dimanche 26 janvier 2020

Mes (a)vœux la suite et la fin

Voici mon ultime livraison de la chanson What are you doing the rest of your life, qui accompagne mes vœux pour l'année nouvelle. C'est un choix, c'est le mien.
Faites le meilleur usage du reste de votre vie.

  Hayati Kafe, né à Istanbul : remarquable accompagnement très jazz, ambiance cabaret, une voix de crooner sans effet appuyé, le piano lui va bien :



Bien fait, et jazzy comme il convient :



Bill Evans, maître du piano, Miles Davis l'admirait :



Tony Bennet, un crooner de beau style, avec un voile « italien » dans la gorge :



L'accompagnement est daté, mais l'interprétation est réussie, la mise en scène malicieuse…


vendredi 24 janvier 2020

Mes (a)vœux 2020 suite encore

 Pour l'Amérique au XXe siècle, voyez Sinatra. Pourtant, à l'origine, il n'avait aucune chance : inculte, malpoli, un rital maigriot dans un pays où les mâles qui font tourner la tête des femmes mesurent en moyenne 1, 85 m. La suite est connue : idole des jeunes, d'abord, tournées avec l'orchestre de Tommy Dorsey, le cinéma, puis l'immense carrière sur les plus grandes scènes du monde. Des hauts, et surtout des bas montés sur talons aiguilles… Des manières, parfois, de boss mafieux encadrés par des malabars. Une séduction de canaille en tuxedo (smoking) noir profond avec nœud papillon, chaussures vernies, un verre de whisky à la main. Une mère de famille pour l'Église, la plus belle femme du monde pour le cœur, et, pour le reste, « faites monter la bière et les filles ».
Avec cela, la plus parfaite technique vocale, une manière unique de chanter l'accent tonique dans la langue américaine, une voix de mâle dominant… Et un respect envers les Noirs qui ne s'est jamais démenti. Sinatra fut sans doute l'un des premiers artistes à protester contre les mesures raciales en vigueur dans de nombreux états.

Sur Sinatra :

 La nuit 2       Frankie from Hollywood      La carte noire de Melville : les passants de la nuit              
Un dernier tour de piste      La nuit 5    La nuit 4

 Sinatra sur scène What are you doing the last of your life :
 

Une sélection, très personnelle, des meilleures interprétations de What are you doing the last of your life :

Oscar Peterson :


Carmen McRae :


Sarah Vaughan


Dusty Springfield


Abbey Lincoln


Anita O'Day


D'autres suivront, qui viendront clore ces (a)vœux 2020

jeudi 23 janvier 2020

Mes (a)vœux suite 2020

À vous qui passez ici, en guise de vœux, ces choses un peu vaines, et la superbe interprétation, par Franck Sinatra (il avait pris alors sa voix de la maturité, avec des graves un peu enrhumées et des finales légèrement éraillées) d'une composition de Michel Legrand.
Le temps a de la suite dans les idées, ou est-ce de la « fuite » ? Oui, c'est plutôt de cela qu'il s'agit : le temps a de la fuite dans les idées, et d'ailleurs plus de fuite encore que d'idées. Le temps concentre la fuite de nos idées.
Quelque chose nous constitue, qui nous fait misérables et attachants.
En physique, l'une de ses définitions est : « Durée d'un phénomène mesurée par la différence entre les valeurs finale et initiale du paramètre précédent. » (Larousse).
Notre temps à nous, humains vulnérables, se mesure parfois entre la valeur initiale de notre chagrin consubstantiel et la valeur finale de nos souvenirs. Que s'est-il passé entre les deux ? Précisément du passé, c'est à dire du temps dit psychologique : nous produisons du passé, un mélange d'illusions, d'espérances, d'émotions adorables, de mensonges nécessaires…
Alfred ne dit pas autre chose, mais il le dit bien mieux que moi :
« […] j'ai aimé. C'est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui. ».

Alfred de Musset, On ne badine pas avec l'amour (propos de Perdican)



Sur Alfred : Feinte       Libido ad libitum ?

               

                                        


vendredi 17 janvier 2020

Mes (a)vœux

À vous qui passez ici, je souhaite une année supportable, en dépit des calamités nationales et des menaces universelles qui accablent désormais ce monde délaissé par la grâce. Et, par surcroît, un léger voile de mélancolie, qui donne à toutes les choses des contours imprécis, et au souvenir que nous avons des êtres une saveur singulière.























samedi 28 décembre 2019

Faire écran


Il sera pour toujours un bloc d'ombre parmi les vivants.
Qu'est-ce qui fonde son énigme ? Sa mélancolie, qui semble contenue par sa lèvre inférieure comme gonflée sous l'effet d'une blessure ancienne jamais guérie complètement, sa mélancolie, dont on voit bien qu'elle peut le saisir à tout moment et le soustraire au rythme des humains ? Sa solitude essentielle, qui le constitue et le métamorphose ? Ce refus entêté de nous appartenir alors qu'il paraît s'offrir ? Un vertige sombre…



Qu'est-ce-que le cinéma ? Qu'est-ce-qui agit sur nous, immédiatement, pour que nous éprouvions la certitude absolue que ce qui « se produit » sous nos yeux, ce qui « fait écran », tout cela appartient exclusivement au cinéma ?
Je l'ignore. Mais je sais, de façon certaine, que la séquence d'ouverture ci-dessous relève uniquement de l'art cinématographique :




Encore ceci : notre société se désagrège, elle paraît vouloir abolir les objets du luxe, sanctionner le désir, abolir la sensualité. Voudrait-elle sentir la main de fer de M. Mélenchon sur son échine, et se distraire du navrant spectacle que lui offrirait quotidiennement le couple Garrido-Corbière ?
J'ai connu quelques personnes totalement démunies, qui considéraient la beauté des choses, des objets et des êtres avec admiration, sans envie jalouse. Dans le film, comme dans la nouvelle de Truman Capote, Holly Colightly, la jeune femme qui descend du taxi et vient, pendant quelques instants, retrouver le luxe de Tiffany's, porte en elle le lourd bagage de son enfance.
C'est ainsi que nous allons, accablés parfois, hantés par les souvenirs, rongés par le chagrin. Et nous consentons à nous laisser distraire par les rares formes de la beauté, que nous avons élues.

Alain, sors de ce corps    

Nico, une allemande dans la Factory

Le décor d'une vie -3-

Le désir fait écran

Les désirables


Delon, sans retouche

jeudi 28 novembre 2019

Fatiha ou le bonheur d'être français !

Le monsieur un peu épais qui paraît dans la vidéo ci-dessous se nomme Romain Goupil. Il est cinéaste. Il a rempli les salles avec un documentaire consacré à Mai 68, Mourir à vingt ans, d'ailleurs réussi et par certains aspects émouvant. On le dit plus complexe qu'il n'en donne l'impression, avec un côté sale gosse qui sonne aux portes et part en courant ; c'est possible, mais, moi-même appartenant à cette dernière catégorie de gavroches vieillissants, je ne me sens aucune affinité avec ce personnage considérable de la macronie (il aurait, et Cohn-Bendit aussi, l'oreille du président). S'il a rempli les salles avec ce film, il les a vidées avec tous les autres. Je ne les ai pas vus, je n'en avais pas envie.

Au début très sûr de lui et dominateur, et encore méprisant, puis, peu à peu, décontenancé, toujours méprisant mais par vaine parade de vaincu, accusateur outré, manière de Vychinski néo-libéral à ralliements successifs et à complainte rebattue, il est ici opposé à une jeune femme remarquable en tous points. Jolie, posée, superbement armée pour le débat contradictoire, royale dans le combat des idées, maîtresse de son langage comme d'elle même, Fatiha Boudjahlat estourbit proprement le libéral-libertaire auto-proclamé, dont le dernier amour politicien se nomme Macron. Elle le fait d'abord sur le mode feutré puis, l'autre se révélant, comme à son habitude, odieux, embrouillé, éructant, postillonnant du vide empoisonné, elle l'abandonne sur un dernier upercut, qui le laisse pantelant, à peine capable d'éructer encore un peu de bile.
Fatiha Boudjahlat est de ces femmes « issues de la diversité » qui doivent à la république leur bien le plus précieux, qui se perd aujourd'hui chez nombre de nos compatriotes : l'apprentissage puis le maniement subtile de la pensée critique, y compris contre soi-même ou contre son groupe social, ethnique et autre enfermement assimilé.
Un bien fou, une douche lente d'un liquide tiède et doux qui ruissèle sur l'esprit : Fatiha ou le bonheur d'être français !



En prime, et pour le plaisir de voir l'imprécateur balourd se faire traiter d'imbécile par un autre brillant interlocuteur, ceci :



En France, il y a une génération spontanée de Fouquier-Tinville, qui se satisfait momentanément de la guillotine médiatique : jusqu'à quand ? C'est une coalition de bonnes femmes énervées, de dénonciateurs bien-pensants, de procureurs à gilet jauni, et de politiciens en perte de vitesse et en en quête d'électeurs. Ces dangereux individus, qui traînent après eux tous les cœurs meurtris de cette époque, tous les esprits perdus de ces temps de disette culturelle, ces cafardeuses et ces calomniateurs fondent un système neuf de justice immédiate : ils accusent dans le même temps qu'ils jugent, et ils jugent moins rapidement encore qu'ils ne condamnent.
Songez que des étudiants ont interdit, (au nom de quelle épouvantable domination ?) à Sylviane Agacinski de tenir une conférence, que les mêmes (ou leurs semblables, leurs frères et sœurs d'un même lit de déplaisir) ont censuré l'ineffable François Hollande ? Jusqu'où n'atteindront-ils pas ? Leur terreur numérique, leurs aigreurs et leurs renvois gastriques encombrent désormais tout le débat public.
Quelque chose se met en place.

Pour finir, un grand artiste clairvoyant :

dimanche 20 octobre 2019

Le pays bas



À la vérité, je m'étonne sincèrement des visites encore nombreuses que reçoit ce modeste et très imparfait blogue. Si j'en crois les statistiques, la majorité des visiteurs vient des Pays-Bas. Je les en remercie vivement, et, ironiquement, je m'efforce de croire que le nom « Pays-Bas » désigne une autre nation que la France…
Mon ami Roland Jaccard m'a fait part d'un grave événement survenu récemment au Quartier latin, à Paris, très révélateur du climat d'affreuse soumission intellectuelle et de dictature moralisatrice dans lequel nous baignons désormais. Ils ont gagné, c'est entendu. Je ne reconnais plus ce pays.
Si Roland me donne son accord, je donnerai ici le texte de son article.
En attendant la fin du monde, et pour masquer un peu la parade navrante des comédiens secondaires et des actrices à cheveux gras qui peuplent le cinéma français, obèse, incapable de produire une œuvre digne de ce nom, malgré le (ou à cause du) système de généreuses subventions qui autorise toujours les mêmes à reproduire du semblable, en attendant la fin, donc, je vous laisse avec Jean-Luc Godard et France Gall. Ce n'est rien, en apparence, mais c'est tout le cinéma ! Il faut deux minutes à Godard pour produire des images dont l'invention et la grâce sont inaccessibles à la majorité des metteurs en scène français.
Où êtes-vous, Leos Carax, à qui l'on doit le bouleversant Holy Motors, le personnage d'Oscar et les figures qui le hantent comme elles nous hanteront jusqu'à la fin ?


Pour Leos carx et Holy Motors : Le cours d'une rivière