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dimanche 3 janvier 2021

Mes (a)vœux





Il est difficile et peut être vain d'espérer, mais il est possible de suggérer. Il me paraît que cette scène, extraite de l'opéra Samson et Dalila, de Camille Saint-Saëns, livret de Ferdinand Lemaire, relève d'un phénomène jadis mis en évidence par Newton, auquel un pommier fit don d'une pomme de la façon habituelle d'un fruit se détachant d'un arbre. Pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, un individu, il est vrai grand physicien, déclara que la bosse qui lui était venue sur le front avait une cause… gravitationnelle ! Il en tira une loi, qui nous rendit plus claire la raison pour laquelle, lorsque nous perdons l'équilibre, au lieu de nous élever légèrement, nous tombons lourdement sur le sol. C'est en vertu de cette même loi fondamentale que, après s'être précipité dans le vide du haut de la Tour Eiffel, un quidam désespéré ou simplement suspicieux, peut déclarer à qui veut l'entendre, avant de toucher le sol : « Jusque là, tout va bien ! ».
Ce phénomène, ainsi qu'il est démontré ici, n'affecte pas seulement les corps célestes mais aussi la chair des femmes et celle des hommes. Tout ce qu'il produit sur le comportement et l'animation des corps, se trouve superbement démontré dans cet instant musical et théâtral. « Mon cœur s'ouvre à ta voix » murmure l'ardente Dalila, qui, s'avançant vers Samson, se dépouille de son vêtement et lui offre l'évidence de son désir. La soprano (Dalila) se nomme Elìna Garancà. On en reste bouche bée… Roberto Alagna est Samson. Qui ne voudrait être à sa place ?
Alors voilà : que 2021 vous jette dans les bras des uns et des autres, que cette année encore neuve, qui vieillira trop vite, vous donne maintes occasions de frotter vos épidermes, d'arracher à la mort et au désespoir les instants d'un plaisir tout à la fois exquis et chimérique.
Vous vérifierez par la même occasion cette autre loi, énoncée dans un râle d'abandon lascif par Aphrodite qui venait de subir une forte poussée par les soins d'un beau garçon, assistant d'Archimède, dite Loi aphrodisiaque, selon laquelle deux corps plongés dans un bain de volupté, en ressortent trempés de sueur et momentanément épuisés. Partout la mort accomplit sa besogne, mais des formes aimables parviennent encore à nous persuader qu'il est ici-bas « d'éblouissants repères »
Dalila : « Mon cœur s'ouvre à ta voix comme s'ouvrent les fleurs
Aux baisers de l'aurore…
Ah réponds à ma tendresse
Verse moi, verse-moi l'ivresse !»
Il la saisit, mais elle l'enveloppe, ils accordent leurs fluides, et c'est ainsi que se produit la fusion de leurs deux fantaisies.
Avant que ne vienne l'abstraction générale, consacrons-nous encore un peu à cette variante de l'attraction universelle… En 2021, versez donc l'ivresse
La représentation de Samson et Dalila dont nous parlons ici a été donnée au Metropolitan Opera de New York, en 2018.

mardi 2 janvier 2018

Un peu de désir dans l'eau froide

À Charleville, dans le beau pays d'Ardenne, le nom de Patti Smith est prononcé avec respect. Patti a toujours manifesté une grande admiration pour Arthur Rimbaud. Elle a donné plusieurs documents, dont un dessin, au musée Rimbaud de la ville (que le jeune Arthur qualifiait de « supérieurement idiote entre toutes ». La cité est magnifique : la place ducale est, selon moi, plus accomplie que la place des Vosges à Paris ). Il y a quelque temps, elle a fait l'acquisition d'une maison, sans grand charme d'ailleurs, située à Roche, une sorte de lieu-dit dans la campagne éloignée de Charleville. Aux yeux de Patti, qui souhaitait depuis longtemps acheter un bien dans cette région, cette bâtisse possède une qualité majeure : elle a appartenu à la mère du poète, une femme d'aspect revêche, abandonnée par son mari, crainte et profondément respectée par ce voyou d'Arthur, enfant colérique et imprécateur pour l'éternité des jours.
Jeune, Patti Smith avait un corps flexible d'adolescent. Elle fit la connaissance du photographe Robert Mapplethorpe en 1966. Leur couple fut de l'espèce fusionnelle, augmentée de l'effet « Enfants terribles » de Jean Cocteau : la relation est comme une île ; l'océan qui la cerne, pourtant immense, n'est qu'un décor ignoré. Il se peut que le monde existe, mais il n'aura jamais la consistance, la saveur, l'intensité, la grâce du désir qui nous fonde …

















Robert Mapplethorpe et Patti Smith au Chelsea hôtel, en 1969, par Norman Seeff

De 1969 à 1974, ils occupèrent souvent une chambre du fameux Chelsea hôtel, à Manhattan, où vivait à l'année, pour des loyers dérisoires, toute l'Amérique de la bohème. Ils se séparèrent amoureusement en 1974, mais demeurèrent très liés. Mapplethorpe, mort du sida en 1989, laisse une œuvre passionnante, profondément marquée par son origine catholique et par l'admirable exploration charnelle, sensuelle, la transgression vraie, violemment poétique, la foudroyante inconvenance qu'autorise cette sublime religion des corps et des cœurs « intelligents ».
Dans un récent entretien qu'elle accorda au journal La Croix, Patti fit part de son admiration pour Simone Weil, la jeune philosophe, que nous avons évoquée ici.

























Portrait de Patti Smith, sur un balcon du Chelsea hôtel, 7 mai1971, par David Gahr/Getty Images

Patti Smith chante Because the night :
Because the night belongs to lovers
Because the night belongs to lust
Because the night belongs to lovers
Because the night belongs to us





Sur Jean Cocteau : L'enchanteur du XXe siècle (1)   L'enchanteur du XXe siècle (2)

mercredi 24 décembre 2014

Râteau de Noël

Ce soir ou jamais ! Du 24 au 25 décembre, s'avance la nuit de l'amour. Certes, il ne s'agit pas de la même nature d'amour que celle chantée par Bruna Giraldi, mais enfin c'est encore de l'amour, et il est « dans l'air », comme dans la chanson.
Et puis, ce slow est impeccable, l'un des meilleurs de la chanson française. Excellente rythmique d'attaque, voix d'imploration, gorge lacrymale… Irrésistible.
- Ah, Bruna Giraldi « Y a de l'amour dans l'air » ! Vous dansez, mademoiselle ?
- Oui… mais pas avec vous !
Râteau !



Bon Noël à toutes et à tous !

On dansera dans la pénombre, ou en observant Le mouvement lent des corps amoureux, et encore en entendant ce jeune homme d'autrefois, et Bob, chansonnier 

samedi 5 juillet 2014

Le mouvement lent des corps amoureux

Elle m'évoque une enfance heureuse, cette jolie femme intelligente, au goût très sûr. Contrairement à nos provocateurs intégrés, qui ne recherchent que la notoriété d'État, et se complaisent dans une modernité plus rageuse que ravageuse, elle savait reconnaître l'esprit nouveau, l'invention talentueuse et durable. Elle s'appelait Michèle Arnaud.
Elle avait l'élégance acidulée des parisiennes et l'intelligence des audacieuses, augmentée de culture et d'esprit de curiosité. Serge Gainsbourg lui doit beaucoup. Elle reconnut son talent de compositeur, le fit connaître ; elle fut son interprète, sa protectrice, sa productrice, son amie très proche.
Si les années cinquante et soixante me paraissent encore lumineuses, nécessaires et définitivement « hostiles » à la terrible régression que nous nous imposons à nous-mêmes, fascinés que nous sommes par le naufrage de notre beau navire, c'est à elle ainsi qu'à quelques-autres que je le dois.

La voici dans une chanson de Gainsbourg. Il s'agit d'un slow : un moment de quête sensuelle tombée en désuétude. Deux corps se frôlent, mesurent leur compatibilité amoureuse, et, l'ayant vérifiée, la signifient par le tendre appui de la tête sur une épaule, l'enveloppement consenti de la main sur une hanche (exemple : Vous dansez, mademoiselle ?)..
Le slow, c'est le temps suspendu de l'amour furtif, sa cadence ralentie, son piétinement dans la pénombre exquise, c'est la première et ultime station verticale et rapprochée avant leur basculement de deux êtres aimables, ontologiquement voués au chagrin, à la solitude et à la contemplation (exemple :  La rumeur lointaine de l'amour).


                       
   
           
La voici encore dans une belle version, rarement entendue, du poème Le Pont Mirabeau, de Guillaume Apollinaire, mis en musique par Jacques Lasry.

Michèle Arnaud : Michele arnaud - écoute gratuite et téléchargement MP3
           
      On entendra une version très « partagée » de Ne dis rien, par Serge Gainsbourg, en compagnie de la délicieuse Anna Karina, en allant d'un bond à Vous dansez, mademoiselle ? Ensuite, et d'un pas décidé, on rendra visite à Une twisteuse dans l'hacienda, La rumeur lointaine de l'amour, L'amour aux enchères

vendredi 1 mars 2013

Darc : fin de l'enfer

Daniel Darc est mort. Il promenait avec difficulté son corps épuisé, mais son âme étincelait. Nous ne verrons plus sur scène sa belle figure sulpicienne.
Il pensait que l'enfer était sa vie ici-bas, il aura bien mérité un paradis.



Il est  ici, et ici  et encore là 

dimanche 17 février 2013

A little blue

Impeccable diction, voix merveilleusement placée, un discret encanaillement dans l'élégance : voilà Patachou, dans une chanson écrite et composée par Charles Aznavour en 1951, crée par Piaf, et reprise, hélas ! par Patricia Kas.



On ira à  La mémoire qui flanche ainsi qu'à  Cœurs croisés, cœur gravés

mardi 4 décembre 2012

Ce que sait faire de ses dix doigts Esther, qui ondoie…

Esther ou le quant à soie
Vous connaissez Esther, que je vous ai présentée ici. Elle vient de produire un superbe effet visuel et sonore en ce lieu, qui démontre, une fois de plus, que cette gracieuse personne nous vient du royaume de l'envoûtement. Avec elle, grâce à son habileté technologique supérieure, guidée par un goût très sûr et une perception sensuelle de l'apparence des choses, l'exercice du blogue relève de l'enchantement.
Sur Esther, on lira ceci, et encore  ceci.





samedi 10 novembre 2012

La fantaisie amoureuse est dans notre nature

























Voici ce que je répondais ce matin à quelqu'un ; j'ai voulu vous en faire profiter : quelle chance avez-vous !


 La sexualité humaine, quand elle développe ses sortilèges, grâce au trésor de fantaisie que nous recèlons, autorise d’admirables combinaisons qui, pour être coquines, malicieuses, audacieuses, voire un peu ridicules (la gymnastique érotique appliquée comporte une part de grotesque), sont fort éloignées du souci de la procréation. Il y a quelque chose de miraculeux, j’oserais dire de divin, dans le spectacle de deux êtres, qui cherchent à s’arracher tout à la fois aux lois de la pesanteur et à leur terrible condition, essentiellement faite de remords, de chagrin, de souffrance et de peur. Dans ces moments-là, où l’on donne tout autant qu’on reçoit, où l’on s’affole sous l’effet du désir, et où l’on se contraint à être un animal aimable à l’autre, où l’on pressent son attente afin d’y répondre avec art, où l’on se fait serviteur de sa volupté, attentif aux frissons qui le parcourent, où l’on soumet sans violence, généreux dans les caresses, tantôt maître, tantôt valet, lascif, égoïste et charitable, dans ces moments-là, vraiment, que nous importent la procréation, la reproduction de l’espèce, la société entière, l’Orient et l’Occident ? Deux êtres qui s’aiment, qui consentent à mêler leur sueur et leurs épidermes dans le grand remuement de leur imagination, dessinent les figures terriblement émouvantes d’une humanité fragile mais obstinée, capable de livrer une tendre guerre, où l’on ne risque que la « petite mort ».

Pour être précis, accordons à la sexualité un rôle de stricte reproduction de l’espèce, et à la merveilleuse fantaisie, qui murmure à l’oreille des amants des figures adorables, la fonction du seul plaisir, soutenu par le désir toujours entretenu et renouvelé, oublieux de la descendance et du renouvellement des générations. 


Illustration : Le verrou (1778-1780, h. 73, l. 93, musée du Louvre), par Jean-Honoré Fragonard (1732-1806). On s'est interrogé sur le sens qu'il convenait de donner à cette brûlante scène érotique. La femme consent-elle, l'homme la force-t-il, et, en fermant le verrou de la porte, lui interdit-il de s'échapper ? Quant à moi, je la vois déjà pâmer, elle se refuse à peine et s'abandonne déjà. Elle épouse, si j'ose dire, le mouvement général du tableau, qui va de l'huis au lit, où leurs corps creuseront un nid d'ardeur. Cette lourde draperie, qui tombe du plafond en failles harmonieuses, résistera-t-elle aux assauts des corps qui, bientôt, vont se mêler. L'homme, encore très jeune, possède un buste puissant, et l'on voit saillir les muscles de son dos, sa taille se cambrer, ses reins se tendre déjà. Éloignons-nous, ils halètent, ils gémissent et, tantôt, ils paraîtront mieux que nus : ils seront dévêtus.


En prime, ce poème de Robert Desnos, mis en musique par Michel Legrand, chanté par Yves Montand :




On lira « Je t'ai cherchée au bout des chambres…», L'ondoiement d'Esther, Un petit val qui mousse de rayons… 

dimanche 16 septembre 2012

C'était hier…

Allez, laissez-vous faire ! Laissez-vous emporter par ce sentimentalisme de pacotille, cette romance à deux sous, cette scie lacrymale. J'avais envie d'entendre Ingrid Caven. Le Rhin coule sous ma fenêtre, la magie allemande s'est évaporée depuis longtemps, je rêve de fleuves aux eaux mêlées, j'imagine un Danube entreprenant et brutal avec ma Seine capricieuse et garce. Je vois des villes électriques, des passants pressés. Il est tard, plus tard que d'habitude en Europe.
- Tu m'aimeras toujours ?
- C'est jusqu'à quand toujours ?
- Disons… demain !
- Demain : mais c'est l'éternité !



Et la version « originale » : le même Charles Dumont (auteur et compositeur), la même chanson, avec Edith Piaf :



Si l'on veut en savoir plus sur Ingrid Caven et quelques autres femmes bien dignes d'être aimées, on ira d'un clic ici 

mardi 14 août 2012

Un peu de moiteur dans la pénombre


Le slow ! Deux minutes où l'on alterne l'hésitation et l'audace, où se succèdent la tentative infructueuse et l'équivoque entendue, deux minutes de consentement différé ou de suggestion vaine. Le slow est une tragédie banale ou un bonheur commun, qui tous deux se dansent. S'approchera-t-ton, se rapprochera-t-on, et, si l'on se touche, que touchera-t-on ? Des épaules, passera-t-on à la poitrine, puis au bassin ? Les corps, lentement balancés d'une jambe sur l'autre, oseront-ils, enfin, vaguement représenter ce que les esprits imaginent. 
Le slow, parade sentimentale, annonce ou interdit l'échange des fluides.
Voici deux slows d'enfer, du temps déjà ancien, où l'on se risquait à l'aimable péril d'une sentimentalité foraine.

D'où je suis, loin d'ici, loin de tout, je vous salue, vous qui passez.







dimanche 10 juin 2012

Tant de mots pour très peu de chose





Madame, quel est votre mot
Et sur le mot et sur la chose ?
On vous a dit souvent le mot,
On vous a souvent fait la chose.
Ainsi, de la chose et du mot
Pouvez-vous dire quelque chose.
Et je gagerai que le mot
Vous plaît beaucoup moins que la chose !

Pour moi, voici quel est mon mot
Et sur le mot et sur la chose.
J'avouerai que j'aime le mot,
J'avouerai que j'aime la chose.
Mais, c'est la chose avec le mot
Et c'est le mot avec la chose ;
Autrement, la chose et le mot
À mes yeux seraient peu de chose.

Je crois même, en faveur du mot,
Pouvoir ajouter quelque chose,
Une chose qui donne au mot
Tout l'avantage sur la chose :
C'est qu'on peut dire encor le mot
Alors qu'on ne peut plus la chose...
Et, si peu que vaille le mot,
Enfin, c'est toujours quelque chose !

De là, je conclus que le mot
Doit être mis avant la chose,
Que l'on doit n'ajouter un mot
Qu'autant que l'on peut quelque chose
Et que, pour le temps où le mot
Viendra seul, hélas, sans la chose,
Il faut se réserver le mot
Pour se consoler de la chose !

Pour vous, je crois qu'avec le mot
Vous voyez toujours autre chose :
Vous dites si gaiement le mot,
Vous méritez si bien la chose,
Que, pour vous, la chose et le mot
Doivent être la même chose...
Et, vous n'avez pas dit le mot,
Qu'on est déjà prêt à la chose.

Mais, quand je vous dis que le mot
Vaut pour moi bien plus que la chose
Vous devez me croire, à ce mot,
Bien peu connaisseur en la chose !
Eh bien, voici mon dernier mot
Et sur le mot et sur la chose :
Madame, passez-moi le mot...
Et je vous passerai la chose !
Abbé Gabriel-Charles de Lattaigant (1697-1779), Le mot et la chose


Heureux abbé de Lattaignant, qui, longtemps, se consacra moins à Dieu qu'aux choses, et surtout à la chose… Enfin, la vocation lui vint sur le tard, et il mourut, sinon en odeur de sainteté, du moins dans la paix du Christ.
Heureuse époque, le XVIIIe siècle, qui vit naître mon très cher et très admiré prince de Ligne, aventurier d'épée et d'esprit, homme de goût, qui saluait les rois et les reines, mais ne se courbait que devant les femmes !


















Illustration : Jean-Honoré Fragonard, Conversation galante dans un parc ou L'amoureux couronné, vers 1755, huile sur toile, 62x74, Wallace collection, Londres

dimanche 8 avril 2012

La taille de Darc





Il est très loin de moi, de mon mode de vie, de tout ce qui fonde mon quotidien. Je suis un bourgeois parisien plein de souvenirs et d'incertitudes, j'aime le confort et la facilité. Il n'empêche, ce type, avec sa dégaine du malheur surmonté, de la dérive corrigée, avec son énergie d'épuisement différé me touche infiniment, et depuis longtemps. Il revient de loin, il est tombé, on l'a cru mort. Il vit, il semble même plus heureux, plus tranquille. Il faut entendre sa dernière chanson « La longueur de mon âme ».
Il était, le 5 avril, au Trianon à Paris. Il part en tournée en France. Si vous êtes sur son chemin, ne le manquez pas. C'est un homme inconsolable, mais il vous consolera.

jeudi 22 mars 2012

« Je t'ai cherchée au bout des chambres…»

Voici encore un peu de la beauté mouvementée, hanchée de Maggie Cheung, un peu de la grâce de son cou de cygne jaune, et encore un peu de l'élégance triste de Tony Leung. Voici encore un peu du lent ballet de leur désir mutuel, de leurs frôlements, de leur effarement mélancolique.

mardi 20 mars 2012

L'ondoiement d'Esther























Comment suis-je parvenu jusqu'à cette adresse mystérieuse, comme retirée du monde atroce qui est le nôtre ? Je ne sais plus ; assurément par ricochet, ou par reflet. J'ai eu l'impression de me glisser à l'intérieur d'une demeure secrète et d'y observer, caché derrière une tenture, les cérémonies familières d'une femme. Or, loin de m'y éprouver tel un voleur d'intimité, un voyeur blafard craignant toujours d'être surpris, j'ai compris que l'on m'observait, et que, loin de me craindre, ou de me dénoncer, on m'y attendait, et qu'on me donnerait volontiers le spectacle de l'attraction féminine. Et je sus alors qu'en ce lieu me serait rapportée, comme on le fait d'un très ancien récit d'émerveillement, l'histoire toujours recommencée d'un fameux « appareil ondoyant ».

Vous irez à cette adresse http://secrete-volupte.blogspot.fr/
Esther y a placé les images de la chair, les traces de l'incarnation la plus tendre, la plus désirable qui soit. Si l'expression “grain de la peau” a un sens, c'est chez Esther qu'il se vérifie. Quelques lignes de Pierre Louÿs vous accueillent, sans indication de leur origine :
"La sensualité est la condition mystérieuse, mais nécessaire et créatrice, du développement intellectuel. Ceux qui n'ont pas senti jusqu'à leur limite, soit pour les aimer, soit pour les maudire, les exigences de la chair, sont incapables de comprendre toute l'étendue des exigences de l'esprit."

Je les connaissais, mais où les avais-je lues ? Après réflexion, le nom d'Aphrodite m'est revenu. Elles sont extraites d'une préface que Pierre Louÿs avait écrite à son Aphrodite.
En voici un plus large extrait :

« C'est que la sensualité est la condition mystérieuse, mais nécessaire et créatrice, du développement intellectuel. Ceux qui n'ont pas senti jusqu'à leur limite, soit pour les aimer, soit pour les maudire, les exigences de la chair, sont par là même incapables de comprendre toute l'étendue des exigences de l'esprit. De même que la beauté de l'âme illumine tout un visage, de même la virilité du corps féconde seule le cerveau. La pire insulte que Delacroix sût adresser à des hommes, celle qu'il jetait indistinctement aux railleurs de Rubens et aux détracteurs d'Ingres, c'était ce mot terrible : eunuques !

Mieux encore : il semble que le génie des peuples, comme celui des individus, soit d'être, avant tout, sensuel. Toutes les villes qui ont régné sur le monde, Babylone, Alexandrie, Athènes, Rome, Venise, Paris, ont été, par une loi générale, d'autant plus licencieuses qu'elles étaient plus puissantes, comme si leur dissolution était nécessaire à leur splendeur. Les cités où le législateur a prétendu implanter une vertu artificielle, étroite et improductive, se sont vues, dès le premier jour, condamnées à la mort totale. Il en fut ainsi de Lacédémone, qui, au milieu du plus prodigieux essor qui ait jamais élevé l'âme humaine, entre Corinthe et Alexandrie, entre Syracuse et Milet, ne nous a laissé ni un poète, ni un peintre, ni un philosophe, ni un historien, ni un savant, à peine le renom populaire d'une sorte de Bobillot qui se fit tuer avec trois cents hommes dans un défilé de montagnes sans même réussir à vaincre. Et c'est pour cela qu'après deux mille années, mesurant le néant de la vertu Spartiate, nous pouvons, selon l'exhortation de Renan, “maudire le sol où fut cette maîtresse d'erreurs sombres, et l'insulter parce qu'elle n'est plus” »

Verrons-nous jamais revenir les jours d'éphèse et de Cyrène ? Hélas ! le monde moderne succombe sous un envahissement de laideur. Les civilisations remontent vers le nord, entrent dans la brume, dans le froid, dans la boue. Quelle nuit ! un peuple vêtu de noir circule dans les rues infectes. A quoi pense-t-il ? on ne sait plus ; mais nos vingt-cinq ans frissonnent d'être exilés chez des vieillards.
»

Vous irez également sur les pas d'Esther en vous rendant ici http://esther-des-plumes.blogspot.fr/

Photographie : © Esther

mercredi 18 janvier 2012

Un air ni gai ni entraînant

Il n'est en rien original de dire que Kathleen Ferrier fut la plus émouvante contralto du XXe siècle. Sa voix n'a pas d'équivalent, ne ressemble à aucune autre ; elle est identifiable immédiatement. Le chef d'orchestre Bruno Walter l'aimait beaucoup et l'accompagna parfois au piano (elle-même jouait remarquablement de cet instrument). Mais c'est surtout dans les œuvres de Gustav Malher - que Walter avait connu, soutenu, admiré -, que leur collaboration fut éblouissante. Lui au pupitre, elle au chant, ils donnèrent une interprétation de « Das Lied von der Erde », et de « Kindertotenlieder », qui arracherait des larmes à un psychopathe, pour peu que celui-ci consente à compenser sa dangereuse et totale absence de surmoi par un brin de mélancolie.

La voici dans un lied de notre vénéré Franz Schubert, sur un poème de Friedrich Rückert « Du bist die Ruh' ».
« Tu est la paix,
Tu es le repos,
Tu es langueur,
Et ce qui l'efface… »

Je sais, ce n'est pas gai, ni entraînant, mais ce soir, tel est mon état d'esprit !


lundi 9 janvier 2012

Les jolies choses

« Le cinéma », disait François Truffaut » c'est l'art de faire faire de jolies choses à de jolies femmes. ». Quel est donc l'art de Tony Bennet ?


lundi 2 janvier 2012

(A)vœux 2

To all the girls
Nadia, Tanya, Émilie, Corinne, Alice, Florence, Annavalenn, Anne (que j'ai oublié de nommer, je la prie de m'excuser), et toutes celles qui passent, nuitamment, ce moment de swing « glamour » est pour vous. Il accompagne mes vœux de bonheur, pour vous et pour tous ceux qui vous sont chers.
Tous les duos de Tony Bennet sont parfaitement réussis. Celui-ci, avec Lady Gaga, constitue pour moi une vraie surprise. Cette fille démontre une qualité vocale, qui la place au premier rang. Elle n'a strictement rien à voir avec Madonna, qui ne fut qu'une icône de mode, dénuée d'un vrai talent de chanteuse. Lady Gaga « croone » comme une ancienne, elle perturbe agréablement la belle mécanique rythmique. Et quelle orchestration !

dimanche 1 janvier 2012

(A)vœux

Écoutez tous, entendez ces deux voix (voies) accordées « corps et âme », et croyez ! Je vous souhaite le meilleur, qui est à venir, et je voudrais que vous fût épargné le pire, qui ne viendra peut-être pas.


samedi 24 décembre 2011

L'enfance d'un chef

Ce soir, je pardonne à tous ceux que j'ai offensés.
D'où je me trouve, où que vous soyez, si vous passez par ici, acceptez le salut chaleureux que je vous adresse.

Hector Berlioz, Le chœur des bergers, extrait de L'Enfance du Christ.



Berlioz n'aimait pas les contraintes, et ne s'estimait pas mieux servi que par lui-même, aussi, écrivit-il souvent les paroles de ses chants. C'est le cas pour cette œuvre, qui connut un succès retentissant à sa création, en 1854.

Il s’en va loin de la terre
Où dans l’étable il vit le jour.
De son père et de sa mère
Qu’il reste le constant amour,
Qu’il grandisse, qu’il prospère
Et qu’il soit bon père à son tour.

Oncques si, chez l’idolâtre,
Il vient à sentir le malheur,
Fuyant la terre marâtre,
Chez nous qu’il revienne au bonheur.
Que la pauvreté du pâtre
Reste toujours chère à son cœur.

Cher enfant, Dieu te bénisse!
Dieu vous bénisse, heureux époux!
Que jamais de l’injustice
Vous ne puissiez sentir les coups.
Qu’un bon ange vous avertisse
Des dangers planant sur vous.

(Le texte ci-dessus provient du site créé par Michel Austin et Monir Tayeb, entièrement consacré à Hector Berlioz : http://www.hberlioz.com/Libretti/accueil.htm)

samedi 4 juin 2011

Cœurs croisés, cœurs gravés (2)

À l'attention de Florence, qui écrit joliment « Intemporel ce Temporel », voici l'interprétation de « Bal chez Temporel », par Guy Béart.
http://youtu.be/xy4W1JOFGAw
J'espère augmenter son plaisir en faisant suivre ce texte magnifique, si bien mis en musique, par « C'était bien » ( Le bal perdu, paroles de Robert Nyel, partition de Gaby Verlor), où l'on retrouve Bourvil.
http://youtu.be/GXV-1ZebdBs
Ces deux chansons sont également dédiées à toutes les dames qui passent…