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dimanche 11 janvier 2026

Bardot ou la date limite de consomation de la gauche coton-bio


























Même en première de l'hebdomadaire de la gauche essouflée, Bardot annule tout ce qui l'entoure. Son portrait transperce le titre, comme la lance aux éclats fulgurants d'une guerrière le bouclier d'un piètre adversaire.
Et le titre du magazine des socialistes en déroute !
« Brigitte Bardot, de la lumière à l'ombre »
Et ce commentaire :
« Actrice iconique française, inlassable défenseuse des animaux et proche des idées de l'extrême-droite, Brigitte Bardot est morte le 28 décembre 2025. »
Le Nouvel Obs ose employer le mot « iconique », dont n'use plus que les carabosses égarées, les lectrices et les rédactrices de Elle, et les journalistes du service public.
L'Obs et Bardot ! Ce vieux titre de la ringardiserie socialisante ose tout, c'est même à cela qu'on le reconnaît encore.
Gardez la photo de Une, quant à l'intérieur, lisez-le si vous le souhaitez, mais vraiment « d'un derrière distrait ».







D'un côté Comic Strip, Bardot et le talent de Gainsbourg, de l'autre, la gauche des écologistes, la gauche de Mélenchon, la gauche des rayons bio et des discours niais de M. Gluksmann. Ici, c'est frais, cela claque, cela érotise tout, là-bas, on s'écarte, on évite, on s'ennuie.

samedi 10 janvier 2026

Bardot contre tous



- Je voudrais te demander quelque chose ?
- Demande toujours.
- Oh, trois fois rein !
- Et encore ?
- Voudras-tu passer outre ?
- Outre quoi ?
- Outre rein.
- Si je comprends bien, tu veux faire comme l'armée allemande.
- Que veux-tu dire ?
- Oui, tu veux m'envahir, quoi !





- Alors ?
- Alors, entre mes reins.
- Voilà…
- Ah non ! Ton ouvrage m'outrage !
- Certes, je te vois outrée
- J'ai dit « entre », je n'ai pas dit « outre ».
- Mais outre-rein, c'est presque rien !
- Entre est assez, outre est trop.
- Je n'outrerai donc point.

mercredi 7 janvier 2026

Le Procès de la petite Bardot


Le chef à plumes du Parti socialiste, un certain Olivier Faure, a fermement dénoncé la personne de Brigitte Bardot et lui a refusé l'hommage national que la rumeur lui promettait : « […] elle a […] tourné le dos aux valeurs républicaines et été multicondamnée par la justice pour racisme ».

Bardot souhaitait-elle une cérémonie aux Invalides ? Je ne le jurerais pas : son seul souci fut pour le monde animal, pour le soulagement des souffrances que le genre humain lui inflige. Elle travaillait à cette tâche à sa manière, avec éloquence et acharnement, mais dans un langage de pure révolte, qui ne veut ni ne peut tenir compte des nuances, et sans aucune précaution. Son dernier soupir ressembla peut-être au son, tout de douleur et d'affolement, qu'émet un animal qu'on égorge ou sur qui un enfant sans contôle exerce sa cruauté, à coups de bâton ou de fouet.

J'ai « détourné » le tableau reproduit ci-dessus. L'original porte le titre de La Petite de Bonchamps ; il est signé Jean-Paul Laurens, peintre bien trop négligé, pourtant passionnant, très supérieur à la petite étiquette de « pompier » qu'une partie de la critique a collé sur son œuvre.

J'ai « monté » sur certains des personnages (quatre au total) la tête de procureurs contemporains : deux viennent des rangs des socialistes, le troisième est un journaliste très doué, d'un conformisme idéal, toujours prompt à vanter les mérites de la gauche losqu'il était chargé de la revue de presse dans une radio de l'officialité laïque d'’État, la quatrième « pointe » à LFI.

On reconnaîtra l'immense Bardot dans l'accusée, ainsi que dans le fantôme en bas nylon et porte-jaretelles (En cas de malheur, de Claude Autant-Lara), bien propre à détourner les mineurs…

Au train où vont les choses, sous la pression wokiste augmentée du moralisme des militantes, les films de Bardot seront bientôt interdits à la télévision d'État pour mœurs corrompues. Et toute la presse moralisatrice, et France Inter, et France Info, et Mme Devillers, toute la cohorte des nouveaux censeurs condamnera unanimement leur principale interprète, à l'aide de la syntaxe et du vocabulaire dits inclusifs.
Alors, il ne restera plus qu'à tirer le rideau car la farce sera jouée (Rabelais dixit).

Un inconnu me signale cette chanson ou paraît la sublime :

jeudi 19 octobre 2017

D.D. : une histoire française

Quand elle interprète cette chanson, dans le film Huit femmes de François Ozon (2002) (poème de Louis Aragon, musique de George Brassens parfaitement accordée au texte), elle a plus de quatre-vingts ans.



 Elle n'a jamais « vampé » ses partenaires ni le public, elle les a toujours subjugués. Elle les a emportés un peu plus loin, avant de les abandonner, à la fois tristes et comblés.
Le générique de ses films consistent en une énumération des metteurs en scène et des comédiens qui fondèrent le cinéma depuis qu'il parle (et qu'il chante, car elle aimait la chanson). Sous la direction d'Henri Decoin, excellent metteur en scène, alors son ex-mari, elle fut une redoutable Bébé Donge (titre du film et son rôle,1952) auprès de l'infortuné Jean Gabin, qu'elle fait périr à petit feu ; Max Ophüls lui a sans doute offert ses plus beaux rôles dans La Ronde (1950), Le Plaisir (1952), Madame de… (1953).
Depuis quelque temps, elle semblait lasse des choses… et des êtres ? Quelqu'un qui la connassait m'a confié, récemment : « Elle a tout dit, et ce qu'elle n'a pas dit, elle le garde pour elle. ».
Toutes les femmes de sa génération l'ont enviée, copiée, aimée. Elle les incarnait toutes, ces françaises qui avaient pour viatique l'élégance naturelle, le sens de l'équilibre et le goût du chavirement.

À propos de Max Ophüls et de DD (Danielle Darrieux), on lira : Mathilde et Gustave au salon - 2    La note finale    Tournez Manège 2    La groupie du pianiste   La note finale, suite

mardi 13 janvier 2015

Le canon de la chair

C'était un temps raisonnable. Les jolies filles à la taille bien prise et aux seins haut-perchés pouvaient dessiner des figures un peu vaines dans l'espace, et narguer le reste du monde depuis Paris. Françoise Dorléac produisait une chorégraphie charmante et délicieusement stupide en fixant la caméra d'un œil gourmand. Elle était encore en vie, l'avenir lui appartenait.
On mesurera le mouvement de régression moral qui nous emporte aujourd'hui en regardant ces images d'une adorable et très graphique innocence.
Elle voulait être la reine Christine, La Dame aux camélias, jouer Musset, être connue. La mort l'a prise. La mort prend tout le monde, c'est toujours elle qui gagne, à la fin. Au reste, c'est ce qu'on appelle la fin…



Ci-dessous : les jeunes comédiennes n'embrassent plus les arbres des avenues à la manière de Dorléac. On décèlera dans cet enveloppement peut-être une protection, une signification amoureuse, un abandon, la désignation d'un objet transitionnel, ou la simple manifestation de la confiance d'une femme heureuse, d'une actrice au bel avenir.
Quoi qu'il en soit, les jeunes comédiennes n'étreignent plus les troncs des arbres parisiens à la manière de Dorléac.



Anita Ekberg vient de partir. Paris n'est plus ici, Rome n'est plus dans Rome. Nous marchons vers les ténèbres ; la chair blanche, ondoyante d'Anita disparaît progressivement dans la pénombre. Tous les garçons se sont appelés Marcello…

mercredi 18 septembre 2013

Paris fut gris souris



   
En haut : Août 1949, avenue Montaigne, Paris : le mannequin Dorian Leigh (née Dorian Elisabeth Leigh Parker, 1917-2008) porte un manteau signé Christian Dior. On considère Dorian Leigh comme le premier Top model moderne. Et, en effet, elle possède cette sorte de distance dans le regard, de froideur aimable, qui signale tout à la fois un engagement total sous l'œil du photographe, une lucidité exigeante, et un contrôle constant de ses postures comme de sa physionomie. Elle est en représentation, mais elle n'est pas toute entière là ! D'une intelligence très supérieure à la moyenne, brillante même, elle eut une vie d'audace et d'aventure. Elle aurait inspiré au grand Truman Capote le personnage de Holly Golightly dans Déjeuner chez Tiffany. Plus tard, elle ouvrit, à Paris, une agence de mannequin, profession où son œil exercé lui permit, par exemple, de révéler, parmi d'autres visages, celui de la célèbre Twiggy, star de la mode dans les années soixante et soixante-dix. Mariée quatre ou cinq fois, animatrice de la dolce vita, incarnation du glamour, traînant tous les cœurs et les corps après elle, Dorian Leigh ne fut nullement épargnée par le chagrin. Son fils, victime de la drogue, se suicida. Au terme d'une longue crise morale, et surmontant les épreuves, l'âge venant, elle trouva un vrai réconfort dans la personne du Christ. Si l'on sait l'anglais, on lira son autobiographie : The girl who had everything (La fille qui avait tout, voir photo plus bas), sous-titré The story of Fire and ice girl (L'histoire de la fille du feu et de la glace). Ce sous-titre rappelait qu'elle avait posé devant l'objectif de Richard Avedon, en 1952, pour une publicité qui fit grand bruit, en faveur du parfum Le feu et la glace (voir photo plus bas). Elle était accompagnée d'un questionnaire à l'adresse des femmes, destiné à leur faire connaître la réponse à la grave interrogation suivante : « Êtes-vous faite pour le parfum Le feu et la glace ? ». Parmi les questions, on trouvait ceci : « Avez-vous déjà dansé après avoir retiré vos chaussures. » ; « Espérez-vous secrètement que le prochain homme que vous rencontrerez sera un psychiatre ? » ; « La musique tzigane vous rend-elle triste ? » ; « Fermez-vous les yeux lorsque vous embrassez ? » ; « La zibeline vous excite-t-elle, même portée par une autre femme ?»…  Si l' on répondait au moins neuf fois par l'affirmative, on était une femme « Ice and fire » ! Heureuse époque ! Sa sœur, Susy Parker, mannequin elle aussi, fit une belle carrière cinématographique. (Don des parfums Nina Ricci, © The Richard Avedon Foundation).

Ci-dessus : Août 1947, Place de la Concorde, Paris : Renée, premier mannequin de la maison, porte un ensemble de la collection New Look, de Christian Dior. Veste courte cintrée, épaules adoucies, « attendries » (la langueur Dior), jupe très ample, coupée nettement sous les genoux (la longueur Dior) : la mode selon Dior environne la silhouette féminine d'un abondant et luxueux tissus. Il revient à la femme d'animer cette profusion : elle donne vie, par sa grâce et sa légèreté, au fameux « appareil ondoyant », que Baudelaire évoquait. (Don des parfums Nina Ricci, © The Richard Avedon Foundation).




























On consultera aussi Madame GrèsLe tremblant des vitrinesLes dames dans la vitrine 1VitrinesLe don d'AvedonObsessed by Auermann -1-Obsessed by Auermann -2-Obsessed by Auermann -4-Obsessed by Auermann -5-Mad about MagooAddicted to…En vitrine

vendredi 14 juin 2013

La comtesse aux mains nues…




















Combien faut-il de générations pour parvenir à ce type féminin, qu'incarne ici la comtesse Hélène de Tascher ? Au fond, tout dépend de la personne. Il suffit parfois d'un peu d'attention d'un côté, de beaucoup de bonne volonté de l'autre, et l'on « obtient » cette apparence parfaite, cette élégance comme native, ce geste de la main qui soutient moins le bas du visage qu'il ne met en valeur sa délicate ossature. Mais avoir un usage plaisant de ses mains, cela aussi s'apprend.

Mes souvenirs d'enfance sont peuplés de quelques-unes de ces créatures, que la cruauté de l'existence semblait ignorer par déférence. Quand elle s'abattit sur elles, souvent, elles ne perdirent rien de leur allure, mais gagnèrent en mélancolie.
L'élégance aussi fluide, la construction de soi si également répartie, un si parfait ensemble ne sont pas strictement une injustice sociale, mais ils la représentent impeccablement. Pensons à la révolution française, qui envoya à la guillotine des femmes, que leur peau diaphane, leurs mains plus légères que la soie  désignaient au sacrifice : leur seule apparence provoquait dans le peuple assemblé, en particulier chez les commères éructantes, une colère affreuse, un désir d'égalité dévoyé, c'est à dire, dans ce cas, une volonté d'éradication.
 
Illustration : portrait de la comtesse Hélène de Tascher, par Pàl Fried (1893-1976). Hongrois d'origine, doué d'un solide talent de crayon, il eut une belle carrière de portraitiste.

Et celle-ci, solide fille de fermiers américains, ne fut-elle pas comtesse, elle-aussi ?











LA COMTESSE AUX PIEDS NUS - 1955 - GENERIQUE... par generique-cinema


Et une version « rénovée » de l'immortel chef-d'œuvre :



Ava Gardner fut évoquée  ici : La nuit 4, et encore  ici : La nuit 5, mais aussi dans :  La nuit 3, et encore à propos de  Frankie from Hollywood

mardi 11 décembre 2012

Le dévot laid de Lana

Elle étonna, puis elle déçut. Environnée d'abord de souffre, suscitant une curiosité avide, elle lassa si vite qu'elle passa du statut d'idole fulgurante à la terrible condition de poupée moquée, vilipendée.
Je tombai immédiatement sous son charme fabriqué, je devins son dévot stupide. Consentant à sa beauté de silicone léger, je me sentis parcouru de la volupté d'être laid ; son étrange perfection, loin de m'effrayer, me remplit de la torpeur, de l'alanguissement des adorateurs hébétés.
La fabrique de la beauté ne me choque pas, si l'être ainsi remanié, retouché, démontre plus avantageusement encore que dans son enveloppe naturelle sa force d'envoûtement.
Je contemple comme un voleur sa chair exposée, mal vêtue, son obscène chevauchée en compagnie de gras buveurs de bière, ses postures de soumission heureuse, et j'entends, tard dans la nuit, sa voix de cabaret post-nucléaire.



Elle commence son long et murmuré prologue par ces mots :
« Ma vie traversait un hiver ; les hommes que je croisais sur ma route étaient mes seuls étés. Le soir, je m'endormais sur des visions de moi-même, dansant, chantant et pleurant avec eux. Trois années passèrent ainsi d'une grande dérive, qui semblait ne jamais avoir de fin. Le souvenir de ces hommes fut la seule chose qui m'a soutenu, et ils constituèrent mes vrais, mes seuls instants de bonheur. J'étais alors une chanteuse sans grand succès, qui avait rêvé naguère de devenir poète, mais qui, à la suite de circonstances malheureuses, avait vu son rêve brisé, éparpillé en un million d'étoiles dans le ciel […] »

On ira donc contempler L'atroce beauté d'Aliceet encore Fin de féerie,  Obsessed by Auermann -5-
Obsessed by Auermann -4-, Dans l'ordre du désirJ'aimais les femmes atroces dans les quartiers énormes…J'aimais les femmes atroces dans les quartiers énormes… (2)J'aimais les femmes atroces dans les quartiers énormes… (3)J'aimais les femmes atroces dans les quartiers énormes (4)Nico, une allemande dans la FactoryVue de dosOn prend la routeRoucoudouleurLa femme du Pigall"sC'était hier…

samedi 16 juin 2012

La parisienne


Dany Carrel  qui je suis par vieuxsnock

Serge Korber est un cinéaste « à l'ancienne » : il a appris son métier sous toutes ses formes, et progressivement : technicien, opérateur, scénariste. Il a permis à Louis de Funès de donner toute la mesure de son génie comique, dans « Sur un arbre perché » (1971). On y voit « Loulou » dans la situation précaire d'un automobiliste dont le véhicule a quitté la route et se retrouve miraculeusement retenu de basculer dans le vide par un arbre, mais menacé à tout moment d'un déséquilibre fatal.
Séduit, comme beaucoup d'entre nous, par Danny Carrel et sa beauté canaille de parisienne annamite, il l'a judicieusement choisie, dans « La petite vertu » (1968), pour le rôle de Claire, pickpocket(te), prostituée des beaux quartiers sous la coupe d'un maquereau (Robert Hossein) nonchalant d'abord, puis menaçant, qu'elle tuera, afin de préserver son tendre mari ( Jacques Perrin), grâce auquel, malgré tout, elle aura éprouvé la sincérité de l'amour.
Cela ressemble à un mélo, mais, traité avec une fantaisie légère. Le film, tiré d'un roman de James Hadley Chase (ce dernier disait de la bourgeoisie française qu'elle était la plus cultivée du monde, parce qu'elle aimait les livres : cf l'article précédent !) tient plus de la comédie, ou du vaudeville « noir », avec de brillants moments empruntés à la comédie musicale. Les dialogues sont de Michel Audiard : dans la bouche délicate de Danny Carrel, ils prennent une saveur d'ironie, que sa diction parfaite, ses yeux brillants d'une lueur amusée, son port très droit, ses postures de défi rieur ou de séduction spontanée, rendent plus étincelants encore.















Très présente dans les années cinquante et soixante, le cinéma l'a ensuite délaissée, alors qu'il aurait pu exploiter sa jolie et forte présence, qui révèle, dans les scènes d'émotion,  une puissante mélancolie.
La chanson « Qui je suis » est extraite de « La petite vertu » : musique de Georges Delerue, paroles de Jean-Claude Massoulier, très talentueux personnage.

vendredi 25 mai 2012

Fin de féerie

























Nous n'irons plus, à la nuit tombée, sous ses fenêtres aux persiennes closes à l'espagnolette, nous ne nous hausserons plus sur la pointe des pieds, dans l'espoir toujours renouvelé, rarement déçu, d'apercevoir l'une des créatures admirables qui peuplaient ses rêves et notre fantaisie. Esther a éteint sa lampe, fermé ses volets, bouclé sa porte. Elle en a décidé ainsi. Car Esther est cruelle ; sa main griffe aussitôt qu'elle a caressé, et ses yeux rieurs suivent les fines pistes sanglantes que ses ongles tracent sur la peau de ses amants.
Nous n'irons plus chez Esther, dans cette vaste demeure tendue de velours cramoisi, où elle préparait ses philtres d'amour, selon des formules très anciennes et compliquées connues d'elle seule, et que lui avait murmurées une fée pâle sur son lit d'agonie douce : « Désormais, tu te nommeras l'Ondoyante, car je t'ai confié mon savoir : il te revient d'enchanter le monde, de distraire les humains de leur ennui et de leur chagrin inconsolable  ! ».
Esther animait une admirable féerie sensuelle, composée de corps et de mots. Elle exaltait la cambrure, les rotondités, les fentes exquises, la sueur des chairs point encore lasses, le son rauque du plaisir, la plainte adorable et les souffles mêlés, les nœuds que font les membres enlacés, l'arc d'un ventre brusquement soulevé par une onde de plaisir, le frémissement des paupières et l'abîme des yeux, enfin tout le ballet charmant de l'amour, et du désir qui nous en procure l'illusion nécessaire.
Esther est partie. Elle reviendra.


Joe Cocker - Night Calls par Like_Finger

On lira aussi  Esther, visiteuse du soir

mercredi 18 avril 2012

Obsessed by Auermann -5-

In memory of the late Mr and Mrs Comfort (2)

Ci-dessous, la suite de la série que Richard Avedon a réalisée en compagnie de Nadja Auermann, où l'on voit la magnifique allemande dans la compagnie d'un squelette très entreprenant…
(voir message précédent)





Obsessed by Auermann -4-

In memory of the late Mr. and Mrs. Comfort (1)












































Le raffiné Sébastien Paul Lucien me demande si je connais les photographies que Richard Avedon a faites de l'Auermann “ à côté d'un squelette dans des tenues de soirées d'un luxe funèbre ” ?
Oui, bien sûr, cher SPL, je connais cette série, qui a paru dans « The New Yorker », en novembre 1995, sous le titre « In memory of the late Mr. and Mrs. Comfort ». La fille de Diane Arbus, Doon Arbus, et Polly Mellen en étaient les « fashion editors ». Je les ai retrouvées, en voici quelques-unes.
On les interprètera comme on le veut : un signal de la mort programmée de la grande couture, la dérision des choses du luxe et de la chair (Vanités), une provocation luxueuse et gratuite d'un photographe comblé… À l'époque, ces photographies m'avaient impressionné, plus de quinze ans après, je leur trouve une force intacte, et un mystère plus épais encore. Avedon a magnifié Auermann :
La mort viendra et elle aura tes yeux -
cette mort qui est notre compagne
du matin jusqu’au soir, sans sommeil,
sourde, comme un vieux remords
ou un vice absurde. Tes yeux
seront une vaine parole,
un cri réprimé, un silence
.
[…]
(Extrait du dernier poème de Cesare Pavese (1908-1950), « La mort viendra et elle aura tes yeux ( « Verrà la morte e avrà i tuoi occhi »), qui se trouvait sur son bureau. Pavese s'est suicidé. Les suicidés sont très fréquentables, pour certains d'entre eux, surtout après leur mort… (voir également article « La nuit 7 », sous la rubrique A man and his music )

J'en profite pour dire que Richard Avedon est, avec Cecil Beaton, mon photographe de mode favori. Je les trouve tous deux bien supérieurs, en tout, à Helmut Newton, très surfait à mon avis, dont j'ai vu la rétrospective au Grand palais.

Ci-dessous : l'une des plus belles « vanités » au monde, Marie-Madeleine à la veilleuse, par Georges de la Tour (Musée du Louvre) : sa lampe à huile s'éteindra bientôt, et la belle Marie-Madeleine, à son tour, rejoindra le pays des crânes, dont elle caresse un représentant d'une main lasse (voir également Tous les garçons s'appellent Patrick: Madeleine reviendra-t-elle ?).
Le goût des Vanités en peinture remonte au XVIIe siècle. Richesses, savoir, apparence, beauté, plaisir des sens, tout cela est vain ; il est vain vouloir les acquérir ou en jouir, car ils passeront. Ils composent un monde de pures apparences.


mardi 17 avril 2012

Her heart belongs to daddy




Cette photographie dit beaucoup de choses de Marilyn Monroe. Elle a sans doute été prise pendant le tournage du film « The Misfits ». Marilyn n'a jamais caché l'admiration qu'elle portait à l'acteur, qui lui semblait incarner une sorte de père idéal : beau, fidèle, ardent, viril, solide. On sait que ce film fut une rude épreuve, et que, pour ses trois acteurs principaux, Marilyn, Clark et Montgomery Clift, il signale une sorte de crépuscule. Clark Gable ne résistera pas à une quatrième crise cardiaque, et mourra le 16 novembre 1960, quelques semaines avant la sortie des Misfits, Marilyn décèdera le 5 août 1962, après avoir abandonné le plateau de « Something got to give », qui demeurera donc inachevé. Monty Clift relevait d'un grave accident de la route, qui l'avait salement amoché. Après maintes opérations, il reprit douloureusement le chemin des studios. Mais les producteurs ne lui faisaient plus confiance. Il mourut, lui aussi d'une crise cardiaque, en 1966.
Mon ami Jean-Louis Castelli, photographe de plateau, m'a affirmé que les relations entre les acteurs étaient très bonnes, contrairement à ce qui fut parfois rapporté. Certes, le comportement erratique de Marilyn compliqua un peu les choses, mais jamais Clark Gable, un parfait gentleman, ne se plaignit d'elle ; au contraire, il l'entoura d'affection. Observez le regard d'attendrissement admiratif qu'elle porte à ce héros fatigué.

Cette autre photographie est antérieure, vers le milieu des années cinquante. On imagine la joie de Marilyn ; elle danse avec l'homme qui incarnait son idéal !


vendredi 13 avril 2012

Obsessed by Auermann -3-



Un film, pour la voir se mouvoir, pour s'émouvoir. La mode qu'elle incarnait encore dans les années quatre-vingt et quatre-vingt-dix, était sérieusement menacée ; aujourd'hui, elle n'existe plus. Le rêve « couture » s'est dissipé dans les faillites, les scandales médiocres, les disparitions, dans les crises économiques qui nous ravagent, nous réduisent à l'état de quêteurs et d'importuns. Ce que nous vivons est atroce, il ne restera rien de l'édifice, hormis, chez quelques-uns, son souvenir.
Alors, la beauté de Nadja, comme le rappelait l'excellent Sébastien Paul Lucien (qui tient un blogue particulièrement fréquentable, et référencé chez Tous les garçons), ne se soucie ni du temps ni des épreuves. Elle est en quelque sorte un oiseau captif, une énigme admirable, pour toujours immobile.
Pardonnez-moi mon obsession, mais, vingt ans après, je la revois défiler, arpenter la rampe des lumières, abolir le temps. Elle n'a pas été remplacée.

Obsessed by Auermann -2-













































Photographies Dominique Issermann

Obsessed by Auermann -1-












































Photographies : Ellen von Unwerth, pour Vogue UK, octobre 1991

jeudi 12 avril 2012

Esther, visiteuse du soir



















Elle est venue cette nuit. Furtive comme une ombre qui glisse, fuyante, inaccessible et pourtant si incarnée, si magnifiquement charnelle. Elle a laissé derrière elle une trace de soie, le parfum entêtant d'une apparition aimable. Puis elle est repartie, absorbée par la nuit, Esther l'ondoyante.
Reviendra-t-telle ?
Elle reviendra. Je laisserai une lampe allumée et ma porte ouverte.

Je salue l'arrivée parmi nous d'Esther, qui tient un blogue comme une fée fabrique un élixir d'amour. Désormais, d'un clic, vous succomberez à ses sortilèges…

(La photographie représente Nadia Auermann, modèle absolue, selon moi, des années quatre-vingt. Ses jambes interminables ont un galbe parfait. ) Photo DR

samedi 25 février 2012

L'atroce beauté d'Alice

Elle n'a certes pas encore trouvé le rôle qui l'installera à la place qu'elle mérite dans le cinéma français, c'est à dire parmi les premières, mais chacune de ses apparitions constitue une surprise. Très à l'aise dans la comédie, elle ne s'est pas suffisamment éloignée des films de sa génération, qui la retient encore. Elle pourrait étinceler dans des œuvres intemporelles, qui mettraient en valeur son ambiguïté fondamentale, constitutive. Sa beauté n'est pas froide, à la manière d'une Deneuve, à laquelle on la compare hâtivement. D'abord, elle est beaucoup mieux faite que Deneuve au même âge, elle est ardente, colérique, déterminée, on ne lui sent pas de faiblesse, c'est à dire de facilité. Son ironie n'est pas que de façade, mais constitue bien son arme de défense favorite. Or, elle ne déposera les armes que devant son égal. Elle n'a pas d'égal masculin dans le cinéma français.
Elle se nomme Alice Taglioni. Elle a traversé une terrible épreuve personnelle. Il est temps, à présent, que des scénaristes soient hantés par sa présence nerveuse, par son intelligence, par son avidité retenue, et lui donnent les grands rôles qu'elle mérite, qu'elle attend. On ne peut pas laisser une Ferrari au garage, et il est attentatoire à la dignité humaine de la conduire comme une maigre sportive coréenne.
Ses dons naturels, son éducation musicale, son long apprentissage du piano la destinaient à une carrière de soliste. Elle a choisi de devenir actrice (j'emploie ce mot à dessein, parce que nous possédons pléthore de comédiens et fort peu d'acteurs) : il doit y avoir une raison cachée, une tentation, une faille. Cette faille est peut-être la clef de son avenir. Il conviendrait enfin de donner à sa beauté toute l'étendue de son atrocité. En outre, elle joue au poker, et elle aime ça !


Martin Solveig & Alice Taglioni - I Want You... par Innocence-1992

samedi 5 novembre 2011

J'aimais les femmes atroces dans les quartiers énormes (4)

Voir épisodes précédents, in Jolie femme (mes liens ne fonctionnent plus !)



Métropolis a été récemment restauré. Le film est commercialisé, sous la forme d'un DVD, dans sa nouvelle apparence, par MK2 productions. La Cinémathèque française reprend une exposition de la Deutsche Kinemathek de Berlin, qu'elle enrichit de sa propre documentation, « … suite à la découverte en 2008 à Buenos Aires d’une version quasi complète du film. Composée de projections d’extraits et de pièces uniques (dessins originaux des décorateurs, robot de la « femme machine », costumes, appareils, photographies de plateau…) ».




Samedi soir, il y avait une lecture publique de la longue et belle correspondance
que Fritz Lang entretint avec son amie Eleanore Rosé. Ils s'étaient rencontrés avant la Seconde guerre mondiale, à Munich. Eleanor a vécu à Paris, puis à Londres. Ces lettres rapportent avec une belle lucidité les mouvements d'humeur, mais aussi les convictions de Lang, viennois d'origine, allemand par conviction, exilé, naturalisé américain, refusant toute appartenance à « cette race qui avait causé tant de mal au monde », revenant enfin, tel un vieil Ulysse, dans son ancienne patrie, dont il ne voulait plus parler ni écrire la langue. Les échanges entre César (Fritz Lang) et Cléopâtre (Eleanore Rosé), ainsi qu'ils se nommaient, sont toujours passionnants, parfois très émouvants. Eleanore est une remarquable personne, très fine, très cultivée ; Fritz, de son côté, se présente sans masque, veut expliquer son travail et ses intentions de cinéaste. Ces deux êtres éprouvent l'un pour l'autre une estime, une amitié, qui ne dissimulent pas une vraie tendresse :
« Ma très chère Cléopâtre,
Comme d'habitude, nos deux dernières lettres se sont croisées.C'est drôle – (pas drôle = ha ha, mais drôle = étrange) – que deux personnes qui éprouvent une telle affection l'une pour l'autre ressentent au même moment, alors qu'elles sont séparées l'une de l'autre par près de huit milles kilomètres ou plus, le besoin de s'écrire... – c ‘est l'un des mystères du monde !
»(Fritz Lang à Eleanore Rosé, janvier 1976, peu de temps avant la mort du metteur en scène).

Vous trouverez plus de détails à cette adresse : http://www.cinematheque.fr/fr/musee-collections/actualite-collections/actualite-patrimoniale/fritz-lang-eleanor-rose-dialogues-exiles.html

vendredi 14 janvier 2011

Hé, hé !

Chez M. Jo, le frémissant Joël H., JMT lui posait une question de nature existentielle ; voici la réponse :




Il n'est rien de plus exquis…