mercredi 23 avril 2014

Une fille en passant









































Elle ne me voit pas, je ne suis qu'un passant
Si peu considérable, un homme sans passé.
Elle ne croise pas mon regard oppressant,
Elle fixe un lointain de ses yeux lassés.

Derrière sa vitrine elle est là, froide offrande,
Indifférente à tout, et sourde à toute offense.
Nulle plainte ne sort de ses lèvres très grandes,
Son silence de cire est sa seule défense.

Elle ne connaît pas le fardeau d'un humain,
Le poids de son désir, le frisson sur sa chair,
Son souffle soudain court, la paume de ses mains,

Et son regard navré quand il voit la jachère
De sa vie désolée, qu'il perdit en chemin,
Et qui ne vaudra pas la moindre des enchères.

PM








3 commentaires:

Célestine a dit…

Eh bien moi je le vois, cet homme sans passé
Et je saisis trop bien le drame de sa vie
A ce regard de cire il semble s’attacher
Sans regarder qui se trouve à côté de lui

Une fille de chair une fille de sang
Au corps empli de si merveilleuses promesses
Au visage changeant, et mobile, et vivant
En un mot une femme!subtile caresse:

Comment peut-il encor balancer, hésiter,
Comment ne voit-il pas que sous le teint de pêche
Se cache un mannequin privé d’humanité



Et que sous la blondeur de ces futiles mèches

Il n’est point de cerveau? Point de légèreté
Dans ce cœur de plastique à jamais morne et rêche ?

Patrick Mandon a dit…

Vous avez raison, Célestine, mais la fréquentation assidue des musées et des parcs m'a donné un goût singulier pour les créatures désincarnées. Je parle volontiers avec les statues de pierre, et il m'arrive de caresser leurs rondeurs ! Je suis infidèle à toutes et amoureux de chacune.
Je suis le Don Juan des jardins public, où j'ai peu de rivaux. Suis-je menacé de voir surgir le Commandeur ?

Patrick Mandon a dit…

Et bravo pour votre réponse joliment versifiée !