Il sera pour toujours un bloc d'ombre parmi les vivants.
Qu'est-ce qui fonde son énigme ? Sa mélancolie, qui semble contenue par sa lèvre inférieure comme gonflée sous l'effet d'une blessure ancienne jamais guérie complètement, sa mélancolie, dont on voit bien qu'elle peut le saisir à tout moment et le soustraire au rythme des humains ? Sa solitude essentielle, qui le constitue et le métamorphose ? Ce refus entêté de nous appartenir alors qu'il paraît s'offrir ? Un vertige sombre…
Qu'est-ce-que le cinéma ? Qu'est-ce-qui agit sur nous, immédiatement, pour que nous éprouvions la certitude absolue que ce qui « se produit » sous nos yeux, ce qui « fait écran », tout cela appartient exclusivement au cinéma ?
Je l'ignore. Mais je sais, de façon certaine, que la séquence d'ouverture ci-dessous relève uniquement de l'art cinématographique :
Encore ceci : notre société se désagrège, elle paraît vouloir abolir les objets du luxe, sanctionner le désir, abolir la sensualité. Voudrait-elle sentir la main de fer de M. Mélenchon sur son échine, et se distraire du navrant spectacle que lui offrirait quotidiennement le couple Garrido-Corbière ?
J'ai connu quelques personnes totalement démunies, qui considéraient la beauté des choses, des objets et des êtres avec admiration, sans envie jalouse. Dans le film, comme dans la nouvelle de Truman Capote, Holly Colightly, la jeune femme qui descend du taxi et vient, pendant quelques instants, retrouver le luxe de Tiffany's, porte en elle le lourd bagage de son enfance.
C'est ainsi que nous allons, accablés parfois, hantés par les souvenirs, rongés par le chagrin. Et nous consentons à nous laisser distraire par les rares formes de la beauté, que nous avons élues.
Par Pandore, comme par Ève, nous sont venues bien des métamorphoses. Elles furent plaisantes souvent, nécessaires toujours, intrigantes quelquefois, irritantes aussi. De leur coffre, une jarre pour la première, la bouche pour la seconde, s'il s'ouvre, surgissent les tourments. Pandore, que les dieux pourvurent de tous les dons, et d'abord de la beauté, par curiosité peut-être, par défi sans doute, libéra ainsi tous les malheurs. Ils accablèrent alors l'humanité, les privant jusqu'à l'espérance, qui demeura prisonnière du récipient. Par Ève, nous succombâmes à la tentation, et nous découvrîmes l'effarante beauté du monde apparent.
Avec Ève, avec Pandore, le monde commence ou recommence.
Cependant, je vous suggère une visite chez Miss Pandora, une délicieuse parisienne de cœur, d'adoption, de ferveur. j'ai récemment découvert sa « boîte ». Je l'ouvre sans me lasser.
Et j'accueille avec plaisir un nouveau venu, de très loin semble-t-il, Hong Long, du blogue Luan Vu. De Chine ? du Viêt Nam ? de Hong Kong ? de Mandchourie ? Tous ces noms me font rêver, il me plaît de les énoncer. Il est arrivé ici, par quelle magie, par quel détour, et pour quelle raison ? Je ne sais rien de tout cela, mais je lui dis qu'il est le bienvenu.
Voici, dans sa version anglaise, le film Pandora and the flying dutchman, d'Albert Lewin (1952) :
Pandora, qui jusque là ne connaissait pas les tourments de l'amour vrai, croise la route d'un hollandais très mélancolique, condamné à errer sur les mers du monde, jusqu'au jour où une femme consentira à se sacrifier pour lui, par amour… Y eut-il beauté plus foudroyante, plus évidente et plus « naturelle » que celle que suggérait Ava Gardner ?
Ci-dessous, deux captures d'écran de Pandora, the flying dutchman
Elle chante How am I to know (paroles de Dorothy Parker, musique de Jack King), et elle s'accompagne au piano : hypnose !
Georges Lautner est mort. Il était très lié à sa mère, connue à la scène sous le nom de Renée Saint-Cyr. Comme leurs deux domiciles n’étaient pas éloignés l’un de l’autre, on pouvait aisément rendre visite au premier et saluer celle-ci. J’ai rarement vu autant de plaisir et de désir de séduire chez une femme, à un âge avancé. Elle était remarquablement belle et d’une élégance parfaite. Elle vous recevait en vous donnant le sentiment que vous étiez intéressant, alors que, fort heureusement, vous n’aviez presque rien dit : elle possédait le don de faire de sa vie un récit piquant, charmant, déluré, plein d’observations justes. C'était une artiste « à l'ancienne », et de son temps. Georges Lautner se garda bien de confier publiquement tout le mépris amusé que lui inspiraient les éloges tardifs. Il avait une excellente mémoire et un esprit très caustique, mais le succès de ses films, la reconnaissance universelle de son style (1), son amour de la vie le mirent à l’abri de tout ressentiment. Il citait, en riant, des extraits de critiques, parues dans la presse… Se souvient-on, par exemple, que Jean-Louis Bory a écrit, à propos de Michel Audiard, co-auteur des dialogues des « Tontons flingeurs » : « J’ai marché dans de l’Audiard du pied gauche, et cela ne m’a pas porté bonheur ! ». Pauvre Bory ! Enfin, il fut aussi un bon découvreur de talents. Je ne saurais omettre de nommer Mireille Darc, véritable inspiratrice de Michel Audiard et de Georges Lautner, qui s'est parfaitement intégrée à leur univers de « mecs ». Ces trois-là étaient unis par des liens d'amitié et de joie très forts. Mise au point On voit très souvent des photographies de plateau, illustrant « Les Tontons flingueurs », dans la presse. Elles sont soit signées Gaumont, soit d’un nom inventé, ou encore de celui d'un voleur de documents. Pour Gaumont, c’est en partie vrai, puisque cette société a produit la plupart des films de Lautner. Mais pour les autres, il s’agit d’une usurpation. Toutes les photographies des « Tontons » sont de mon ami Jean-Louis Castelli, hélas décédé trop tôt, alors que nous préparions l’édition de l’ensemble de son travail de photographe de plateau On aperçoit Jean-Louis dans le rôle du photographe du mariage, dans « Les Tontons », et son cousin, Philippe Castelli, dans celui du tailleur de Ventura. (1) À propos de son style, il faudrait l’examiner sous l’angle de la loufoquerie, et des possibilités narratives fondées sur les ruptures brutales, incohérentes, et l’irruption de l’improbable, qu’offre le dessin animé américain, dit cartoon. Lautner avait un faible pour le récit noir, qui finit mal. « Le Pacha » est une réussite, qui vieillit très bien et a renouvelé le genre. La première partie de « La Route de Salina » est excellente… Ci-dessous : Lino Ventura, Francis Blanche, Robert « Bob » Dalban, Bernard Blier, Jean Lefebvre : extraite de Les Tontons flingueurs, il s'agit d'une photographie de plateau signée Jean-Louis Castelli, et non pas Rue des archives ! Il est inadmissible qu'on tolère une telle dépossession d'un travail artistique !
Toutes les filles n'aiment pas Patrick, mais toutes les filles aiment danser. C'est pourquoi, afin d'avoir une chance de les approcher, de m'enivrer de leur parfum, de me troubler de leur frôlement, je me risque à leur présenter, l'une après l'autre, mes vœux pour l'année nouvelle, et à leur suggérer de me suivre*, sur cet air, qui pourrait être une valse ou un fox trot (?) :
* Évidemment, comme le titre de la chanson l'indique, « joue contre joue »…
Rappelons que cette chanson, Cheek to cheek, écrite par Irving Berlin, est interprétée par Fred Astaire dans la comédie musicale Top hat (1935), de Mark Sandrich.
Alors, bien sûr, je ne promets pas à Albertine, Alice, Anna, Anne, Carine, Cécile, Corinne, Dsata, Émilie, Esther, Lielia, Maryse, Nadia, Suzanne, et Tanya de leur offrir des pas aussi aériens, souples, élégants que ceux de Fred Astaire, mais je jure ici de m'en inspirer, dans la mesure de mes faibles moyens.
Cannes : ouverture ce soir. Ce sera l’ennui habituel, le défilé des prétentieux, la cérémonie des faux rebelles, la bunkerisation de la culture cinématographique. Tout cela augmenté de l’insupportable humour « décalé » de Canal +. Je me souviens…
Ah, la parade singulièrement amoureuse qu'entreprend le second de l'Atalante devant la femme du patron ! Ah, l'étrange tentative d' “enveloppement”, par Michel Simon, sur la délicate personne de Dita Parlo ! Il est vilain, le second, et rude, et tatoué comme un Bat'd'Af, mais il en connaît des choses, il en a vu, des pays et des paysages ! Elle n'est pas si loin de succomber à la séduction que lui inspire la fantaisie de cet homme-ours, sa féérie d'aventures rapportée avec un accent de genevois en exode, ou en cavale… Jean Vigo embarque sur une péniche des êtres solidaires, des humains du genre français, des exceptions sentimentales. La croisière de l'Atalante s'amuse en jouant de l'électrophone sur le pont. Même séparés, le patron, dans sa cabine, et sa femme, dans sa chambre d'hôtel, se caressent et pâment, jouissent adorablement en rêvant qu'ils sont réunis. Michel Simon fait la vigie, dans un décor changeant de ponts, d'usines, de quais enfumés, embrumés. Voyez passer la péniche de l'amour fol !
«Ce qui m'ennuie c'est de ne plus être vivant, pas d'être mort !» Quelques jours après cette déclaration nécessaire et suffisante, Mario Monicelli, né en 1915, gravement malade, avant de sombrer dans une lente agonie, se jeta dans le vide, le 29 novembre dernier, depuis la fenêtre de sa chambre, à l'hôpital San Giovanni, à Rome. Il y aurait tant à dire sur cet homme prodigieux, sur le cinéma italien et l'Italie qu'il incarnait, que je me contenterai, pour aujourd'hui, d'un bref salut, plein d'admiration et de reconnaissance.
Le dieu caché
Visconti incarne un temps qui n'appartient plus qu'à quelques mémoires. Ses films, comme ceux de Fellini, d'ailleurs, n'ont même pas le traitement commercial qu'ils mériteraient : on rappellera que le dvd de "Conversation piece” (titre anglais), "Gruppo di famiglia in un interno” (titre italien), stupidement traduit par "Violence et passion”, ne bénéficie pas d'une version française, ni, bien sûr, d'un sous-titrage en français.
Il y a de cela quelques semaines, j'ai découvert les images suivantes, qui montrent la quête viscontienne du visage et de l'allure de celui qui allait prendre le rôle de Tadzio, dans le film Mort à Venise. Je me suis demandé si, aujourd'hui, il serait seulement possible à un cinéaste de procéder ainsi, et même s'il laisserait à ses collaborateurs la liberté de le filmer aussi librement.
Avant de mettre fin à la charmante aventure que fut Tous les garçons s'appellent Patrick, je voudrais vous entretenir de Mario Praz, qui fut sans doute le conseiller et le modèle de Visconti relativement à la décoration de ses principaux films. Mario Praz est un personnage mystérieux, qui envoûta l'Italie. On disait qu'il avait commerce avec le Diable…
Le dieu caché L'élève Dargelos intervient au début et à la fin, par lui s'accomplissent les choses du destin. Sa boule de neige piégée atteint Paul à la poitrine, et le fait basculer dans la maladie ; le poison qu'il lui fait remettre le tue. Dargelos, le héros de Paul, Dargelos l'indompté, celui par qui le scandale arrive. Il a lancé du poivre au visage du proviseur. Renvoyé sans avoir présenté la moindre excuse, il a disparu. Sa photographie rejoint le «trésor» de Paul et de sa sœur, Elisabeth, un meuble où ils resserrent ce qu'ils ont de plus précieux. Par ce gri-gri, l'esprit malin agira à distance, et par son effet invisible s'accomplira la tragédie. Un frère, une sœur, si semblables, si ressemblants que le visage de l'un se substitue à celui de l'autre sans qu'il y paraisse. Entre Elisabeth et Paul, les autres ne servent qu'à retarder puis à magnifier l'issue fatale : elle le couve, le dévore des yeux, elle ne le supporte pas, elle le rudoie, elle ne voit que lui, elle le vénère. Elle tisse une toile invisible, afin de le contenir, de l'emprisonner, de le garder pour son seul usage fraternelle, sentimentale, amoureux. Beau, nerveux, emporté, ardent, dépendant, il lui paraît être l'amant idéal, son double inversé, la seconde face de sa part maudite et sacrée. Il est le même dans l'autre «genre». Quelques compagnons, des ombres manipulées, apportent leur aide à la résolution du drame. Michaël, richissime époux d'un jour (mais pas d'une nuit de noce) d'Elisabeth a le bon goût de se tuer au volant de son automobile, leur laissant une fortune considérable. Gérard, secrètement amoureux d'Elisabeth, se résigne à épouser Agathe, qui n'aime que Paul et que Paul adore. Elisabeth veille sur ce désordre amoureux et en corrige le cours, afin de conserver son frère. Il en mourra, elle se tuera. Le dieu de la chambre, dissimulé dans l'ombre malveillante, n'aura pas permis qu'une fin heureuse contrarie son cruel caprice. Le fol amour est interdit aux êtres humains ; certains, cependant, en perçoivent l'étrangeté mais en mesurent inconsciemment la dangereuse exception. Ces deux enfants de la terreur ne sont pas exactement nos contemporains, ils sont nos fantômes ; enfin, les miens… Jean Cocteau fut le dernier enchanteur de la société française. Ce qu'il nous dit dans ses films, nous en avons perdu le sens, si nous en percevons encore la rumeur, toujours plus éloignée. Nous sommes désenchantés.
On dit que ce film, de Jean-Pierre Melville, a vieilli, que la voix de Cocteau en récitant est sentencieuse, démodée… Ce n'est pas mon opinion. Un bref hommage à Nicole Stéphane, qui incarne Elisabeth dans Les enfants terribles. Elle joua un rôle considérable et discret dans le cinéma français. On connaît la comédienne surtout pour son inteprétation impeccable de la nièce du français mutique devant l’intrus allemand, dans le film Le silence de la mer, dirigé par son ami Jean-Pierre Melville. Mais jouer l’intéressait beaucoup moins que produire, réunir des talents, des affinités. Elle avait beau être née de Rotschild, elle n’en éprouva pas moins des difficultés pour réunir des fonds nécessaires à ses projets. Tous ceux qui l’ont approchée étaient bien sûr saisis par sa beauté (à la fois personnage de conte très ancien et «jeune fille moderne»), mais également par sa précision, sa détermination. Longtemps, elle travailla à l’adaptation d’À la recherche du temps perdu, de Marcel Proust, qu’elle souhaitait faire diriger par Luchino Visconti. L’affaire traîna en longueur, puis Visconti tomba malade. Née en 1923, Nicole Stéphane est décédée en 2007.
Les enfants terribles (1950) Réalisation, Jean-Pierre Melville, scénario de Jean Cocteau d’après son roman Acteurs : Nicole Stéphane, Edouard Dermithe, René Cosima, Jacques Bernard, Melvyn Martin, Roger Guillard Musique : Concerto en la mineur pour orchestre à cordes de Vivaldi, Concerto pour pianos en la mineur de Jean-Sébastien Bach Les femmes sont habillées par Dior, et la séquence d'initiation d'Elisabeth par Agathe au métier de mannequin-cabine se passe chez ce grand créateur. Directeur de la photo : Henri Decae
Escalier de secours Il faudra se souvenir que Paris fit mieux qu'accueillir les musiciens noirs américains, dans les années cinquante. Il s'agira de s'en souvenir plus tard, quand tout ira mal. Et l'on se rappellera qu'un metteur en scène, issu de la grande bourgeoisie française, suggéra à Miles Davis d'écrire une musique pour un film. Ce dernier s'enferma dans une salle de projection. Il eut également une histoire d'amour avec une brune piquante nommée Juliette Gréco. La nouvelle vague, le jazz, la déambulation d'une femme amoureuse dans les rues de Paris, désemparée, la poisse du petit matin, les contorsions d'un assassin coincé dans un ascenseur… Il n'y a pas d'amour heureux, mais c'est leur amour !
Ascenseur pour l'échafaud, film de Louis Malle, avec Jeanne Moreau, Elga Andersen, Yori Bertin, Maurice Ronet, Lino Ventura, Georges Poujouly, Scénario de Roger Nimier et Louis Malle Musique de Miles Davis (9,99 € chez Pixmania !)
La valse mélancolique de Straus Cet extrait d'un film admirable du grand Max Ophuls : La ronde. Ce sont les premières images ; l'élégant personnage, qui joue le narrateur, se nomme Anton Walbrook. Dans l'éternel mouvement tournant de l'amour, paraîtront tour à tour Danielle Darrieux, Simone Signoret, Simone Simon, Odette Joyeux, Isa Miranda, Serge Reggiani, Daniel Gélin, Fernand Gravey, Jean-Louis Barrault, Gérard Philipe, et encore Paulette Frantz, Jean Clarieux, Marcel Mérovée, Robert Vattier, Charles Vissière. Les producteurs se nomment Sacha Gordine et Ralph Baum, homme précieux pour le cinéma français (La ronde est un film français), auquel Alain Delon doit beaucoup. Et, pour faire tourner le manège, la musique lancinante, la valse lente et mélancolique d'Oscar Straus.
DVD : La Ronde, de Max Ophuls, scénario et dialogues de Jacques Natanson, d'après la pièce La Ronde (Arthur Schnitzler), noir et blanc, 1950.
Notre conversation précédente Si l'on se séparait ?m'a rappelé, par ricochet sentimental, la scène de l'un des plus beaux films de l'histoire du cinématographe, Pierrot le fou, de Jean-Luc Godard, avec Jean-Paul Belmondo et Anna Karina. Quand on veut faire son connaisseur, on dit que cette œuvre appartient au genre «road movie», parce que les deux personnages principaux passent le plus clair de leur temps sur les routes, à bord d'une automobile. Mais, il y a dans ce film tant de chansons, de mouvements et de pas de danse que l'on pourrait évoquer à son propos la comédie musicale. Et quand on aura précisé que cette comédie est également sentimentale, on aura un genre godardien, qui n'est pas sans évoquer la manière mélancolique et légère d'Alfred de Musset. Voici cet instant miraculeux : une jeune femme adorable feint le libertinage, la parade des sentiments, pour ne pas avouer qu'elle est profondément amoureuse de l'homme qui observe son tendre ballet.
Voici le texte de cette chanson, signé Cyrus Bassiak, alias Rezvani : Jamais je ne t’ai dit que je t’aimerais toujours, oh mon amour Jamais tu n’m’as promis de m’adorer toute la vie Jamais nous n’avons échangé de tels serments, me connaissant, te connaissant Jamais nous n’aurions cru être à jamais pris par l’amour, nous qui étions si inconstants Pourtant, pourtant tout doucement sans qu’entre nous rien ne soit dit, petit à petit Des sentiments se sont glissés entre nos corps qui se plaisaient à se mêler Et puis des mots d’amours sont venus sur nos lèvres nues petit à petit, Des tas de mots d’amour se sont mêlés tout doucement à nos baisers combien de mots d’amour ?
Jamais je n’aurais cru que je tu me plairais toujours, oh mon amour ! Jamais nous n’aurions pensé pouvoir vivre ensemble sans nous lasser Nous réveiller tous les matins aussi surpris de nous trouver si bien dans le même lit De ne désirer rien de plus que ce si quotidien plaisir d’être ensemble, aussi bien Pourtant, pourtant tout doucement sans qu’entre nous rien ne soit dit, petit à petit Nos sentiments nous ont liés bien malgré nous sans y penser à tout jamais Des sentiments si forts et tous les mots d’amour connus et inconnus Des sentiments si fous et si violents, des sentiments auxquels avant nous n’aurions jamais cru
Jamais ne me promets de m’adorer toute la vie N’échangeons surtout pas de tels serments me connaissant, te connaissant Gardons le sentiment que notre amour est un amour, Que notre amour Est un amour Sans lendemain
Pierrot le fou : film de Jean-Luc Godard, avec Anna Karina, Jean-Paul Belmondo, Raymond Devos, Dick Sanders, Graziella Galvani. Images : Raoul Coutard (l'homme sans lequel la Nouvelle vague n'aurait pu exister), musique : Antoine Duhamel. On trouve l'édition de ce dvd par studiocanal à un prix très intéressant dans certaines boutiques et sur internet
Si vous allez sur le site de l'INA, et si vous demandez Une aussi longue absence, de Henri Colpi, vous verrez Alida Valli inviter Georges Wilson à danser sur cette chanson, interprétée par Cora Vaucaire. La musique est de Georges Delerue, les dialogues du film sont signés Marguerite Duras, qui fut toujours remarquable dans cet exercice. Un ancien prisonnier de guerre à l'air égaré, revenu récemment, passe et repasse devant le café que tient Alida Valli (on a fait pire comme tenancière de bistro !).