lundi 12 avril 2021

Fin de saison

- L'hiver se prolonge; cela ne me dérange pas, j'aime beaucoup l'hiver.
- Le col relevé, les épaules rentrées, le regard sombre, la panoplie du petit romantique d'arrondissement, c'est tout toi !
- Toujours ton ironie ! Comme si l'hiver ne me servait qu'à composer une silhouette !
- C'est pourtant cela : monsieur dans son cachemire, chaussé de bottines, l'air distant mais l'œil aux aguets cherchant, à la dérobée, le reflet de sa petite personne dans les vitrines… Monsieur dans un rôle de composition hivernal, un cabotin pour froidures, un frimeur pour frimas.
- Tu es inutilement blessante. J'aime l'hiver, c'est tout. Dans le froid, je respire mieux, et puis je ne supporte pas le débraillé vestimentaire, qu'affectent mes concitoyens dès que le climat se réchauffe. L'hiver, c'est ma saison. D'ailleurs, je t'ai connue en hiver !
- Au milieu de l'hiver, et je t'ai quitté au printemps ! Tu es un article de fin de solde, un amant de demi-saison
- J'aurais préféré être hors saison.



mardi 30 mars 2021

Un peu de civilisation française

Louise de Vilmorin, dite « Loulou », qui s'appelait elle-même Marylin Malraux lorsqu'elle vivait avec André M., ministre de la Culture et des maisons du même nom (la culture, c'est comme la tolérance, il y a des maisons pour cela), présenta toujours le visage du bonheur et l'apparence de la sérénité. Seule devant son miroir, elle était la mélencolie même, et inconsolable. Ce qu'elle aima dans l'amour, ce fut après l'amour, les murmures, les corps tranquilles encore un peu mêlés, le silence des épidermes momentanément consolés… Elle fut la maîtresse de Duff Cooper, très élégant membre de l'aristocratie britannique, francophile, ambassadeur d'Angleterre à Paris (1890-1954). Il avait épousé Lady Diana Cooper, qui était intelligente, ravissante et très spirituelle à la manière anglaise. Louise et Lady Diana s'entendirent fort bien, on dit même…










Lady Diana Cooper with the The Miracle in 1982, photographed by John Hedgecoe. © 2006 John Hedgecoe/Topfoto. Document pris sur le site de Sotheby, à propos d'une vente d'éléments de décoration intérieure.









Extrait du recueil Migraine, de « Loulou » (où il est dit, avec justesse, « Un homme, c'est un homme, mais un bel homme, c'est autre chose ! »), donc, « Loulou » pour les paroles, Pierre Petit pour la musique, voici, par Jeanne Moreau, un court moment de civilisation française.




De l'enfance, nul ne sort vraiment indemne. Inutile d'essayer de vous en débarrasser, elle ne cessera de vous hanter, la preuve par Jeanne Moreau ;


samedi 27 mars 2021

Un mâle, des mots

Une sonnerie résonne, une porte s'ouvre :
- Bonjour !
- Que veux-tu ?
- Je reviens te chercher !
- ?
- Oui, vraiment, je reviens te chercher !
- C'est une blague ?
- Nullement, je suis sérieux.
- Toi, sérieux ? Tu ne l'as jamais été !
- Ce soir, je le suis : je reviens te chercher !
- Comment as-tu fait pour me trouver ?
- Je t'ai cherchée.

- Alors, ce n'est pas moi que tu as trouvée
- Tu es pourtant là !
- Je n'y suis pas pour toi.
- Mais je te vois, tu n'as pas changée.
- Je suis une autre que moi quand j'étais avec toi.
- Je est toujours une autre !
- Mais tu es toujours toi !
- Je ne suis moi qu'avec toi !
- Je suis devenue moi sans toi
- Nous étions à tu et à toi quand nous étions nous…
- … Qaund nous étions nous, je n'étais pas moi
- Pourtant tu disais nous quand tu parlais de toi.
- Mais quand je disais nous,je n'existais pas.
- Moi, quand je disais nous…
- … Tu ne paensais qu'à toi !
- Tu portes des bas de soie, j'aimais beaucoup ça.
- Mes bas de soie ne sont plus pour toi.
- Quant à moi, je me souviens de mon émoi…
- Le quant à soi ne m'intéresse pas.
- … de mon émoi quand mes doigts sur la soie…
- Garde tes émois pour toi !
- Encore un mot !
- C'est déjà trop!
La porte se referme violemment.


lundi 11 janvier 2021

David contre Covid


























Montage d'après Caravage, PM

On lira : https://touslesgaronssappellentpatrick.blogspot.com/2020/05/histoire-presque-sans-parole.html

dimanche 3 janvier 2021

Mes (a)vœux





Il est difficile et peut être vain d'espérer, mais il est possible de suggérer. Il me paraît que cette scène, extraite de l'opéra Samson et Dalila, de Camille Saint-Saëns, livret de Ferdinand Lemaire, relève d'un phénomène jadis mis en évidence par Newton, auquel un pommier fit don d'une pomme de la façon habituelle d'un fruit se détachant d'un arbre. Pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, un individu, il est vrai grand physicien, déclara que la bosse qui lui était venue sur le front avait une cause… gravitationnelle ! Il en tira une loi, qui nous rendit plus claire la raison pour laquelle, lorsque nous perdons l'équilibre, au lieu de nous élever légèrement, nous tombons lourdement sur le sol. C'est en vertu de cette même loi fondamentale que, après s'être précipité dans le vide du haut de la Tour Eiffel, un quidam désespéré ou simplement suspicieux, peut déclarer à qui veut l'entendre, avant de toucher le sol : « Jusque là, tout va bien ! ».
Ce phénomène, ainsi qu'il est démontré ici, n'affecte pas seulement les corps célestes mais aussi la chair des femmes et celle des hommes. Tout ce qu'il produit sur le comportement et l'animation des corps, se trouve superbement démontré dans cet instant musical et théâtral. « Mon cœur s'ouvre à ta voix » murmure l'ardente Dalila, qui, s'avançant vers Samson, se dépouille de son vêtement et lui offre l'évidence de son désir. La soprano (Dalila) se nomme Elìna Garancà. On en reste bouche bée… Roberto Alagna est Samson. Qui ne voudrait être à sa place ?
Alors voilà : que 2021 vous jette dans les bras des uns et des autres, que cette année encore neuve, qui vieillira trop vite, vous donne maintes occasions de frotter vos épidermes, d'arracher à la mort et au désespoir les instants d'un plaisir tout à la fois exquis et chimérique.
Vous vérifierez par la même occasion cette autre loi, énoncée dans un râle d'abandon lascif par Aphrodite qui venait de subir une forte poussée par les soins d'un beau garçon, assistant d'Archimède, dite Loi aphrodisiaque, selon laquelle deux corps plongés dans un bain de volupté, en ressortent trempés de sueur et momentanément épuisés. Partout la mort accomplit sa besogne, mais des formes aimables parviennent encore à nous persuader qu'il est ici-bas « d'éblouissants repères »
Dalila : « Mon cœur s'ouvre à ta voix comme s'ouvrent les fleurs
Aux baisers de l'aurore…
Ah réponds à ma tendresse
Verse moi, verse-moi l'ivresse !»
Il la saisit, mais elle l'enveloppe, ils accordent leurs fluides, et c'est ainsi que se produit la fusion de leurs deux fantaises.
Avant que vienne l'abstraction générale, consacrons-nous encore un peu à cette variante de l'attraction universelle… En 2021, versez donc l'ivresse
La représentation de Samson et Dalila dont nous parlons ici a été donnée au Metropolitan Opera de New York, en 2018.

jeudi 19 novembre 2020

Habit de soirée



-Tiens, vous avez ressorti votre vieux smoking ! un peu fatigué le tuxedo, mais encore seyant, je reconnais !
-Je fais mon dernier tour de piste, laissez-moi tranquille. Vous n'avez pas eu mon passé, je n'aurai pas eu votre avenir, c'est vous qui êtes à plaindre.
-Votre passé ! Il est loin.
-Votre avenir est si court qu'il est déjà terminé.
-Hier, ce n'était pas mieux.
-Aujourd'hui, c'est encore pire.
-Votre passé, vous l'avez dans le dos !
-Votre avenir, vous l'avez dans le c.. !

lundi 26 octobre 2020

Old school, Old cool !

Il est possible que nous basculions dans l'univers du pire, que nous soyons environnés d'un vacarme d'absurdités, cernés par la terreur. Puisque la plus odieuse cruauté manifeste régulièrement sa volonté de détacher notre tête de notre corps, partageons, puisqu'il est encore temps, des instants éblouissants. Entre l'effroi et l'effarement, accordons-nous le droit de considérer tout ce que nous avons perdu : la perfection cool de ces deux-là