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mercredi 12 mai 2010

Alain, sors de ce corps !

Il y a quelques années, j'assistai, invité par un ami journaliste, au «retour» d'Alain Delon au théâtre Marigny, à Paris, dans une pièce d'Eric-Emmanuel Schmitt : Variations énigmatiques. La salle était celle des grands soirs. Je me souviens très bien de cette sorte de bourdonnement léger lorsque Delon parut, qui succédait à la nuit et au silence. Il remporta un triomphe, ses admirateurs du petit peuple, sagement rangés sur un côté de la scène, attendaient qu'on les autorisât à venir lancer leurs bouquets de fleurs. J'ai beau aimer Delon, j'ai le souvenir d'un ennui pesant, avec des moments ridicules. Francis Huster se tirait honorablement du rôle d'«accompagnateur» du maître. La pièce n'était pas bonne, mais, par surcroît, Delon avait pris les choses en main. Loin de le contraindre, de l'éloigner de sa statue, le metteur en scène lui avait laissé la bride sur le cou. Résultat : Delon fixant l'horizon de ses yeux durs, Delon bondissant «tel un félin», Delon solitaire serrant les mâchoires à l'évocation d'un chagrin ancien. Bref, le bel Alain comme au cinéma, mais sans la rigueur d'un Melville, l'esthétique d'un Visconti, sans la caméra…
Cette histoire m'a tout de même permis de découvrir les Variations énigmatiques, auxquelles la pièce emprunte son titre.
Je me tais et vous laisse écouter…

Nimrod, Extrait de Enigma variations, d'Edgar Elgar, ce moment comme produit par le souffle de l'air et la fantaisie d'un dieu tranquille. Daniel Barenboim dirige l'Orchestre symphonique de Chicago, en 1997. Il était légitime que Barenboim succédât à Georg Solti, après le décès de celui-ci : qui d'autre ?