mercredi 12 février 2014

Je t'ai croisé(e)

— Hier, métro ligne 3, vers 14 H 02 - 14 h 06. Tu es monté(e) station Louise Michel, tu avais Libé à la main. Je t'ai remarqué(e) immédiatement. Toi, style fortement genré, cheveux courts, pas de maquillage, mains épaisses, épaules larges, pantalon de cuir en agneau halal (ou casher ?) , de marque Agnès Bééé. J'ai flashé sur ton regard très féminin, ta mâchoire très masculine, tes pieds très en dedans. Moi, style fortement burné de dos, indéfinissable de face : grand cou, petite tête, épaules égyptiennes époque des pyramides. Je t'ai regardé(e), tu m'as vu(e) : sourires, complicité immédiate, sentiment d'appartenance LGBT. Tu es descendu(e) pas moi : c'est dommage ! Timidité ?  Pourtant, je le sais, tu le sais, tu es mon genre, je suis ton genre, je serai le gendre de ta mère/père. Si tu te reconnais, je t'en prie, écris vite au journal, tant qu'il paraît !

Jeudi dernier, ligne 8, station Opéra, le métro était bourré, moi aussi, et toi de même. Tu avais Libé à la main. Toi : couperosée, cheveux gras, petite, plus large que haute, mais très féminine. Moi : visage rouge, trois chicots noirs dans la bouche, grand, maigre, voûté, avec des mains d'étrangleur, fatigué mais viril. Si tu te reconnais, dépêche-toi, parce que moi, je ne te reconnaitrai pas ! Je ne suis pas sûr d'avoir envie de toi à jeun, mais ivre, ça peut le faire ! Ne laisse pas passer cette chance. Avant, je faisais la manche devant le journal, mais plus maintenant : ils n'ont plus un rond ! Je t'attends, je t'espère, je te veux ! Téléphone au directeur de Libé, c'est un copain, on fait la manche ensemble.

— C'était hier, t'en souviens-tu ? Métro Sablon. Toi : grande, élancée, blonde aux yeux verts, sac Gucci, talons hauts, bas noirs. Tu lisais Libé. Moi : pas mal, surtout de dos, front bas très vaste (chauve), petits yeux gris rapprochés, grand, costaud, un peu inquiétant mais très poli. Je tenais un sac en plastique d'où dépassait un fémur. J'ai tout de suite senti que tu aimais le danger. Si tu te reconnais, viens me retrouver sous les arcades du pont Bir Hackheim, après minuit. Je t'attendrai toute la semaine. Tu vas aimer…

Pour accompagner ces petites rencontres libébètes, ceci, dont la musique est de Dante Pilate Marchetti, les paroles de Maurice de Féraudy (aux alentours de 1900). Il s'agit d'une très belle valse lente, que ma mère me chantait :
Je t'ai rencontré simplement,
Et tu n'as rien fait pour chercher à me plaire…
La voici, dans deux interprétations, que je vous laisse découvrir.



4 commentaires:

ldm a dit…

Un régal, du 55°.

Nuageneuf a dit…

'J'ai rencontré simplement' Mathé Altéry en 1951 sur le poste de télé noir et blanc que venait d'acquérir mes parents. Avec elle, je découvrais mes premiers émois : les croles de sa blonde chevelure et surtout la ligne en dentelle de son décolleté. Sa superbe voix était totalement accessoire.

Bel article, cher Patrick. Merci.

Patrick Mandon a dit…

Cher Nuage, j'ignorais l'existence, l'usage et le sens de crole, qui semble être d'origine ch'ti. J'ai découvert à mon tour, dix ans après vous, sa « blonde chevelure et surtout la ligne en dentelle de son décolleté. »
J'en profite pour demander à idm ce qu'il entend par « du 55° ». Est-ce une référence locale, régionale, nationale (suisse, par exemple, ou belge ?).
Je note aussi qu'idm a été plus sensible à l'humour (caché) des trois fausses petites annonces « façon Libé », que Nuage. Je me demandais, d'ailleurs, si cette tentative ironique serait perceptible.

ldm a dit…

Desole de vous repondre si tardivement. Votre humour titre a 55 degres, si l on peut dire. Le bonjour de l'Ariege!