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Ci-dessus : Eugène Delacroix (1798-1863), lithographie pour Faust, de Johann Wolfgang von Goethe (1749-1832). Il existe deux versions de cette œuvre ; la première date de 1808, la seconde, posthume, de 1832. En France, Gérard de Nerval (1808-1855) commença la traduction de Faust I dès 1826/1827 ; celle-ci fut publiée en 1828 par Dondey-Dupré, à Paris, avec cette exergue de Germaine de Staël : « [Faust] fait réfléchir sur tout, et même sur quelque chose de plus que tout. ». Germaine savait s'y prendre pour attirer l'attention de ses contemporains sur un livre ou sur un homme, qu'elle admirait…
La première fois que je vis ce Méphisto dans les airs, j'étais adolescent. Je découvrais Baudelaire, et, avec lui, la beauté du Diable.
J'ai immédiatement aimé cette vision d'un démon aérien, semblant danser (voyez ses doigts, animés comme ceux d'un danseur), survolant les toits de la ville, alors que la nuit tombe. Il inspirera les voleurs, il suggérera aux amants les figures les plus adorablement obscènes, et aux autres les complots, les trahisons, les infamies. Or, il ne m'effraya pas. C'est que je lui trouvai une physionomie, sinon bienveillante, tout au moins rieuse et sans méchanceté : il n'a pas la joie mauvaise. En ce temps-là, j'étais en mon adolescence…
J'ai succombé à toutes ses tentations, mais je n'ai signé aucun pacte de sang, ni même de sueur avec lui. Ai-je eu tort ? Ce gracieux Méphisto a été licencié. À force de négocier des contrats avec eux, d'entendre leurs raisons, de surprendre leurs faiblesses, il a aimé les hommes. Il s'est reconnu affaibli par leur propre fragilité. Il ne voulut plus les pousser à la faute : il se surprit même à les assister, à les encourager au bien, à l'honnêteté, à la droiture. Il s'est laissé corrompre en quelque sorte.
Celui qui l'a remplacé est la chute, et il est l'abîme.
Il est l'effroi.
Magnifique mise en scène du « Faust », de Gounod, au MET, à New York. René Pape est un Méphistophélès très convaincant :


