Un goût de cendre dans la bouche ?
Ne vous affolez pas, le temps de la poussière viendra bientôt…
Cette spendide version enregistrée avec orchestre de la musique, lancinante, de la série allemande Babylon Berlin (voir dans le présent blog l'article Après la guerre, c'est déjà la guerre) que j'ai découverte grâce à l'ami suisse (blog pour15minutesdamour, hautement fréquentable), est un hymne sarcastique, une manière de désolation nerveuse, adorablement expressionniste, glacée cependant. Le chanteur, également comédien dans cette même série, se nomme Tim Fischer.
Il paraît qu'à la fin, tu es las de ce monde ancien (1) ? Tu suivrais volontiers M. Mélenchon pour en précipiter la chute, n'est-ce pas ? Tu goûtes fort ses diatribes cafardeuses contre ce vieux monde. Tu espères que son système de dénonciations permanentes, de revendications aigres, que son fiel postillonné, que sa face-même, toute de chair molle et crayeuse, balaieront les derniers vestiges de notre décadence. Tu crois ce qu'il dit, bien sûr, car tu es stupide, comme l'essentiel de ceux qui composent la troupe de ses électeurs.
Qu'opposer à la bile jaune de Mélenchon, qui se projette sur les faces ahuries de ses zélateurs, toujours énervés ?
La simple beauté de la décadence, peut-être.
1)« Á la fin tu es las de ce monde ancien… », ainsi commence le poème Zone, de Guillaume Apollinaire.
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Encore un peu d'envoûtement :
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jeudi 20 août 2026
vendredi 17 juillet 2026
J'ai de l'eau jusqu'à la taille…
C'est ainsi que se figent un instant, puis disparaissent momentanément, sur l'écran de notre propre énigme, les images d'une vie : les chansons idiotes et sentimentales, les promenades dans les rues de Paris, les cris suraigus d'une petite chatte rousse qui vient de nous apercevoir et ne saurait différer plus longtemps le plaisir de solliciter nos caresses, l'errance inquiète ou amusée dans une bourgade infiniment provinciale, les vitrines de sous-vêtements féminins, le souvenir d'une mère qui fixe son bas nylon en haut de sa cuisse, les librairies encerclées qui ne veulent pas se rendre, les livres dont les pages réclament encore la tendre pince de nos doigts, les sihouettes aimables qui ne feignent pas d'ignorer notre désir, les films qui semblent venir d'une autre fiction, la bêtise tendre, les quelques mots essentiels et de très faible intensité (« Ne prends pas froid », « Appelle-moi plus souvent »…), les banquettes en velours cramoisi, la buée sur les vitres en décembre, le quai d'un port noyé dans la brume où s'impatiente un paquebot, les gens qu'on aimait et qui se sont tus à jamais, la sensation de frôler des êtres invisibles, l'effroi fondamental qui nous saisit par moment, un rai de lumière dans une chambre apaisée, un jeune homme qui me ressemble et m'adresse un adieu ironique, les ombres des mortels, les cimetières modestes, les pas qu'on croit entendre dans la pièce voisine alors qu'il n'y a personne, et tout ce que mes fantômes familiers déposent dans les lieux que je fréquente habituellement ou dans lesquels je viens de pénétrer ?
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jeudi 23 octobre 2014
Les erratiques
La vérité, c'est que tout homme est égaré dans cette vie. Il partage des moments éblouissants, puis il est rendu à sa mélancolie, la mère de tous les hommes.
On entend ici une chanson du groupe Varsovie, constitué en 2005. J'aime le son rock coupant, juvénile, de ces types rares, la diction « soufflée » du chanteur (Grégory Cathérina), sa rage élégante, et les textes un peu précieux, énigmatiques aussi.
On consultera, si on le souhaite, Comme un frère
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lundi 25 juin 2012
Arnaud Le Guern fait valser DD
Chez le délicieux dolcevital Arnaud Le Guern, entre deux célébrations des jolies femmes, de la vie douce et des bons auteurs, j'ai trouvé un petit bijou, sous forme d'ironique allusion à un véritable flic des lettres, antifasciste pétaradant, nommé Didier Daeninckx. Je me permets de vous en donner un extrait, et je vous invite à lire le texte dans son entier chez Arnaud, à l'adresse BRACONNAGES from Paname.
« […] Dans les années 90, DD connut son heure de gloire de balance des lettres : il avait perçu dans les mots de quelques auteurs de talent une menace pour la démocratie. Le complot rouge-brun fit beaucoup de mal, avant de faire plouf. Ayant stoppé trop brusquement ses séances de psychothérapie, DD attaqua plus tard furieusement des auteurs tels que Serge Quadruppani, Gilles Perrault ou Gérard Delteil, les traitant pêle-mêle d’antisémite, pédophile, nazi dans le métro, colonialiste, truqueur ou négationniste. Michel Audiard, quelque part, a dû rigoler : « Les cons, ça ose tout, c’est à ça qu’on les reconnaît ». DD n’étant pas un chien, il ne fut pas piqué : des juges le condamnèrent pour diffamation et sa folie de commissaire politique aux questions littéraires en fit un grand malade à soigner, de loin. Il semblerait pourtant que DD bouge encore, dans l’ombre. Il continue à interdire tel auteur de publication, minuscule caïd protégé par une poignée de ratés de la langue française.
On comprend donc, enfin, qu’on puisse être très heureux de voir le prix Goncourt de la Nouvelle attribué au Cherche-Midi et à Didier Daeninckx. A l’heure où la publication de Drieu la Rochelle en Pléiade semble révulser certains, où Renaud Camus – qui pense mal et écrit bien – se voit interdit d’édition, il est bon de savoir qu’un écrivain fanatique de l’épuration, des procès d’intention, de la censure, de la calomnie la plus dégueulasse peut, malgré tout, être mis à l’honneur. »
Avec des encouragements tel que celui-là, on peut imaginer que DD d'Enfer finira par aller se dénoncer à la police de la nouvelle pensée pour fascisme passif !
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mardi 5 juin 2012
Fin de partie - 11 -
Il y a un an, Gunter Sachs, sachant sa mémoire menacée de disparaître entre les mâchoires d'Alzheimer, se suicidait. J'avais salué ce play boy d'un autre temps, d'un autre siècle, qui, pour déclarer son amour à Brigitte Bardot, avait envoyé des milliers de pétales de roses sur sa maison, à Saint-Tropez, depuis un hélicoptère. Il a laissé un ultime témoignage, que je trouve impressionnant : on y devine un homme observant le lent travail du déclin en lui, et anticipant la destruction de sa vaste capacité intellectuelle. Voici la lettre qu'il écrivit, avant de se tirer une balle dans la tête, dans son chalet, à Gstaad, en Suisse, où il résidait : « Ces derniers mois, je me suis aperçu, en lisant des revues médicale spécialisées, que j'étais atteint de la maladie d'A. Incurable. La mort est la seule issue. Pourtant ma capacité à raisonner logiquement n'est pas (encore) affectée. Je puis toujours penser, réfléchir. En revanche, ma mémoire se dégrade à vitesse grand V. Je suis de plus en plus souvent distrait. Et, en dépit de mon haut niveau d'éducation, ma capacité à m'exprimer dans toutes les langues que je parle couramment est très altérée, ce qui crée des décalages dans ma conversation. Cette menace sur mon intégrité intellectuelle est un critère absolu pour mettre un terme à ma vie.
Depuis toujours, j'ai affronté les plus grands défis. Celui-ci est le dernier. La perte de ma maîtrise intellectuelle me réduirait à un état inhumain, ce que je ne peux accepter. Telle est l'ultime manifestation de ma volonté. Je remercie mon épouse bien-aimée, mes compagnons, d'avoir enrichi mon existence, qui fut merveilleuse, de leur amour et de leur amitié profonde. »
Les 22 et 23 mai 2012, Sotheby's a dispersé la majeure partie de sa collection d'œuvres d'art, à Londres. L'ensemble de la vente a totalisé la somme de 51, 2 millions d'Euros.
Quelques prix : un paravent de Jean Dunand, artiste de la laque, très coté : 372 000 Euros ; un autoportrait par Andy Wahrol, « Pink Fright Wig » (1986), 3, 7 millions ; une photographie de Brigitte Bardot, par Richard Avedon, datant de 1959, 179 000, et un portrait de la même, par Andy Warhol, de 1974, 3, 7 millions (ci dessous).
Une sculpture « porno soft », nommée Table (1969), d'Allen Jones, fut acquise pour 1, 21 millions (ci-dessous).

Mais le prix le plus inattendu fut sans doute celui auquel s'envola une photographie (un montage, au vrai) de Gunter Sachs lui-même. Certes, Sachs pratiquait la photographie, et connaissait bien cet exercice, mais je pense tout de même qu'il a été étonné, là où il se trouve aujourd'hui, par l'enchère finale de son œuvre, baptisée Ascot : 255 000 Euros ! Ascot est un fameux hippodrome, situé à quelques kilomètres du château de Windsor, près de Londres. Cette jeune femme qui se multiplie, et scrute à la jumelle les jockeys et leurs montures, forme un beau contraste de blanc et de chair : elle est une tribune à elle seule !
On consultera également :
Tous les garçons s'appellent Patrick: Memorabile (en italien)
Depuis toujours, j'ai affronté les plus grands défis. Celui-ci est le dernier. La perte de ma maîtrise intellectuelle me réduirait à un état inhumain, ce que je ne peux accepter. Telle est l'ultime manifestation de ma volonté. Je remercie mon épouse bien-aimée, mes compagnons, d'avoir enrichi mon existence, qui fut merveilleuse, de leur amour et de leur amitié profonde. »
Les 22 et 23 mai 2012, Sotheby's a dispersé la majeure partie de sa collection d'œuvres d'art, à Londres. L'ensemble de la vente a totalisé la somme de 51, 2 millions d'Euros.
Quelques prix : un paravent de Jean Dunand, artiste de la laque, très coté : 372 000 Euros ; un autoportrait par Andy Wahrol, « Pink Fright Wig » (1986), 3, 7 millions ; une photographie de Brigitte Bardot, par Richard Avedon, datant de 1959, 179 000, et un portrait de la même, par Andy Warhol, de 1974, 3, 7 millions (ci dessous).
Une sculpture « porno soft », nommée Table (1969), d'Allen Jones, fut acquise pour 1, 21 millions (ci-dessous).

Mais le prix le plus inattendu fut sans doute celui auquel s'envola une photographie (un montage, au vrai) de Gunter Sachs lui-même. Certes, Sachs pratiquait la photographie, et connaissait bien cet exercice, mais je pense tout de même qu'il a été étonné, là où il se trouve aujourd'hui, par l'enchère finale de son œuvre, baptisée Ascot : 255 000 Euros ! Ascot est un fameux hippodrome, situé à quelques kilomètres du château de Windsor, près de Londres. Cette jeune femme qui se multiplie, et scrute à la jumelle les jockeys et leurs montures, forme un beau contraste de blanc et de chair : elle est une tribune à elle seule !
On consultera également :
Tous les garçons s'appellent Patrick: Memorabile (en italien)
dimanche 19 février 2012
Fin de partie 10 - Avec mélancolie

Cet homme a l'air accablé, las ; une grande fatigue alourdit sa marche, laisse des empreintes creuses ou gonflées sur son visage. On serait surpris de sa réponse si on lui demandait son âge : « 48 ans » . Il paraît plus. Il fuit. Il est allemand, de culture, de langue, de « civilisation ». Il aime également beaucoup la France et, en France, Paris. Il est juif, aussi, ce qui, à l'époque, est une « origine » plus qu'inconfortable. Mais de quelle époque s'agit-il ? Disons, pour aller à l'essentiel, que Walter Benjamin se suicide le 26 septembre 1940.
Walter est un intellectuel paradoxal, un cérébral sensible, un philosophe sérieux qui fait de la radio à l'adresse des enfants, un marxiste peut-être désenchanté, un piéton poétique qui cherche le sens et les signes du monde.Il est allemand, donc, mais encore européen : sa vie prend tout son sens dans la vieille Europe. Alors, comment pourrait-il se déraciner sans se perdre ? Il s'y essaie pourtant, chassé par les Nazis de son sol, de ses lignes réelles et rêvées. Et c'est ainsi qu'il arrive à Port-Bou, charmante bourgade catalane, proche de la frontière française qu'en compagnie de quelques autres réprouvés il a franchie, le 25 septembre, la veille. En Espagne, il est en sécurité ; peut-être en doute-t-il, mais c'est ainsi : Franco, à ma connaissance, n'a pas livré les réfugiés aux autorités allemandes.
Sur les causes de sa mort, on a parlé d'assassinat : les uns par les fascistes, les autres par des agents de Staline. Quant à moi, qui n'ai aucune légitimité, je crois bien qu'une violente crise de mélancolie lui fit éprouver l'absurdité cruelle de sa situation. Alors, il absorba une forte dose de morphine.
Sur sa tombe, à Port-Bou, on a gravé ces mots, extraits de l'ensemble de ses textes réunis sous le titre « Thèses sur la philosophie de l'Histoire » : " Il n'y a aucun témoignage de la culture qui ne soit également un témoignage de la barbarie ".
C'est bien trouvé, mais cela complique encore les choses…
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samedi 18 février 2012
Fin de partie 9 - Avec entrain
Cette blonde au bras tatoué et bandé (me semble-t-il) se nomme Nina Persson. Elle est suédoise, comme sont suédois les membres de son groupe, The Cardigans. En 1998, leur album ´Gran Turismo´, connaît un beau succès, en particulier grâce à cette chanson, ´My favourite game´, et à ce clip, qui met en valeur la beauté étrangement rude et sophistiquée de cette « viking girl hero ».
Il y a certes de la convention dans ces images, mais l'idée de lancer sur la route, au volant d'une superbe voiture, une jolie fille froidement déterminée, et non pas un rocker abruti, est intéressante. Le réalisateur de cette brève histoire très sombre s'appelle Jonas Akerlund, qui se spécialisa dans ce genre de production avant de mettre en scène des histoires hollywoodiennes, aussi navrantes que ´Les cavaliers de l'Apocalypse´.
Cette version du clip fut censurée par MTV : on n'y voyait pas le choc frontal entre les deux véhicules, ni le corps de la blonde projeté dans l'air brûlant du désert, puis gisant sur le bitume..
"My Favourite Game"
I don't know what you're looking for
you haven't found it baby, that's for sure
You rip me up and spread me all around
in the dust of the deed of time
And this is not a case of lust, you see
it's not a matter of you versus of me
It's fine the way you want me on your own
but in the end it's always me alone
And I'm losing my favourite game
you're losing your mind again
I'm losing my baby
losing my favourite game
I only know what I've been working for
another you so I could love you more
I really thought that I could take you there
but my experiment is not getting us anywhere
I had a vision I could turn you right
a stupid mission and a lethal fight
I should have seen it when my hope was new
my heart is black and my body is blue
And I'm losing my favourite game
you're losing your mind again
I'm losing my favourite game
I've tried but you're still the same
I'm losing my baby
you're losing a saviour and a saint
Il y a certes de la convention dans ces images, mais l'idée de lancer sur la route, au volant d'une superbe voiture, une jolie fille froidement déterminée, et non pas un rocker abruti, est intéressante. Le réalisateur de cette brève histoire très sombre s'appelle Jonas Akerlund, qui se spécialisa dans ce genre de production avant de mettre en scène des histoires hollywoodiennes, aussi navrantes que ´Les cavaliers de l'Apocalypse´.
Cette version du clip fut censurée par MTV : on n'y voyait pas le choc frontal entre les deux véhicules, ni le corps de la blonde projeté dans l'air brûlant du désert, puis gisant sur le bitume..
"My Favourite Game"
I don't know what you're looking for
you haven't found it baby, that's for sure
You rip me up and spread me all around
in the dust of the deed of time
And this is not a case of lust, you see
it's not a matter of you versus of me
It's fine the way you want me on your own
but in the end it's always me alone
And I'm losing my favourite game
you're losing your mind again
I'm losing my baby
losing my favourite game
I only know what I've been working for
another you so I could love you more
I really thought that I could take you there
but my experiment is not getting us anywhere
I had a vision I could turn you right
a stupid mission and a lethal fight
I should have seen it when my hope was new
my heart is black and my body is blue
And I'm losing my favourite game
you're losing your mind again
I'm losing my favourite game
I've tried but you're still the same
I'm losing my baby
you're losing a saviour and a saint
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mardi 7 février 2012
Fin de partie 8- Avec frénésie

Emma Bovary, née Rouault, aura tout tenté pour trouver l’argent de ses dettes. Aucun de ceux qu’elle a sollicités - jusqu’à Rodolphe, son amant, qui est en grande partie à l’origine de ses folles dépenses -, ne lui aura ouvert sa bourse. Elle se retrouve seule face au scandale prochain de la révélation de ses frasques et de son endettement. Elle n’imagine alors que le suicide comme parade à la situation. Elle se précipite chez le pharmacien, M. Homais, étriqué voltairien, rationaliste épais, chez qui elle dérobe et absorbe une dose massive de cyanure. Revenue dans ses foyers, elle se couche et annonce sa mort imminente au pauvre Charles, que l’effroi empêche d’agir. L’agonie d’Emma n’en finit pas, permettant ainsi l’alternance de l’espoir et de l’accablement chez Charles. C’est alors qu’on entend la voix d’un aveugle errant, connu dans la région, poussant le couplet pour ramasser quelques sous. Emma, encore lucide, comprend les paroles de la chanson de l’aveugle comme l’énoncé de sa misérable destinée. Elle y décèle la vanité de ses amours passées avec Rodolphe, la confusion du sentiment amoureux avec un échange de fluide, un frottement d’épidermes, une pulsion plus avide que comblée. Elle se rêvait en amoureuse romanesque, elle meurt sur l’air entêtant d’un refrain polisson de cabaret. La scène atteint au fantastique.
» […] Tout à coup, on entendit sur le trottoir un bruit de gros sabots, avec le frôlement d’un bâton ; et une voix s’éleva, une voix rauque, qui chantait :
Souvent la chaleur d’un beau jour
Fait rêver fillette à l’amour.
Emma se releva comme un cadavre que l’on galvanise, les cheveux dénoués, la prunelle fixe, béante.
Pour amasser diligemment
Les épis que la faux moissonne,
Ma Nanette va s’inclinant
Vers le sillon qui nous les donne.
— L’Aveugle s’écria-t-elle.
Et Emma se mit à rire, d’un rire atroce, frénétique, désespéré, croyant voir la face hideuse du misérable, qui se dressait dans les ténèbres éternelles comme un épouvantement.
Il souffla bien fort ce jour-là
Et le jupon court s’envola !
Une convulsion la rabattit sur le matelas. Tous s’approchèrent. Elle n’existait plus. »
(Gustave Flaubert, Madame Bovary)
Tableau : Madame de Loynes (1862), par Amaury-Duval, Musée d'Orsay
dimanche 5 février 2012
Fin de partie 7 - Avec talent

(Pierre nous a fait parvenir ce commentaire. Je le place aussitôt, sans son accord – mais j'espère qu'il me le pardonnera – dans la série Fin de partie. Je trouve une grande saveur à ces lignes : elles sont d'un homme qui ne se « ratera » pas !)
« A l'instar du cyclisme et de l'amour qui sont des sports individuels pouvant se pratiquer en équipe, le suicide est une activité solitaire mais à laquelle on peut jouer également à plusieurs.
Souvenons-nous des gais-lurons de la bande à Jim Jones et des rigolos du temple solaire qui ont transformé le suicide en une activité de plein air et cela avec des résultats très compétitifs.
Mais le suicide n'est pas un transport en commun bien qu'on puisse réserver sa place à l'avance. C'est un tête à tête avec soi-même. Un bilan, un point final et une révérence.
Donc, le suicide comme les réussites, se pratique seul dans son coin. Si il nous arrive de rater nos réussites, en revanche, un suicide bien mené ne rate que très rarement.
C'est qu'en général, le candidat au suicide est un type décidé qui ne laisse que peu de chose au hasard. On ne se suicide pas sur un coup de tête par exemple, c'est extrêmement douloureux.
Les suicides les plus beaux sont le plus souvent dus à un chagrin d'amour, à une âme mélancolique, à une blessure secrète ou encore une sensibilité si forte qu'elle ne laisse voir au suicidé que le côté absurde de sa vie. Un exemple de mauvais suicide est celui d'un banquier qui sauterait par la fenêtre de son buldingue après une faillite. Un autre exemple de suicide raté est celui d'Adolf Hitler. Aldolf Hitler n'avait pas une âme mélancolique et il ne voyait pas le côte absurde de sa vie. Il aurait mieux fait de se suicider en 1920 par exemple, après une critique de ses tableaux.
Les candidats au suicide sont des gens comme vous et moi mais ils n'ont plus le coeur à rire. Ce qui n'exclut pas pour autant les rieurs comme étant des candidats possibles au suicide.
Bernard Loiseau aimait bien rigoler et ses plats étaient un hymne à la vie, au partage et aux copains. Mais il avait en lui une blessure secrète, un poids si lourd qu'il ne pouvait pas partager et qui rendait sa cuisine si légère, car le suicide comme le rire est le propre de l'homme.
Le suicidé laisse en général une lettre qui explique son acte. Ces lettres sont presque toujours très belles, poignantes, empreinte d'une douleur si vive qu'elles nous font oublier notre propre peine et rendent aux suicidés ce qui n'appartient qu'à eux: leurs vies. Les banquiers qui se défenestrent ne laissent pas de lettres poignantes mais un arrêté-comptable. Adolf Hitler n'a pas laissé non plus de lettre poignante mais un grand désordre dans son salon.
La religion catholique interdit aux suicidés l'accès du paradis et c'est bien dommage, car si quelqu'un mérite un bon fauteuil au paradis, c'est bien le suicidé car il en a bavé des ronds de chapeaux. Le suicidé n'est pas un lâche, c'est même le contraire. Sauf le banquier qui se défenestre et le petit moustachu. »
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Fin de partie 6 - Avec fureur

"Les enfants sont merveilleux. Sans aide, ils s’aident eux-mêmes, dans ces conditions plus que primitives. Dormir par terre, pouvoir ou non se laver, avoir ou non à manger ne suscite pas une plainte ou une larme. Les explosions secouent le bunker. Les plus grands protègent les plus petits et leur présence ici est une bénédiction, ne serait-ce que du fait qu’ils provoquent, de temps en temps, un sourire chez le Führer. Hier soir, le Führer a enlevé son insigne d’or du parti et l’a épinglé sur moi. Je suis fière et heureuse. Puisse Dieu m’accorder la force d’accomplir l’acte final, le plus dur. Nous n’avons plus d’autre but que la loyauté envers le Führer jusqu’à la mort et le fait que nous puissions finir nos vies avec lui est une bénédiction du destin que nous n’aurions jamais osé espérer.".
Par cette dernière lettre à son fils Harald, né d'un premier mariage avec le riche industriel Günther Quandt, Magda Gobbels annonce clairement ses intentions. Le 30 avril 1945, son dieu à moustache abat sa fraîche épousée avant de s'expédier lui-même ad patres. Le 1er mai, Magda glisse une ampoule de cyanure dans la bouche de chacun de ses enfants, puis les aide à la briser. Elle se rêvait mère de famille nombreuse, elle finit tueuse en série ! Alors, avec son mari, elle gravit l'escalier du bunker qui mène à la sortie. Un soldat les accompagne (ou les a précédés). Le couple fait quelques pas au-dehors, s'arrête ; le soldat exécute l'ordre de les « suicider ». Une autre version possible : Joseph tue Magda, puis retourne l'arme contre lui. Enfin, une dernière possibilité : Magda tire sur Joseph en criant « Bon débarras ! », puis se suicide. Bref, ils sont morts !
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jeudi 2 février 2012
Fin de partie 5 – Avec détermination

« Mon chéri,
Je suis en train de sombrer dans la folie à nouveau, j'en suis sûre : je sais que nous n'arriverons pas à bout de ces horribles crises. Et cette fois je ne guérirai pas. Je recommençe à entendre des voix, et n'arrive pas à concentrer mes pensées.
Aussi vais-je faire ce qui semble la meilleure chose à faire. Tu m'as rendue parfaitement heureuse. Tu as été pour moi ce que personne d'autre n'aurait pu être. Je ne crois pas que deux êtres eussent pu connaître si grand bonheur, jusqu'à ce que je souffre de cette affreuse maladie. Je ne peux plus lutter d'avantage, je sais que je gâche ta vie, que sans moi tu pourrais travailler. Et je sais que tu le feras. Tu vois, je n'arrive même pas à écrire correctement. Je n'arrive pas à lire. Ce que je veux dire, c'est que je te dois tout le bonheur de ma vie. tu t'es montré d'une entière patience avec moi et indiciblement bon. Tout le monde le sait. Si quelqu'un avait pu me sauver, c'eût été toi. Tout m'a quitté excepté la certitude de ta bonté. Je ne veux pas continuer à gâcher plus longtemps ta vie. Je ne crois pas que deux personnes auraient pu être plus heureuses que nous l'avons été... »
(Dernière lettre de Virginia Woolf à son mari)
Le 28 mars 1941, elle emplit ses poches de pierres, puis elle entre dans l'eau de la rivière Ouse, qui coule près de sa maison, à Rodmell. Et elle se noie.
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Fin de partie 4 – Avec plaisir

[…]
L'intrépide Cébès penché sur notre ami,
Rappelant dans ses yeux l'âme qui s'évapore,
Jusqu'au bord du trépas l'interrogeait encore :
«Dors-tu ? lui disait-il ; la mort, est-ce un sommeil ?»
Il recueillit sa force, et dit : «C'est un réveil !
- Ton oeil est-il voilé par des ombres funèbres ?
- Non ! je vois un jour pur poindre dans les ténèbres.
- N'entends-tu pas des cris, des gémissements ?
- Non ! J'entends des astres d'or qui murmurent un nom !
- Que sens-tu ? - Ce que sent la jeune chrysalide
Quand, livrant à la terre une dépouille aride,
Aux rayons de l'aurore ouvrant ses faibles yeux,
Le souffle du matin la roule dans les cieux.
- Ne nous trompais-tu pas ? réponds : l'âme était-elle... ?
- Croyez-en ce sourire, elle était immortelle !...
- De ce monde imparfait qu'attends-tu pour sortir ?
- J'attends, comme la nef, un souffle pour partir.
- D'où viendra-t-il ? - Du ciel. - Encore une parole...
- Non ; laisse en paix mon âme, afin qu'elle s'envole !»
[…]
Alphonse de Lamartine, La mort de Socrate
En 399 avant Jésus-Christ, Socrate, accusé de corruption de la jeunesse et de négligence envers les dieux d’Athènes au profit de nouvelles divinités, se résout à boire un bol de ciguë. Son suicide s’accomplit au milieu de ses fidèles, qui le pleurent.
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mercredi 1 février 2012
Fin de partie 3 – Avec soulagement

« […] cette gueule de jouisseur qui sent que la jouissance va devenir de plus en plus aléatoire. […] Montherle il pense que son corps se détraque… que la bête est usée […] qu’on lui vole son corps et son plaisir… et que c’est un scandale ! […] cette colère grondante… cette totale insoumission… comme […] les adolescents […] mais faudra pas monter sur le lit, sur la table, sur la chaise et crier : Je meurs de la France ! … non, Henry […] toi tu meurs authentique… tu meurs de ne plus pouvoir vivre… ça a l’air con […] Dépend quelle passion on a pour la vie… »
(extrait de Hosto Blues, de Victoria Thérame.). Infirmière, Victoria avait soigné Henry de Montherlant, arrivé dans son service, après une bagarre, dans la rue, en mars 1968. Elle en fait un portrait saisissant, très éloigné du personnage compassé et du père noble qu’on se plaît encore à peindre faussement. On notera également que les petits précieux et les nouveaux censeurs « corrects » de la Comédie française ont décidé de ne plus jouer Montherlant.
Quatre ans après cet événement, la santé physique de l’écrivain s’est encore dégradée. Il n’y voit presque plus. Et puis, il a des pertes de mémoire, des hésitations de vocabulaire. Il arrête la date du 21 septembre 1972, à 16 h, pour se tuer, ce qu’il accomplit, avec la précision d’un homme s’appliquant à lui-même la ponctualité qu’il demandait aux autres. Il se tire une balle dans la gorge, sans doute en direction du cervelet. Cependant, son agonie durera plusieurs minutes.
« Mon cher Claude,
Je deviens aveugle.
Je me tue.
Merci de tout ce que tu as fait pour moi.
Ta mère et toi sont mes héritiers uniques.
Affectueusement.
Montherlant. »
(Cette lettre, adressée à Jean-Claude Barat, se trouvait sur une table, près de lui. )
Source : La dernière journée de Montherlant, par Christian Lançon
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Fin de partie 2 – Avec amitié

« Je me tue […] parce que vous ne m’avez pas aimé, parce que je ne vous ai pas aimés. Je me tue parce que nos rapports furent lâches, pour serrer nos rapports. Je laisserai sur vous une tache indélébile. Je sais bien qu’on vit mieux mort que vivant dans la mémoire de ses amis. Vous ne pensiez pas à moi, eh bien, vous ne m’oublierez jamais. »
Pierre Drieu-la-Rochelle, Le Feu-Follet
Nombre d'écrivains, de moralisateurs et d'épurateurs des lettres auraient bien aimé lui faire la peau. Il ne leur a pas donné ce plaisir. Désespéré de tout, et de lui-même surtout, ne trouvant plus, parmi sa garde-robe, de quoi renouveler sa « panoplie littéraire », il a ouvert le gaz, le 15 mars 1945.
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mardi 31 janvier 2012
Fin de partie 1 – Avec aisance

« Je m’en vais parce que je m’ennuie. Je sens que j’ai vécu suffisamment longtemps. Je vous abandonne à vos soucis dans cette charmante fosse d’aisances – bon courage ! ».
Tels furent les derniers mots qu’écrivit Georges Sanders, à l’adresse de ses contemporains, sur une feuille de papier. Il absorba le contenu de cinq tubes de nembutal, avec force vodka, puis s’allongea sur le lit d’un hôtel très commun, situé près de Barcelone. Comme il l’avait prévu, et espéré, il ne se réveilla pas.
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Les mots pour le dire
mardi 22 février 2011
Le cercle s'agrandit
Nous saluons l'arrivée, parmi nous, de Anna Valenn, qui démontre une généreuse et sensuelle fantaisie, et de Sébastien Paul Lucien, dont le blogue, très raffiné, témoigne d'une vraie sensibilité (superbes photographies). Tous les garçons leur offre, ainsi qu'à vous tous, ces deux “moments musicaux” quelque peu mélancoliques…
Io no non m'innamore più
Innamorarsi secondo te è stare nell'occhio del ciclone
ovverosia la distruzione
Io,no non m'innamoro più
Io,no non m'innamoro più
Ci son passata anch'io però
Ormai son libero,disponibile
E non prendo più scottature
Catherine Spaak, tant aimée de Jérôme Leroy, chante en italien Non m'immatore piu, que l'on retrouve en anglais, sous le titre I'll never fall in love again (allons, allons ! on dit ça, et puis…), interprétée par l'homme qui a fait fantasmer toutes les femmes américaines, Tom Jones.
À noter, à la droite de Catherine Spaak, le play boy élégant s'appelle Nino Ferrer, un homme de grand talent ; à sa gauche, se tient son mari, le comédien et chanteur italien Johnny Dorelli.
Io no non m'innamore più
Innamorarsi secondo te è stare nell'occhio del ciclone
ovverosia la distruzione
Io,no non m'innamoro più
Io,no non m'innamoro più
Ci son passata anch'io però
Ormai son libero,disponibile
E non prendo più scottature
Catherine Spaak, tant aimée de Jérôme Leroy, chante en italien Non m'immatore piu, que l'on retrouve en anglais, sous le titre I'll never fall in love again (allons, allons ! on dit ça, et puis…), interprétée par l'homme qui a fait fantasmer toutes les femmes américaines, Tom Jones.
À noter, à la droite de Catherine Spaak, le play boy élégant s'appelle Nino Ferrer, un homme de grand talent ; à sa gauche, se tient son mari, le comédien et chanteur italien Johnny Dorelli.
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samedi 1 janvier 2011
Les «avœux» 7 : messieurs, c'est à vous !
Dedicated to Pierre, à qui plaire de cette manière ne doit point déplaire…
Dedicated to JDLL, qui surgit toujours au bon moment !
Dedicated to Patrick Caza, l'un des garçons les plus fous, et parmi les plus doués de toute l'Amérique du nord :
Dedicated to JDLL, qui surgit toujours au bon moment !
Dedicated to Patrick Caza, l'un des garçons les plus fous, et parmi les plus doués de toute l'Amérique du nord :
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Les «avœux» 6 : messieurs, c'est à vous !
Dedicated to Joël H., cet extrait de Querelle, film irréel, d'après Jean Genet, avec une chanson, par Jeanne Moreau, qui reprend un vers fameux d'Oscar Wilde…
Dedicated to Vincent, des images qui bougent, par l'un de mes russes préférés :
Dedicated to Vincent, des images qui bougent, par l'un de mes russes préférés :
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Les «avœux» 5 : Messieurs, c'est à vous !
Dedicated to Jérôme Leroy : l'eau noire d'un port, la nuit, quelques notes d'une chanson… Un coup de bleu, en quelque sorte.
Le port de l'angoisse - "Am I blue ?"
Dedicated to Jean-Michel «Nuage Neuf», cette chanson, qui fut écrite à l'évidence pour lui
Le port de l'angoisse - "Am I blue ?"
Dedicated to Jean-Michel «Nuage Neuf», cette chanson, qui fut écrite à l'évidence pour lui
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Les «avœux» 4 : aux dames d'abord !
Dedicated to Nadia, qui affole les compteurs de Causeur…
Dedicated to Anne, qui reviendra peut-être…
Dedicated to Anne, qui reviendra peut-être…
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