mardi 26 août 2014

Joie foraine

« […] Tout n'était que lumière, poussière, cris, joie, tumulte ; les uns dépensaient, les autres gagnaient, les uns et les autres également joyeux. Les enfants se suspendaient aux jupons de leurs mères pour obtenir quelque bâton de sucre, ou montaient sur les épaules de leurs pères pour mieux voir un escamoteur éblouissant comme un dieu. Et partout circulait, dominant tous les parfums, une odeur de friture qui était comme l'encens de cette fête. »
Charles Baudelaire, Le vieux saltimbanque (extrait), in Le Spleen de Paris

















Enfant, la fête foraine m'attirait fortement. Elle me donnait accès à des divertissements, que la vie réelle me refusait, à un monde parallèle, qu'on m'interdisait d'ailleurs, et que je fréquentais clandestinement. La profusion des jeux était amplifiée encore par la forte sonorité des voix, des musiques, des cris. Il se dégageait de tout cela un échauffement électrique, dont j'éprouvais les effets sur ma personne physique. J'ai conservé cette attirance, et dès que j'entends les échos venus de baraques ou de manèges, je m'en rapproche immédiatement. Chose curieuse : je me sens au milieu de cette joie foraine étrangement, délicieusement heureux et seul.
Une fête foraine à Nancy, janvier 2014, photographies PM













 Je veux saluer Maryline Treol, Maria Luisa Arnaiz, Andrés Sánchez Soto, et Ditos & Escritos, qui sont venus jusqu'ici. Ils sont les bienvenus.

5 commentaires:

Célestine a dit…

C'est un ravissement de vous revoir parmi nous...
Vous vous faites désirer plus que de raisin, cher ami.
Il n'en reste pas moins que vos photos sont superbes. Une lumière et des couleurs qui s'eccordent avec le texte de Baudelaire sans presque d'effort d'imagination...je me prendrais presque à aimer la fête foraine, moi qui, au contraire de vous, ai toujours trouvé cela détestable, sans doute à cause d'une blessure d'enfance.

Patrick Mandon a dit…

Célestine, vous me faites rougir. Je suis heureux de me faire « désirer plus que de raisin », car je pourrai ainsi ôter ma feuille de vigne…

Célestine a dit…

Hé hé...voilà qui rattrape bien mon lapsus de clavier...

Anna Valenn a dit…

tout comme Célestine - la raison ? je ne sais pas, moi aussi j'ai spontanément pensé à l'enfance, nous habitions en face de la Grande Roue de Raouché, à Beyrouth.

très joli ce désirer plus que de raison

bonne soirée à tous deux

Patrick Mandon a dit…

Chère Anna, j'espère qu'un jour vous parlerez ici, de votre « passé antérieur » libanais.
La fête foraine, c'est vrai, exerce encore sur moi une attirance, que je sens répréhensible. Comme si je n'avais toujours pas le droit de m'y rendre, de m'y amuser. Au reste, je ne m'y amuse pas, mais je me distrait à son spectacle hypertrophié.