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lundi 23 février 2026
Le monde perdu 1 : une jeunesse
J'étais très jeune, et le monde l'était avec moi. J'allais souvent seul au cinéma, je me glissai, avec une volupté que j'anticipais, dans une salle obscure du XVIIe arrondissement de Paris, aujoud'hui transformée en surface de vente illuminée. La fascination prenait alors les commandes et m'entraînait dans sa féérie : l'écran s'interposait, et j'accomplissais une métamorphose à chaque fois recommencée…
Il y a dans cette seule scène du film de Jerzy Skolimovsky Le Départ plus de preuves de l'existence du cinéma lui-même et de la nécessité de cette existence pour notre bonheur, jusqu'au vertige, que dans la plupart des films français de ces vingt dernières années ! Tant il est vrai que nombre de ces films sont inutiles (mais il y a des exceptions remarquables).
Pour achever cette lamentation d'un vieux gamin usé, cette chanson qui entretient adorablement ma mélancolie native :
Et encore celle-ci, la dernière qu'il faudra entendre avant de perdre définitivement de vue les « éblouissants repères » qui nous auront fait vaciller :
Et ceci, pour illustrer l'échange avec Celestine (voir les commentaire), où l'on voit que Virna Lisi porte à ses lèvres les cigarettes avec la même grâce qui animait chacun de ses mouvements à l'écran et sans doute partout ailleurs.
vendredi 29 mars 2024
Trois fois rien et la chose
-Tu ne dis jamais rien.
-Ça ne me dit rien.
-Ou alors peu de choses, trois fois rien.
-Ça ne me dit pas grand-chose.
-Dis-moi donc quelque chose.
-Pourquoi quelque chose plutôt que rien ?
-Trop de choses ne sont rien.
-Ce sont les petits riens qui font les choses
-Quelque chose c'est mieux que rien.
-Je pense à autre chose.
-Tu ne manques de rien.
-Je pense à quelque chose.
-Une chose de rien.
-Ce n'est pas rien, la chose.
-Tu veux dire…
-La chose !
-Ah, mais, l'air de rien…
-Je me sens toute chose.
-Plutôt la chose que rien !
-Alors fais-moi la chose, et ne dis plus rien.
-Je suis un bon à rien.
-Tu es bon à la chose !
Tout va mal, c'est bien. Demain, ce sera pire. Il pleuvra, nous irons au cimetière, nous chasserons les cailloux du bout de nos souliers. La pluie fera onduler nos cheveux après qu'ils seront secs. Ils sont blancs, mais c'était le même phénomène quand ils étaient noirs. Enfant, tu aimais les façades grises des immeubles. Quelque chose nous tient par les épaules depuis l'enfance, mais, bien sûr, nous ne verserons pas une larme.
Un grand bain de mélancolie en passant par l'Italie, où mènent tous nos chemins, depuis Léo Ferré jusqu'à Hubert Félix Th.
Hubert-Félix, on vous écoute, on est bien :
Et cette version, à faire pleurer des rivières :
Et celle-ci, par un mâle blanc du sud de l'Italie :
Léo Ferré, d'Italie :
-Ça ne me dit rien.
-Ou alors peu de choses, trois fois rien.
-Ça ne me dit pas grand-chose.
-Dis-moi donc quelque chose.
-Pourquoi quelque chose plutôt que rien ?
-Trop de choses ne sont rien.
-Ce sont les petits riens qui font les choses
-Quelque chose c'est mieux que rien.
-Je pense à autre chose.
-Tu ne manques de rien.
-Je pense à quelque chose.
-Une chose de rien.
-Ce n'est pas rien, la chose.
-Tu veux dire…
-La chose !
-Ah, mais, l'air de rien…
-Je me sens toute chose.
-Plutôt la chose que rien !
-Alors fais-moi la chose, et ne dis plus rien.
-Je suis un bon à rien.
-Tu es bon à la chose !
Tout va mal, c'est bien. Demain, ce sera pire. Il pleuvra, nous irons au cimetière, nous chasserons les cailloux du bout de nos souliers. La pluie fera onduler nos cheveux après qu'ils seront secs. Ils sont blancs, mais c'était le même phénomène quand ils étaient noirs. Enfant, tu aimais les façades grises des immeubles. Quelque chose nous tient par les épaules depuis l'enfance, mais, bien sûr, nous ne verserons pas une larme.
Un grand bain de mélancolie en passant par l'Italie, où mènent tous nos chemins, depuis Léo Ferré jusqu'à Hubert Félix Th.
Hubert-Félix, on vous écoute, on est bien :
Et cette version, à faire pleurer des rivières :
Et celle-ci, par un mâle blanc du sud de l'Italie :
Léo Ferré, d'Italie :
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Les sentiments nous mènent une vie d'enfer
dimanche 24 mars 2024
Grâce suffisante
- Accorde-moi ta grâce amnistiante
- Tu n'es plus dans mes bonnes grâces
- Tu digresses
- Je te dis «grâce !»
- Tu es disgracieux
- Tu me disais gracieux
- Je ne te fais plus grâce.
Le clip réalisé pour cette chanson d'Alain Chamfort n'est pas désagréable, malgré la présence de quelques artistes encombrants. Heureusement, on y découvre chez lui, à Paris, le grand Rezvani.
Ce curieux hiver n'en finit plus de ressembler à un automne manqué, or j'aime l'hiver et plus encore l'automne. J'ai laissé de nombreux automnes derrière moi, et autant d'hivers, en faire l'addition augmenterait le produit de ma soustraction.
Encore ceci, absolument splendide, pour célébrer le froid, pour qu'il règne enfin et que la terre gèle, pour qu'adviennent le givre et la brume.
samedi 8 avril 2023
Sex bond
-Il fait beau.
-Non, il fait froid.
-Il fait froid, mais il fait beau.
-Toujours à me contrarier.
-Le contraire de beau n'est pas froid.
-Tu es le contraire de beau.
-Tu me laisses froid.
-C'est du beau !
-Tu n'as jamais été une sex bomb.
-Tu fut toujours une sex tomb
-Tu aimais beaucoup descendre au tombeau.
-J'assistais à tes funérailles.
-Tu t'acquitais admirablement de la pompe funèbre…
-Tu deviens grossier.
-Tu n'es pas Hélène Fischer !
-Tu n'as rien de Tom Jones !
https://www.youtube.com/watch?v=-MZrgXR75Tk
Note : le mot bond signifie lien(s) en anglais.
-Non, il fait froid.
-Il fait froid, mais il fait beau.
-Toujours à me contrarier.
-Le contraire de beau n'est pas froid.
-Tu es le contraire de beau.
-Tu me laisses froid.
-C'est du beau !
-Tu n'as jamais été une sex bomb.
-Tu fut toujours une sex tomb
-Tu aimais beaucoup descendre au tombeau.
-J'assistais à tes funérailles.
-Tu t'acquitais admirablement de la pompe funèbre…
-Tu deviens grossier.
-Tu n'es pas Hélène Fischer !
-Tu n'as rien de Tom Jones !
https://www.youtube.com/watch?v=-MZrgXR75Tk
Note : le mot bond signifie lien(s) en anglais.
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Les sentiments nous mènent une vie d'enfer
mercredi 1 décembre 2021
Conjugaison sentimentale
- Tu es froide comme le granit
- Je suis dure comme le diamant
- Exact ! Mon cœur s'est rayé en se frottant au vôtre
- Il ne fallait pas vous approcher.
- Vous ne me l'avez pas interdit.
- Je ne vous l'ai pas demandé.
- Vous n'avez rien dit.
- Qu'importe, c'est déjà dépassé !
- C'était hier !
- C'était sans lendemain.
- Je vous adjure à présent
- Je vous conjugue au passé
- Je veux bien l'imparfait du suggestif.
- Notre passé n'est pas mon futur.
- Je ne mérite pas ce présent du vindicatif.
- Je suis dure comme le diamant
- Exact ! Mon cœur s'est rayé en se frottant au vôtre
- Il ne fallait pas vous approcher.
- Vous ne me l'avez pas interdit.
- Je ne vous l'ai pas demandé.
- Vous n'avez rien dit.
- Qu'importe, c'est déjà dépassé !
- C'était hier !
- C'était sans lendemain.
- Je vous adjure à présent
- Je vous conjugue au passé
- Je veux bien l'imparfait du suggestif.
- Notre passé n'est pas mon futur.
- Je ne mérite pas ce présent du vindicatif.
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Les sentiments nous mènent une vie d'enfer
dimanche 14 novembre 2021
Dancing Queen
-Ah, mademoiselle, c'est un slow ! Vous dansez ?
- D'abord, vous avalez votre « demoiselle », d'accord ? Vous parlez comme un vieux, d'ailleurs vous êtes vieux, en fait.
- J'ai mon âge, mais mon cœur n'a pas une ride.
- Votre cœur, je le vois pas, et votre tête donne pas envie d'en voir plus. Vous avez du être pas mal, mais c'est fini, en fait.
- Comme vous y allez, mademois… pardon ! Mais aussi comment appeler une très jeune femme qu'on ne connaît ni d'Ève ni de la pomme d'Adam ?
- Vous êtes satisfait de votre blague désargentée ? Si vous en avez d'autres, gardez-les pour vous.
- Je n'ai jamais eu d'esprit, j'en conviens.
- Bon, ça suffit ! Dégagez ou j'appelle mon copain, il aime pas les vieux et il est baraqué, en fait.
- Quel dommage, mademois… bref, accordez-moi seulement ce simple slow.
- Vous savez quoi ? Allez faire rire les dentiers dans les EHPAD et sortez de ma zone !
- Jeune, j'avais le genre latin lover , attentionné, taille bien prise, cheveux sur les tempes en aile de corbeau : cela plaisait.
- Eh ben, c'est terminé : t'es en pleine fonte des glaces, t'es plus qu'un baratine lover qui sent le moisi ; va plutôt tenter ta chance dans un dancing municipal rempli de Vénus à cellulite, et libère mon territoire, en fait.
- C'est excitant une jolie fille énervée, qui se montre cruelle envers un mâle déclinant, au son de cette musique superbement binaire, bien propre à envelopper les corps.
- Arrête avec ton slow sirupeux ! Je te regarde… Je t'ai mouché grave, pourtant t'as pas l'air blessé, t'as l'air… ailleurs.
- En effet, je viens d'ailleurs.
- C'est où ailleurs ?
- C'était il y a longtemps.
- Jolie réponse ! Et puis t'es bien sapé, à l'ancienne, et cette mèche qui barre ton front, tes manières… Un vieux gamin bien élevé… Pour un peu…
- Pour si peu !
- Prends-moi dans tes bras, emballe-moi dans ton slow démodé. Écoute-moi! Je suis comme l'ultime guerrière d'une bataille toujours recommencée. Parfois, je sens le sol se dérober sous mes pas. J'ai encore l'âge du rôle, mais pour combien de temps ?
- J'éprouve une étrange impression : une ombre rôde autour de moi, ni mauvaise, ni bienveillante, plutôt…
- Plutôt ?
- … fatale.
- J'ai tenté de te déourager, mes rebufades, mes grossièretés, c'était pour te préserver : à présent, c'est trop tard.
- Depuis quelque temps, c'est comme un nuage de brume qui voudrait me faire disparaître en m'environnant. Comment vous appelez-vous ?
- Tais-toi ! Laisse venir la brume, elle m'accompgne moi aussi, ne la crains pas. Ton buste est encore solide, les muscles de tes épaules roulent sous mes doigts, tu frémis : c'est émouvant. Ne dis rien… Emmène-moi loin dans ton slow démodé, dans ton frotti-frotta de bastringue excentré, j'aime ton parfum élégant. Serre-moi salement contre toi, outrage-moi délicatement. Je ne sais pas pleurer, mais j'ai le poids d'un sac de pluie sous mes paupières : comment appelle-t-on cela ?
- La mélancolie.
- Mets ta main sur le bas de mon dos… plus bas ! C'est ta dernière danse. Souris, la mort te regarde. Adieu baratine lover !
- D'abord, vous avalez votre « demoiselle », d'accord ? Vous parlez comme un vieux, d'ailleurs vous êtes vieux, en fait.
- J'ai mon âge, mais mon cœur n'a pas une ride.
- Votre cœur, je le vois pas, et votre tête donne pas envie d'en voir plus. Vous avez du être pas mal, mais c'est fini, en fait.
- Comme vous y allez, mademois… pardon ! Mais aussi comment appeler une très jeune femme qu'on ne connaît ni d'Ève ni de la pomme d'Adam ?
- Vous êtes satisfait de votre blague désargentée ? Si vous en avez d'autres, gardez-les pour vous.
- Je n'ai jamais eu d'esprit, j'en conviens.
- Bon, ça suffit ! Dégagez ou j'appelle mon copain, il aime pas les vieux et il est baraqué, en fait.
- Quel dommage, mademois… bref, accordez-moi seulement ce simple slow.
- Vous savez quoi ? Allez faire rire les dentiers dans les EHPAD et sortez de ma zone !
- Jeune, j'avais le genre latin lover , attentionné, taille bien prise, cheveux sur les tempes en aile de corbeau : cela plaisait.
- Eh ben, c'est terminé : t'es en pleine fonte des glaces, t'es plus qu'un baratine lover qui sent le moisi ; va plutôt tenter ta chance dans un dancing municipal rempli de Vénus à cellulite, et libère mon territoire, en fait.
- C'est excitant une jolie fille énervée, qui se montre cruelle envers un mâle déclinant, au son de cette musique superbement binaire, bien propre à envelopper les corps.
- Arrête avec ton slow sirupeux ! Je te regarde… Je t'ai mouché grave, pourtant t'as pas l'air blessé, t'as l'air… ailleurs.
- En effet, je viens d'ailleurs.
- C'est où ailleurs ?
- C'était il y a longtemps.
- Jolie réponse ! Et puis t'es bien sapé, à l'ancienne, et cette mèche qui barre ton front, tes manières… Un vieux gamin bien élevé… Pour un peu…
- Pour si peu !
- Prends-moi dans tes bras, emballe-moi dans ton slow démodé. Écoute-moi! Je suis comme l'ultime guerrière d'une bataille toujours recommencée. Parfois, je sens le sol se dérober sous mes pas. J'ai encore l'âge du rôle, mais pour combien de temps ?
- J'éprouve une étrange impression : une ombre rôde autour de moi, ni mauvaise, ni bienveillante, plutôt…
- Plutôt ?
- … fatale.
- J'ai tenté de te déourager, mes rebufades, mes grossièretés, c'était pour te préserver : à présent, c'est trop tard.
- Depuis quelque temps, c'est comme un nuage de brume qui voudrait me faire disparaître en m'environnant. Comment vous appelez-vous ?
- Tais-toi ! Laisse venir la brume, elle m'accompgne moi aussi, ne la crains pas. Ton buste est encore solide, les muscles de tes épaules roulent sous mes doigts, tu frémis : c'est émouvant. Ne dis rien… Emmène-moi loin dans ton slow démodé, dans ton frotti-frotta de bastringue excentré, j'aime ton parfum élégant. Serre-moi salement contre toi, outrage-moi délicatement. Je ne sais pas pleurer, mais j'ai le poids d'un sac de pluie sous mes paupières : comment appelle-t-on cela ?
- La mélancolie.
- Mets ta main sur le bas de mon dos… plus bas ! C'est ta dernière danse. Souris, la mort te regarde. Adieu baratine lover !
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Les sentiments nous mènent une vie d'enfer
mardi 9 novembre 2021
Trouver la sortie
(Elle a les yeux de Nolwen Leroy, d'ailleurs elle lui ressemble. Fut-elle « cassée »,naguère, elle aussi ? On frappe à sa porte, elle interroge : )
- Qui est là ?
- C'est moi.
- Qui est ce moi ?
- Le moi de toi et moi.
- Connais pas !
- Mais ma voix !
- Reconnais pas !
- Ma voix d'hier.
- C'est aujourd'hui !
- Pourtant c'est bien moi qui heurte l'huis.
- Quoi ! Louis est là aussi ? Ah, ne le touche pas, lui !
- Je suis seul, qui donc est ce Louis ?
- C'est le Louis de lui et moi.
- C'est lui le nouvel huissier ?
- Oui, c'est lui qui me sied.
- À lui, tu ouvres.
- Je lui ouvre et je m'ouvre à lui, oh oui !
- Ouvre-moi !
- Ferme-la !
- Ouvre-moi ta porte, c'est moi !
- Que m'importe toi !
- C'est important.
- Tu m'importunes
- J'aimais tant franchir ta porte
- Avec toi je cherchais la sortie.
- Tu es restée sur mon seuil.
- Parce que tu es sans issue…
- Qui est là ?
- C'est moi.
- Qui est ce moi ?
- Le moi de toi et moi.
- Connais pas !
- Mais ma voix !
- Reconnais pas !
- Ma voix d'hier.
- C'est aujourd'hui !
- Pourtant c'est bien moi qui heurte l'huis.
- Quoi ! Louis est là aussi ? Ah, ne le touche pas, lui !
- Je suis seul, qui donc est ce Louis ?
- C'est le Louis de lui et moi.
- C'est lui le nouvel huissier ?
- Oui, c'est lui qui me sied.
- À lui, tu ouvres.
- Je lui ouvre et je m'ouvre à lui, oh oui !
- Ouvre-moi !
- Ferme-la !
- Ouvre-moi ta porte, c'est moi !
- Que m'importe toi !
- C'est important.
- Tu m'importunes
- J'aimais tant franchir ta porte
- Avec toi je cherchais la sortie.
- Tu es restée sur mon seuil.
- Parce que tu es sans issue…
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Les sentiments nous mènent une vie d'enfer
lundi 12 avril 2021
Fin de saison
- L'hiver se prolonge; cela ne me dérange pas, j'aime beaucoup l'hiver.
- Le col relevé, les épaules rentrées, le regard sombre, la panoplie du petit romantique d'arrondissement, c'est tout toi !
- Toujours ton ironie ! Comme si l'hiver ne me servait qu'à composer une silhouette !
- C'est pourtant cela : monsieur dans son cachemire, chaussé de bottines, l'air distant mais l'œil aux aguets cherchant, à la dérobée, le reflet de sa petite personne dans les vitrines… Monsieur dans un rôle de composition hivernal, un cabotin pour froidures, un frimeur pour frimas.
- Tu es inutilement blessante. J'aime l'hiver, c'est tout. Dans le froid, je respire mieux, et puis je ne supporte pas le débraillé vestimentaire, qu'affectent mes concitoyens dès que le climat se réchauffe. L'hiver, c'est ma saison. D'ailleurs, je t'ai connue en hiver !
- Au milieu de l'hiver, et je t'ai quitté au printemps ! Tu es un article de fin de solde, un amant de demi-saison
- J'aurais préféré être hors saison.
- Le col relevé, les épaules rentrées, le regard sombre, la panoplie du petit romantique d'arrondissement, c'est tout toi !
- Toujours ton ironie ! Comme si l'hiver ne me servait qu'à composer une silhouette !
- C'est pourtant cela : monsieur dans son cachemire, chaussé de bottines, l'air distant mais l'œil aux aguets cherchant, à la dérobée, le reflet de sa petite personne dans les vitrines… Monsieur dans un rôle de composition hivernal, un cabotin pour froidures, un frimeur pour frimas.
- Tu es inutilement blessante. J'aime l'hiver, c'est tout. Dans le froid, je respire mieux, et puis je ne supporte pas le débraillé vestimentaire, qu'affectent mes concitoyens dès que le climat se réchauffe. L'hiver, c'est ma saison. D'ailleurs, je t'ai connue en hiver !
- Au milieu de l'hiver, et je t'ai quitté au printemps ! Tu es un article de fin de solde, un amant de demi-saison
- J'aurais préféré être hors saison.
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Les sentiments nous mènent une vie d'enfer
vendredi 2 août 2019
Petit conte d'été
- Je te croyais parti à jamais.
- Je suis revenu pour toujours.
- Toujours, cela dure longtemps ?
- Un peu moins que l'éternité.
- L'éternité, c'est jusqu'à quand ?
- Entre maintenant et tout à l'heure.
- Ce n'est qu'un mauvais moment à passer.
- Raison de plus pour le passer ensemble.
- Je suis revenu pour toujours.
- Toujours, cela dure longtemps ?
- Un peu moins que l'éternité.
- L'éternité, c'est jusqu'à quand ?
- Entre maintenant et tout à l'heure.
- Ce n'est qu'un mauvais moment à passer.
- Raison de plus pour le passer ensemble.
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Les sentiments nous mènent une vie d'enfer
lundi 30 juillet 2018
jeudi 20 juillet 2017
Le bel amour
- Alors, c'est décidé, tu t'en vas !
- En effet, je pars.
- Tu retournes chez ta mère.
- Ma mère est morte.
- Je le savais, je voulais simplement reprendre une vieille formule.
- Garde donc tes vieilles formules pour toi.
- Auparavant, quand une femme quittait un homme, elle allait chez ses parents. On disait : chez sa mère.
- Eh bien, c'est fini, à présent !
- C'était mieux avant.
- Rien n'était mieux avant !
- Si, moi par exemple, j'étais mieux avant.
- C'est vrai, j'ai vu des photographies de toi. Tu valais le détour, et même le détournement de mineur.
- Moi, je t'ai connu majeure… et je t'ai retournée !
- Tu ne m'as pas retournée, c'est moi qui y ai consenti.
- Disons que tu m'en as prié. D'ailleurs, tu t'es mise à genoux.
- Salaud, goujat !
- Mais voyons, chacun sait que l'amour est un sacrement qui se reçoit à genoux !
- Oh, je ne t'entends plus, je ne te vois plus, je t'ai déjà oublié !
- Déjà ? Alors, c'est Alzheimer !
- Au contraire, c'est de l'hygiène mentale ! D'ailleurs, tu es aisément oubliable.
- Tu n'as pas toujours dit cela.
- Je l'ai toujours pensé.
- Tu pensais à moi pour n'y plus songer ? Étrange manière de m'oublier !
- Je te conseille de faire de même.
- Non, je ne changerai rien à ma façon d'être et de penser. Je serai comme j'ai toujours été, comme avant.
- Dommage, on est déjà après !
- Après quoi ?
- Après qui, plutôt ! Tu l'as dit toi-même, tu étais mieux avant, bien mieux, je ne t'ai connu qu'après.
- Tu es venue trop tard.
- Oui, mais je pars à temps.
- Comment peut-on partir à temps quand on est arrivé trop tard ?
- Jolie formule ! Oh, mais c'est vrai qu'il est tard.
- Tu devrais rester.
- Rester ici ? Pour aller où ?
- Je l'ignore, je sais seulement qu'on va parfois plus loin à genoux qu'à pied…
- Salaud, goujat !
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samedi 22 avril 2017
Injoignables
- M'accorderez-vous cette danse, mademoiselle ?
- C'est quoi comme danse ?
- Une valse, la Valse des regrets.
- Non !
- Pourquoi ?
- Je regrette déjà de vous avoir répondu, vous ne voulez pas qu'en plus je regrette d'avoir dansé avec vous !
(La Valse des regrets a été composée par Johannes Brahms, vers 1865. C'est une mélodie simple, avec des accents de douceur et de mélancolie viennoises, qu'aimaient beaucoup Brahms. Louis Poterat a posé des mots sur cet air, dans les années quarante, et Georges Guétary en a fait une chanson. En 2006, Françoise Hardy a conservé l'air, mais a légèrement modifié les paroles).
La Valse des regrets : Françoise Hardy chante, Hélène Grimaud pianote…
- Mademoiselle, vous êtes assise sur des morceaux qui m'appartiennent.
- Et vous, monsieur, vous marchez sur des morceaux qui sont à moi.
- C'est pourtant vrai ! Si vous le vouliez, nous pourrions nous rejoindre.
- À quoi bon ! Il est déjà si malaisé de se rassembler !
- Vous n'avez pas tort !
Françoise Hardy murmure an compagnie d'Alain Delon, Modern Style :
La même chanson par son créateur, Jean Bart, qui se consacre désormais au théâtre :
- C'est quoi comme danse ?
- Une valse, la Valse des regrets.
- Non !
- Pourquoi ?
- Je regrette déjà de vous avoir répondu, vous ne voulez pas qu'en plus je regrette d'avoir dansé avec vous !
(La Valse des regrets a été composée par Johannes Brahms, vers 1865. C'est une mélodie simple, avec des accents de douceur et de mélancolie viennoises, qu'aimaient beaucoup Brahms. Louis Poterat a posé des mots sur cet air, dans les années quarante, et Georges Guétary en a fait une chanson. En 2006, Françoise Hardy a conservé l'air, mais a légèrement modifié les paroles).
La Valse des regrets : Françoise Hardy chante, Hélène Grimaud pianote…
- Mademoiselle, vous êtes assise sur des morceaux qui m'appartiennent.
- Et vous, monsieur, vous marchez sur des morceaux qui sont à moi.
- C'est pourtant vrai ! Si vous le vouliez, nous pourrions nous rejoindre.
- À quoi bon ! Il est déjà si malaisé de se rassembler !
- Vous n'avez pas tort !
Françoise Hardy murmure an compagnie d'Alain Delon, Modern Style :
La même chanson par son créateur, Jean Bart, qui se consacre désormais au théâtre :
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samedi 11 mars 2017
Retrouvailles
Il y a dans la lucidité de Drieu la Rochelle une sorte d'adieu aux armes qui sont données aux hommes dans l'enfance. Non pas des armes de poing, non plus des armes blanches, seulement des armes de parade et des armes d'esquive : plutôt que des escrimeurs, elles font de nous des « esquiveurs ». Un jour, l'une d'entre elles s'enraie, et nous voilà désappointés ! Puis le mécanisme d'une autre se dégrade, et nous nous sentons menacés. La dernière nous lâche en pleine bataille, et nous sommes désarmés.
Au vrai, Drieu se tint à l'écart du monde, choisissant une vie « libre et dérobée ». Quand il voulut « épouser son temps », maladroit qu'il était, et blessé depuis l'enfance, obsédé de décadence, rongé par ce terrible poison de la mort lente qu'on nomme la détestation de soi-même, il choisit à dessein le numéro perdant de la tombola.
À la Libération, se sachant compromis et compromettant, n'espérant aucune grâce, il n'accepta de sanction que de lui-même. Il voulait un jugement sans appel, et la détestation générale. Il n'obtint ni l'un ni l'autre. Son souvenir n'a cessé de hanter ceux qui l'avaient connu ; quant à celles et ceux qui l'avaient aimé, ils firent sans effort prospérer leurs sentiments pour lui.
Deux chansons, deux interprètes accompagnent cet insignifiant billet : je parlerai prochainement de Marie France, qui donna un ravissant spectacle très cabaret-velours-cramoisi au Divan du monde, et je voulais partager le charme « balnéaire-côte-d'Opale » de ce dandy tranquille nommé Benjamin Schoos.
Si vous passez par ici, qui que vous soyez, sachez que je vous les destinais.
Sur Drieu la Rochelle :
L'homme égaré Le choix d'un frère L'amour aux enchères Fin de partie 2 Avec amitié– Bruissement Et l'argent de mes cheveux… La belle argentine et l'homme perdu
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jeudi 29 décembre 2016
Un dernier tour de piste
- Il y aura toujours un jeune homme, qui accordera sa mélancolie à la musique du monde. Il y aura toujours un jeune homme, qui marchera dans les rues parmi les ombres de ses héros misérables. Dans cinquante ans, il se trouvera un garçon aux mèches brunes, qui trouvera dans ses errance parisiennes le réconfort des présences ressuscitées. Ses pas, comme comptés par des voix amicales, le guideront vers des lieux hantés, où des lampes allumées éclaireront des fantômes par lui seul pressentis autant qu'aperçus…
- La chanson Send in the clowns est énigmatique, par son contenu propre et par son titre, qui revient régulièrement : « Send in the clowns ! » ( « Envoyez les clowns ! »). Il relève du vocabulaire de cirque : c'est par cette injonction qu'on demande aux clowns d'intervenir à l'improviste, à l'occasion d'un incident par exemple, ou, simplement, de jouer leur partie. Or, on cherchera ici en vain les clowns et la piste ronde, où ils s'animent comiquement. Il s'agit d'une séparation amoureuse, d'un adieu, d'un dépôt de bilan après constat d'échec.
- Cette chanson, signée Stephen Sondheim, paroles et musique, extraite de la comédie musicale A little night music, a connu immédiatement un grand succès, et fut chantée par de nombreux artistes dans le monde.
- Elle rapporte l'ultime entrevue de deux êtres qui s'aimèrent et se désaccordèrent sincèrement.
- Cela commence par un détournement de sens ironique : « Isn't it rich ? », qu'on pourrait peut-être traduire par « Quelle réussite ! ».
- Suivent l'énoncé des échecs, le cortège des renoncements :
- « Formons-nous un couple ?
- Moi par terre
- Toi en plein ciel,
- Où sont les clowns ? »
- Qui, de l'homme ou de la femme, parle ? Nous ne le savons pas. Nous n'entendons qu'une déploration, énoncée sur un mode « circulaire » : il, elle tire sur le fil des espoirs déçus, et les mots qui lui viennent rendent compte du désarroi intime qui le, la saisit. Le climat de la chanson est plutôt cotonneux, doux comme un chagrin longtemps tenu à distance, apaisé, acclimaté.
- Isn't it rich?
- Are we a pair?
- Me here at last on the ground,
- You in mid-air,
- Where are the clowns?
- Isn't it bliss?
- Don't you approve?
- One who keeps tearing around,
- One who can't move,
- Where are the clowns?
- Send in the clowns.
- Just when I'd stopped opening doors,
- Finally knowing the one that I wanted was yours.
- Making my entrance again with my usual flair
- Sure of my lines
- No one is there.
- Don't you love farce?
- My fault, I fear.
- I thought that you'd want what I want
- Sorry, my dear!
- And where are the clowns
- Send in the clowns
- Don't bother, they're here.
- Isn't it rich?
- Isn't it queer?
- Losing my timing this late in my career.
- And where are the clowns?
- There ought to be clowns
- Well, maybe next year
- « Send in the clowns »
- Sarah Vaughan, en 1987. On est à Broadway, en hiver, on entre dans un club, il fait chaud, on retire son manteau, on s'installe près de la scène. L'obscurité se fait, puis la rampe s'allume, les musiciens prennent place, le pianiste joue quelques notes. Les lumières se tamisent, elle paraît sous les applaudissements : Sarah Vaughan !
- Sarah transforme tout ce qu'elle chante, elle l'incorpore et le restitue comme projeté d'un alambique de sorcellerie moderne : on est ébloui !
- Et toujours Franck Sinatra, parce qu'il incarne une autre perfection. Il a d'abord donné une version de studio, introduite d'un texte court, où il dit son admiration pour cette composition. Puis il a cherché quelque chose de plus « tendu », donc de plus dépouillé. Il a trouvé la formule ici : acoustique, proprement éblouissante.
- Enfin cette interprétation par Blossom Dearie, la plus singulière, peut-être la plus belle, et parfaite assurément, accompagnée par elle-même au piano, extraite de son album (indispensable) « From the meticulous to the sublime ». Blossom Dearie est une grande artiste méconnue.
- Alors, direz-vous, que vient faire l'évocation d'un jeune homme, au début de cette affaire ? Aucun rapport avec ce qui a suivi ; c'était un souvenir, une ombre surgie du passé, une silhouette très ancienne, que le brouillard emportera en se dissipant.
Our kind of town La carte noire de Melville : les passants de la nuit La nuit 2 Frankie from Hollywood La nuit 6 Variation sur un même « j'aime ». «Séducswing» La nuit 5 La nuit 4
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Les sentiments nous mènent une vie d'enfer
vendredi 2 septembre 2016
Retrouvailles et séparation : heureusement…
À l'évidence, il est bien plus facile de se dire adieu dans ces conditions…
Cora Vaucaire "Heureusement on ne s'aimait pas... par sylvainsyl
À propos de Cora :
Sur trois notes La vie music-hall
Libellés :
Les sentiments nous mènent une vie d'enfer
mercredi 9 mars 2016
Saint Dominique
Toute séparation est comme un vertige, qui nous saisit alors que, funambule sur le fil mince de notre existence, nous progressons à pas glissé, attentif à maintenir fermement le balancier d'où nous vient tout notre équilibre. De vertige en vertige, la tête nous tourne, et le vide, alors, finit par nous attirer plus qu'il ne nous effrayait.
Et ce petit chef-d'œuvre pour accompagner notre mélancolie :
Adieu, à bientôt, à plus tard, quel joli temps pour se dire au revoir !
Et ce petit chef-d'œuvre pour accompagner notre mélancolie :
Adieu, à bientôt, à plus tard, quel joli temps pour se dire au revoir !
dimanche 28 février 2016
Consentement lacrymal
À quoi servent les refrains d'épanchement, les couplets d'effusion ? À éprouver des affections certes légitimes que nous refoulons pourtant, à nous amener à frôler des sentiments qui nous encombrent, à nous représenter des situations où nous jouons des scènes délicieusement cruelles, qui nous font adorablement souffrir. Souvent, nous refusons de nous sentir en simple harmonie avec la marche sentimentale du monde, parce que nous refusons de reconnaître son innocence. Est-ce parce qu'elle nous effraie, ou parce qu'en éprouver les effets nous navre ?
Les refrains d'amour nous mettent à l'unisson des autres, et nous refusons cette allure commune, cette promiscuité sentimentale. Or, c'est précisément leur facilité émotionnelle, leur pauvreté d'inspiration, qui leur permettent de contourner les défenses que nous leur opposons. Plus sophistiqués, cherchant à les ébranler, à les abattre, ils échoueraient. C'est en ignorant notre orgueil que les « airs de trois fois rien » nous surprennent et nous contraignent à nous représenter dans les rôles qu'ils distribuent.
Tôt ou tard, quels que furent nos efforts pour en différer le moment, nous devons nous faire l'aveu de notre misère, et consentir ainsi à nous reconnaître aussi misérable que nos semblables.
Sortez vos mouchoirs !
Pour Anne :
Et encore celle-ci, à l'intention de toutes et de tous, qui ferait pleurer une horde de Huns rassemblés dans un banquet où la viande crue serait servie dans les crânes de leurs ennemis vaincus !
Anne, j'ai d'abord pensé que vous vouliez dire « Pleurer des rivières », que voici, d'abord dans sa version française, fort honorable :
Puis dans sa version d'origine, évidemment magistrale, par une souveraine :
Et encore dans cette interprétation, qui serait ma préférée si…
… si Julie London n'avait pas existé : extatique je suis, figé, languide.
Mais, dans votre message, le titre est bien « Pleurer des fontaines ». J'ai fait une recherche, et j'ai trouvé une chanson et son créateur. Celui-ci m'évoque Depardieu dans le film de Xavier Gianolli « Quand j'étais chanteur ». Il y est un émouvant chanteur du samedi soir et du dimanche après-midi, un habitué des baltringues, celui qui, sur l'estrade, murmure des slows, pleure le chagrin des séparations, et rapproche encore les corps déjà moites. Au reste Franck Olivier -c'est son nom de scène- assume parfaitement son rôle, avec talent et sincérité, serviteur talentueux de la slow connection.
Je veux saluer Claude Gibrat, qui est venue s'inscrire dans notre « blogue note ». Je crois comprendre qu'elle fait partie d'un ensemble baptisé Totirakapon. Sa peinture m'a paru fort intéressante, et j'y reviendrai prochainement (quelque chose entre la maîtrise figurative et la tentation « Rothko », si j'ose dire).
Les refrains d'amour nous mettent à l'unisson des autres, et nous refusons cette allure commune, cette promiscuité sentimentale. Or, c'est précisément leur facilité émotionnelle, leur pauvreté d'inspiration, qui leur permettent de contourner les défenses que nous leur opposons. Plus sophistiqués, cherchant à les ébranler, à les abattre, ils échoueraient. C'est en ignorant notre orgueil que les « airs de trois fois rien » nous surprennent et nous contraignent à nous représenter dans les rôles qu'ils distribuent.
Tôt ou tard, quels que furent nos efforts pour en différer le moment, nous devons nous faire l'aveu de notre misère, et consentir ainsi à nous reconnaître aussi misérable que nos semblables.
Sortez vos mouchoirs !
Pour Anne :
Et encore celle-ci, à l'intention de toutes et de tous, qui ferait pleurer une horde de Huns rassemblés dans un banquet où la viande crue serait servie dans les crânes de leurs ennemis vaincus !
Anne, j'ai d'abord pensé que vous vouliez dire « Pleurer des rivières », que voici, d'abord dans sa version française, fort honorable :
Puis dans sa version d'origine, évidemment magistrale, par une souveraine :
Et encore dans cette interprétation, qui serait ma préférée si…
… si Julie London n'avait pas existé : extatique je suis, figé, languide.
Mais, dans votre message, le titre est bien « Pleurer des fontaines ». J'ai fait une recherche, et j'ai trouvé une chanson et son créateur. Celui-ci m'évoque Depardieu dans le film de Xavier Gianolli « Quand j'étais chanteur ». Il y est un émouvant chanteur du samedi soir et du dimanche après-midi, un habitué des baltringues, celui qui, sur l'estrade, murmure des slows, pleure le chagrin des séparations, et rapproche encore les corps déjà moites. Au reste Franck Olivier -c'est son nom de scène- assume parfaitement son rôle, avec talent et sincérité, serviteur talentueux de la slow connection.
Je veux saluer Claude Gibrat, qui est venue s'inscrire dans notre « blogue note ». Je crois comprendre qu'elle fait partie d'un ensemble baptisé Totirakapon. Sa peinture m'a paru fort intéressante, et j'y reviendrai prochainement (quelque chose entre la maîtrise figurative et la tentation « Rothko », si j'ose dire).
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Les sentiments nous mènent une vie d'enfer
dimanche 27 décembre 2015
Mensonge d'hiver
- Je n'aurais pas dû revenir, tu m'as encore menti !
- Disons que je n'ai pas dit ta vérité.
- Ma vérité ?
- Oui ta vérité, ou, si tu préfères, le mensonge que tu voulais entendre.
- Mais je n'aime pas le mensonge, je n'en dis jamais !
- Jamais, vraiment ?
- Rarement.
- Rarement est le mot que la prudence conseille d'user à la place de fréquemment. En vérité, ta vérité est un mensonge différé.
- Si je mens quelquefois, tu mens tout le temps.
- Tu reconnais donc que tu mens.
- Je ne reconnais rien, et si tu prétends le contraire, je dirai que tu est un menteur.
- Ai-je dit le contraire ?
- Le contraire de quoi ?
- Ai-je dit que je n'étais pas un menteur ?
- En effet, tu l'avoues à qui veut l'entendre.
- Tu vois bien !
- Je vois quoi ?
- Que je ne suis pas si menteur, puisque je dis volontiers que j'en suis un, et que tout le monde me croit.
- Les gens croient ce qu'on leur dit.
- Ils ont raison, surtout quand c'est la vérité.
- La vérité d'un menteur est encore un mensonge. D'ailleurs, les gens ne te croient pas.
- Mais tu affirmais à l'instant que je disais vrai, et que je ne mentais pas quand j'informais les autres que j'étais un menteur.
- C'est une manœuvre : tu avoues un peu pour mentir beaucoup.
- Si l'on ne me croit pas lorsque je dis la vérité, pourquoi devrais-je cesser de dire des mensonges ?
- En voilà assez ! Puisque c'est ainsi, je m'en vais !
- Quand reviendras-tu ?
- Jamais !
- Menteuse !
- Disons que je n'ai pas dit ta vérité.
- Ma vérité ?
- Oui ta vérité, ou, si tu préfères, le mensonge que tu voulais entendre.
- Mais je n'aime pas le mensonge, je n'en dis jamais !
- Jamais, vraiment ?
- Rarement.
- Rarement est le mot que la prudence conseille d'user à la place de fréquemment. En vérité, ta vérité est un mensonge différé.
- Si je mens quelquefois, tu mens tout le temps.
- Tu reconnais donc que tu mens.
- Je ne reconnais rien, et si tu prétends le contraire, je dirai que tu est un menteur.
- Ai-je dit le contraire ?
- Le contraire de quoi ?
- Ai-je dit que je n'étais pas un menteur ?
- En effet, tu l'avoues à qui veut l'entendre.
- Tu vois bien !
- Je vois quoi ?
- Que je ne suis pas si menteur, puisque je dis volontiers que j'en suis un, et que tout le monde me croit.
- Les gens croient ce qu'on leur dit.
- Ils ont raison, surtout quand c'est la vérité.
- La vérité d'un menteur est encore un mensonge. D'ailleurs, les gens ne te croient pas.
- Mais tu affirmais à l'instant que je disais vrai, et que je ne mentais pas quand j'informais les autres que j'étais un menteur.
- C'est une manœuvre : tu avoues un peu pour mentir beaucoup.
- Si l'on ne me croit pas lorsque je dis la vérité, pourquoi devrais-je cesser de dire des mensonges ?
- En voilà assez ! Puisque c'est ainsi, je m'en vais !
- Quand reviendras-tu ?
- Jamais !
- Menteuse !
Avant cela, il y avait eu un Mensonge d'automne
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Les sentiments nous mènent une vie d'enfer
jeudi 15 octobre 2015
Mensonge d'automne
- (Alain) Je ne veux pas vieillir.
- (Dubourg) Tu regrettes ta jeunesse comme si tu l'avais bien remplie.
- (Alain) C'était une promesse et aussi un mensonge. C'était moi, le menteur.
Pierre Drieu la Rochelle, Le Feu follet
- Toi non plus, tu ne veux pas vieillir.
- Je ne voulais pas, mais trop tard !
- Il n'est jamais trop tard pour vieillir, et puis tu as encore de beaux jours devant toi.
- Seulement lorsque tu te mets devant moi.
- À ce propos, je m'en vais.
- Tu es déjà partie et…
- … revenue, je sais. mais cette fois-ci, je ne reviendrai pas.
- Tu ressembles à une fille heureuse qui porte des lunettes noires.
- Je ne suis pas heureuse, mais je porte des lunettes noires. Je ne suis pas heureuse de te quitter, mais demain, je serai soulagée. Hier, je portais des lunettes noires pour mettre un écran entre ton mensonge et moi. Demain, derrière mes lunettes noires, je chercherai un autre mensonge.
- Tu m'a dit un jour que je mentais mieux que les autres.
- Je t'ai menti.
- Alors, c'est fini ?
- C'est fini ! Tu as fini de m'enchanter.
- Alors, finissons en chanson. C'est l'histoire d'un type, qui entend le murmure du vent et voit les étoiles tomber telles des larmes : « Ta chérie ne seras plus jamais à tes côtés. C'est fini ! ».
- Bon, je pars ! Soigne ton chagrin, il guérira vite. Et tu m'oublieras.
- Il est encore un peu tôt pour le savoir…
Sur Roy Orbinson, on lira Le roi Roy, Le roi Roy 2
- (Dubourg) Tu regrettes ta jeunesse comme si tu l'avais bien remplie.
- (Alain) C'était une promesse et aussi un mensonge. C'était moi, le menteur.
Pierre Drieu la Rochelle, Le Feu follet
- Toi non plus, tu ne veux pas vieillir.
- Je ne voulais pas, mais trop tard !
- Il n'est jamais trop tard pour vieillir, et puis tu as encore de beaux jours devant toi.
- Seulement lorsque tu te mets devant moi.
- À ce propos, je m'en vais.
- Tu es déjà partie et…
- … revenue, je sais. mais cette fois-ci, je ne reviendrai pas.
- Tu ressembles à une fille heureuse qui porte des lunettes noires.
- Je ne suis pas heureuse, mais je porte des lunettes noires. Je ne suis pas heureuse de te quitter, mais demain, je serai soulagée. Hier, je portais des lunettes noires pour mettre un écran entre ton mensonge et moi. Demain, derrière mes lunettes noires, je chercherai un autre mensonge.
- Tu m'a dit un jour que je mentais mieux que les autres.
- Je t'ai menti.
- Alors, c'est fini ?
- C'est fini ! Tu as fini de m'enchanter.
- Alors, finissons en chanson. C'est l'histoire d'un type, qui entend le murmure du vent et voit les étoiles tomber telles des larmes : « Ta chérie ne seras plus jamais à tes côtés. C'est fini ! ».
- Bon, je pars ! Soigne ton chagrin, il guérira vite. Et tu m'oublieras.
- Il est encore un peu tôt pour le savoir…
Sur Roy Orbinson, on lira Le roi Roy, Le roi Roy 2
Sur une rupture fameuse, on lira La nuit 4 et toutes les nuits de la rubrique A man and his music
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Les sentiments nous mènent une vie d'enfer
jeudi 16 avril 2015
Miss Pandora et Hong Long, l'ami venu de loin
Miss Pandora !
Par Pandore, comme par Ève, nous sont venues bien des métamorphoses. Elles furent plaisantes souvent, nécessaires toujours, intrigantes quelquefois, irritantes aussi. De leur coffre, une jarre pour la première, la bouche pour la seconde, s'il s'ouvre, surgissent les tourments. Pandore, que les dieux pourvurent de tous les dons, et d'abord de la beauté, par curiosité peut-être, par défi sans doute, libéra ainsi tous les malheurs. Ils accablèrent alors l'humanité, les privant jusqu'à l'espérance, qui demeura prisonnière du récipient. Par Ève, nous succombâmes à la tentation, et nous découvrîmes l'effarante beauté du monde apparent.
Avec Ève, avec Pandore, le monde commence ou recommence.
Cependant, je vous suggère une visite chez Miss Pandora, une délicieuse parisienne de cœur, d'adoption, de ferveur. j'ai récemment découvert sa « boîte ». Je l'ouvre sans me lasser.
Et j'accueille avec plaisir un nouveau venu, de très loin semble-t-il, Hong Long, du blogue Luan Vu. De Chine ? du Viêt Nam ? de Hong Kong ? de Mandchourie ? Tous ces noms me font rêver, il me plaît de les énoncer. Il est arrivé ici, par quelle magie, par quel détour, et pour quelle raison ? Je ne sais rien de tout cela, mais je lui dis qu'il est le bienvenu.
Voici, dans sa version anglaise, le film Pandora and the flying dutchman, d'Albert Lewin (1952) :
Pandora, qui jusque là ne connaissait pas les tourments de l'amour vrai, croise la route d'un hollandais très mélancolique, condamné à errer sur les mers du monde, jusqu'au jour où une femme consentira à se sacrifier pour lui, par amour… Y eut-il beauté plus foudroyante, plus évidente et plus « naturelle » que celle que suggérait Ava Gardner ?
Ci-dessous, deux captures d'écran de Pandora, the flying dutchman
Pandora, qui jusque là ne connaissait pas les tourments de l'amour vrai, croise la route d'un hollandais très mélancolique, condamné à errer sur les mers du monde, jusqu'au jour où une femme consentira à se sacrifier pour lui, par amour… Y eut-il beauté plus foudroyante, plus évidente et plus « naturelle » que celle que suggérait Ava Gardner ?
Ci-dessous, deux captures d'écran de Pandora, the flying dutchman
Elle chante How am I to know (paroles de Dorothy Parker, musique de Jack King), et elle s'accompagne au piano : hypnose !
À propos d'Ava Gardner, on lira La nuit 4 La nuit 5 La comtesse aux mains nues… La nuit 2 La nuit 6 La nuit 3 Frankie from Hollywood
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