Christa Päffgen est née en 1938, en Allemagne. Son père servit dans la Wermacht, et ne revint pas du front russe. Très tôt remarquée par les photographes et les agences, qui recherchent de nouveaux visages, elle perce sans difficulté dans les milieux de la mode et du cinéma. Mais c'est en Amérique, derrière Andy Warhol, qu'elle connaît la célébrité : sa voix grave, inquiétante, comme sortie d'un monde délabré, sème une fascinante désolation dans les années joyeuses de la pop music et des hippies. Elle apparaît, enregistre un disque, disparaît, donne des concerts. Toutes les rumeurs la suivent ou la précèdent ; on la dit très malade, en détention, atteinte de folie, ravagée par la drogue, en cure de désintoxication… Elle revient toujours.
Le 18 juillet 1988, on apprend qu'elle est décédée des suites d'une hémorragie cérébrale, à Ibizza, où elle résidait. Ce n'est pas une rumeur.
En 1995, un ami journaliste me convie à la projection d'un film de Susanne Ofteringer, intitulé «Nico Icon». Il règne une curieuse atmosphère dans le cinéma de la rue Troyon, à Paris : on nous dit que la police pourrait intervenir afin d'interdire la projection, à la demande d'Alain Delon. À ce moment précis, je ne comprends pas ce que Delon vient faire dans cette petite cérémonie professionnelle. La police ne viendra pas, et je saurai pour quelle raison le «Samouraï» était évoqué avec crainte. Longtemps, je demeurerai sous hypnose, vraiment bouleversé par ce film… Et je compris toute la différence entre la violence du romantisme allemand et la charmante légèreté française.
Marianne Faithfull, qui connaissait bien Nico,lui a dédié la chanson Song for Nico, dans son album Kissin'time, dont voici les paroles :
Born in 1938
A good year for the Reich.
She could not participate
She didn't have the right.
For she was fatherless in the Fatherland.
Now it's 1966
Andrew's up to all his tricks.
And when Brian Jones is near
Nico doesn't feel so queer;
She's in the shit, though she's innocent —
Yesterday is gone,
There's just today — No tomorrow.
Yesterday is gone,
There's just today — No more ...
Now it's Andy Warhol's time
Mystic 60's on a dime.
Though she kinda likes Lou Reed —
She doesn't really have the need.
Already in the shit, though she's innocent.
And now she doesn't know
What it is she wants
And where she wants to go
And will Delon be still a cunt.
Yes, she's in the shit, though she is innocent.
Yesterday is gone
There's just today
No tomorrow.
Yesterday is gone
There's just today
No more.
Yesterday is gone
There's just today
No tomorrow.
Yesterday is gone
There's just today
No more.
Da da da da da…
Partenaire d'Alain Delon dans le film La motocyclette (1968), de Jack Cardiff, d'après la nouvelle d'André Pieyre de Mandiargues, la Faithfull développa immédiatement un rejet violent de Delon. Elle ne supportait pas sa présence. On ne s'étonnera donc pas qu'elle le traite de «cunt»… On notera également que les noms de Brian Jones, d'Andy Warhol, de Lou Reed apparaissent ; trois hommes qui jouèrent un rôle important dans la vie de Nico. Le film est une curiosité, un objet mal identifié mais beau : les corps vêtus de cuir noir chevauchent des motos, cherchent une identité. Nous nous souvenons, à cette occasion, que la jolie Marianne F. descend, par sa mère (authentique baronne autrichienne), du comte Léopold Von Sacher-Masoch, auteur de La Vénus à la fourrure…
Christian Aaron, né Päffgen en 1962, puis devenu, pour l'état civil, Boulogne, est le fils de Nico et de … ?
Il ressemble, à s'y méprendre, à un grand acteur français, Alain Delon, qui eut en effet une brève liaison avec Nico, mannequin réputé, connue pour des petits rôles au cinéma, et pour sa beauté nordique, qui produisait alors un grand effet dans les rues de Paris et de New York. Petit enfant, il dormait dans les locaux de la fameuse Factory, laboratoire d'idées, atelier de création, territoire gouverné par Andy Warhol. Enfin, Nico le confia à la propre mère d'Alain Delon, Edith Boulogne (du nom de son second mari), qui l'adopta et s'efforça de l'éloigner définitivement de la chanteuse. Au sortir de l'adolescence, Ary voulut rencontrer celui qu'on lui désignait comme étant son père, et chercha à se faire reconnaître officiellement par lui. Ce fut en vain !
Il me paraît que le beau visage de ce garçon, qui aime et admire sa mère, trahit un grand désarroi (voir entretien avec Thierry Ardisson à l'adresse : http://boutique.ina.fr/video/ardisson/tout-le-monde-en-parle/I08234297/interview-verite-de-ari-boulogne.fr.html).
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Marianne Faithfull - Song For Nico