…

en aurai-je des choses à dire si je pouvais écrire faciement....metrci Ptarick pour cette tnedre évocation

Patrick Mandon a dit…

Cher Nuage, votre écriture facile vous reviendra prochainement. Vous y travaillez vaillamment et nous vous y encourageons ardemment !