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vendredi 25 octobre 2013

La stratégie de l'araignée



















Cette robe date de 1925. Elle n'est pas signée. Quelle belle idée que d'habiller le corps de la femme d'une manière de toile d'araignée, dont l'origine se situe autour du nombril ! Le nombril des femmes… C'est bien dans cette région du monde que tout se passe. Une femme ainsi vêtue étend sa toile, guettant la proie aventureuse, qui viendra se perdre dans ses rets. 
Robe en mousseline de soie, brodée de perles transparentes comme la rosée du matin, qui s'attarde sur les brins de l'herbe. Veuve noire : c'est le nom d'une redoutable espèce d'araignée. Voyez le rideau de perles qui termine ce beau vêtement : une cascade de sang pâle… 

Et puis encore ceci, sur la stratégie de l'araignée, chez Balzac : 

« Une rapide fortune est le problème que se proposent de résoudre en ce moment cinquante mille jeunes gens qui se trouvent tous dans votre position. Vous êtes une unité de ce nombre-là. Jugez des efforts que vous avez à faire et de l'acharnement du combat. Il faut vous manger les uns les autres comme des araignées dans un pot, attendu qu'il n'y a pas cinquante mille bonnes places. Savez-vous comment on fait son chemin ici ? par l'éclat du génie ou par l'adresse de la corruption. Il faut entrer dans cette masse d'hommes comme un boulet de canon, ou s'y glisser comme une peste. L'honnêteté ne sert à rien. ».
Vautrin à Eugène de Rastignac, pension Vauquer, dans Le Père Goriot

Et puis Madame GrèsCocoméragesAu bal en CristòbalLes dames dans la vitrineLe tremblant des vitrinesVitrinesThe fair lady

mardi 9 octobre 2012

Au bal en Cristòbal

Il est trop tard, la magnifique exposition Balenciaga a fermé ses portes. Pour le souvenir de la beauté, pour le plaisir des yeux et de la mémoire, quelques photographies volées : Cristòbal Balenciaga admirait les « modistes » du XIXe siècle, ainsi que les formes et les couleurs du costume espagnol traditionnel, voire folklorique. À côté de ses propres créations, se trouvaient ses principales sources d'inspiration.



























De haut en bas :
1) Robe dite Polonaise, vers 1860/1870 : sa partie inférieure constitue une surjupe, pékin de soie beige (armure en taffetas et en satin), doublure en toile de coton écrue. Collection privée de Balenciaga, don de sa famille au musée Galliera.
2) Cristòbal Balenciaga, robe du soir, vers 1960 : robe à bustier baleiné en satin de soie brodé ; bandes se strass en haut du bustier et sur le devant de la jupe, en haut, nœud décoré de strass, jupe froncée formant crinoline projetée, broderie de paillettes, mousseline de soie.
3 et 4) Bottines de Perry, Paris, vers 1880 : en satin noir, douze brides fermées par des boutons boule en passementerie, doublure en toile de coton ; le talon est cerclé à la base d'un fil en métal doré. Ne sont-elles pas particulièrement sexy ?

Alors, vous me direz : « À quoi cette profusion luxueuse sert-elle, sinon à satisfaire les caprices rapides de grandes bourgeoises névrosées ? ». Je vous répondrai que les grandes bourgeoises ne sont pas nécessairement névrosées, et que « cette profusion luxueuse », pour reprendre votre expression, nous paraîtra nécessaire lorsque toute idée de luxe aura déserté ce pays, ce qui ne saurait tarder.

Photographies PM

On consultera utilement :
Marchand Dabit
Mais encore :
The fair ladyMadame GrèsLes dames dans la vitrine,


jeudi 11 août 2011

Madame Grès bissée.








































































































(Voir, sur le même sujet, le message précédent).Je sais, ces photographies manquent de piqué, elles sont mal éclairées, et bien d'autres défauts encore. Rendez-vous sur le site du musée Bourdelle, on y voit des photographies prises par les plus grands.

Une japonaise passe près de la tête d'Adam Mickiewicz. Elle lui accordera un long regard. Les japonais se sentent bien en France, nous les accueillons pourtant, comme nombre d'étrangers, fort mal.

Adam Mickiewicz, par Bourdelle, 1910.

La robe et le Christ.




Photographies PM

Madame Grès































































Cristobal Balenciaga, Coco Chanel, Christian Dior, Madeleine Vionnet, Paul Poiret, Jeanne Lanvin, Elsa Schiaparelli, Lucien Lelong, Yves Saint-Laurent, Maggy Rouff, Hubert de Givenchy, Philippe Venet, Jacques Fath… Tous ces noms, augmentés de quelques autres, figurent dans mon panthéon. Je sais bien que tout cela, après tout, n'est que du chiffon, mais du chiffon « émerveillé », du chiffon animé du principe d'élégance et du souci de perfection. « Vêtir ceux qui sont nus. » dit Matthieu, dans son évangile (25,35-45). Certes, ces grandes griffes n'appliquaient pas précisément cette recommandation, mais ils ont largement contribué à enchanter le monde. Un autre jour, je vous parlerai de mode, ce soir, je n'ai guère le temps, je m'éloigne, je gagne des contrées lointaines. Je pars donc avec l'illusion bienfaisante que je vous manquerai.
J'ai rendu visite à Madame Grès, dont le musée Bourdelle expose d'admirables modèles. J'invite celles et ceux qui se trouvent actuellement à Paris à se rendre à cette exposition, ils seront éblouis. En outre, les robes étant exposés parmi les sculptures de Bourdelle, ils auront un plaisir redoublé. Le temps de la haute couture est passé. Madame Grès est morte oubliée. Son retour à Bourdelle nous est une grâce (jusqu'au 28 août).

Modèles ci-dessus :
Natté de soie noire (avec Christ en croix), 1976.

Le triangle inversé est une invention de Madame Grès. Cela vous fait des épaules !

Automne-hiver 1958-1959, robe de cocktail en faille de soie noire.

Grande robe buste, 1976.

Photographies PM

vendredi 5 novembre 2010

Le tremblant des vitrines

































































Kate me méprise, on le sait ; pourtant je lui fais une cour assidue, je me prosterne, je m'avilis devant elle. Rien n'y fait : le nez plus poudré qu'une marquise sous la Régence, elle m'éloigne d'un regard cruel ou d'un dangereux escarpin.
Et cette pauvre petite fille riche, que Karl Lagerfeld a abandonnée sur une banquise, que ne m'adresse-t-elle un geste, je percerai la vitre d'un jet de pavé, afin de la libérer de son univers de givre.

Petite givrée presque nue, éloignée des dorures,
Maigre Vénus en fourrure
Qu'un aigre Feldmarschall en fureur
A livré aux folies d'un fourreur,
Tes fesses arrondies sur la banquise
En deviendront-elles plus exquises ?

Mais je lui parle en vain ! Elle m'ignore, telle Kate !
J'ai froid, je tremble, et tout mon appareil aussi…

Photographie PM

jeudi 28 octobre 2010

Un bagage dans la vie

«Après ma mort, vous ferez une valise de ma peau.» (Paul Morand)
Très belle exposition, actuellement au musée Carnavalet.
Expo ou pub ?


Vuitton nous invite au voyage à Carnavalet

mercredi 27 octobre 2010

Cocomérages

Dehors, la nuit parisienne est glaciale et humide.
Ce que Coco dit de la solitude est terrible, mais c'était son lot. Nous reparlerons de Mademoiselle plus longuement. Passant, comme souvent, rue Cambon, où elle s'installa, j'ai «volé» quelques photographies. Elles ne sont pas très bonnes, j'en conviens. On y voit le fameux escalier, avec son jeu de miroir qui lui permettait, dissimulée, de tout voir. Son appartement est resté tel qu'elle l'a décoré, et c'est un exemple de goût. Mais, chaque soir, elle gagnait l'hôtel Ritz, où elle vivait à l'année, par un accès plus discret que celui de la place Vendôme, situé un peu plus haut dans la rue Cambon. Entendez le témoignage du plus grand coiffeur pour dames du XXe siècle, Alexandre dit de Paris. Ce qu'il nous confie de Gabrielle Chanel me paraît inspiré par le respect et l'affection.
Bien sûr, ce sujet, par les temps qui courent, est d'une détestable futilité. J'ai grandi dans la futilité, je finirai inutile.







mardi 1 décembre 2009

Vitrines

Rue du Mont-Thabor (Paris Ier) : cette ravissante boutique expose de la haute couture vintage. Ici, un modèle époustouflant de Christian Dior, accompagné d'un très beau livre de Françoise Giroud et Sacha Van Dorssen, aux éditions du Regard. C'est à propos de Dior et de sa première collection, en 1947,que Carmel Snow (Harper's Bazzar)inventa la formule «new look». La rencontre d'un grand industriel, Marcel Boussac, et d'un créateur exceptionnel changea l'allure des femmes.


































































































Christian Lacroix ferme définitivement. Tout près de la place Vendôme, Kate Moss porte les couleurs d'une marque prestigieuse. Elle incarne superbement la chute de la maison haute couture : elle posera encore, quand la dernière maison fermera… Elle vante la maigreur, elle est très riche, elle sent la «poudre», elle me méprise : cette fille-là, elle est terrible !
































































Rue Danielle Casanova : plaisir d'offrir…






















Son voisin de vitrine en perd la tête !























Un peu plus loin dans la rue Danielle Casanova, la devanture de Brentano's se dégrade irrésistiblement :
«Chers clients,
La liquidation du magasin Brentano's a été prononcée le vendredi 12 juin 2009. Nous sommes désolés de vous informer de la fermeture définitive du magasin.
Merci de votre soutien et de votre fidélité pendant toutes ces années
,
L'équipe Brentano's

We regret to inform our faithful customers that Brentano's bookstore is in liquidation since Friday June 12th 2009 and is no longer trading.
Thank you for your support over the years
,
the Brentano's staff»

La hausse des loyers, à Paris, aussi bien pour les baux commerciaux que pour les particuliers, aura bientôt triomphé de tout ce qui faisait la vie bonne. Brentano's, dont l'entrée principale se trouvait avenue de l'Opéra, tissait un lien très étroit entre l'Amérique et la France. On y trouvait les livres en langue anglaise dans le même temps qu'ils paraissaient à New York, tous les journaux, tous les magazines, des plus officiels aux plus «underground», qu'on pouvait longuement feuilleter. On apprit que la librairie ne pouvait plus «suivre» la mise folle qu'un propriétaire sans visage avait placée sur le tapis du terme. Qui a eu la peau de Brentano's ?

jeudi 22 octobre 2009

The fair lady











































Le 20 janvier 1993, j'appris la disparition d’une femme, que je savais gravement malade, que j’avais vue tant de fois et qui, toujours, m’avait éblouie. Très affaiblie, n’ignorant rien de son état, elle avait choisi la commune de Tolochenaz, dans le canton de Vaud (Suisse) pour y attendre la mort. Elle avait 63 ans.
On ne se souvient pas d’Audrey Hepburn sans évoquer Hubert de Givenchy, son grand ami,son confident, son couturier. Leur accord fut si parfait, qu’ils créèrent tous deux une silhouette reconnaissable entre toutes. Il imagina des vêtements, qui accompagnèrent simplement l’élégance nerveuse qu’elle incarnait à la perfection. Hubert de Givenchy, formé à l'école de Cristobal Balenciaga, mit à la disposition d'Audrey des robes, des jupes, des chapeaux, des chaussures, une panoplie complète dont elle pouvait combiner les éléments. Le tout formait une présence chic et moderne.
Nous reparlerons d'Audrey Hepburn et d'Hubert de Givenchy, deux magnifiques exemplaires de l'humanité.

Photographies : Audrey Hepburn, George Peppard dans Diamants sur canapé (Breakfast At Tiffany's)
(© Paramount Pictures France).
Hubert de Givenchy en 1970 (© DR)

DVD : Diamants sur canapé
Réalisation : Blake Edwards
Scénario : George Axelrod d'après le roman de Truman Capote
Acteurs : Audrey Hepburn, George Peppard, Patricia Neal, Martin Balsam, Mickey Rooney
Musique Henri Mancini
Costumes : Edith Head
Garde robe d'Audrey Hepburn : Hubert de Givenchy
Garde robe de Patricia Neal : Pauline Trigere
Production : Martin Jurow, Richard Sheperd
Distribution : Paramount Pictures
Trouvé au prix de 8,26 € sur PriceMinister

Holly Golighty, une délicieuse call-girl, fait la connaissance de son voisin du dessus, un jeune écrivain, entretenu par une femme plus âgée mais nettement plus riche que lui. Holly a fui la médiocrité à laquelle sa naissance la destinait. Désormais, elle vit comme «un animal sauvage dans la jungle splendide et cruelle de New York». Un gigolo, une dévoreuse de diamants, les failles de l'un et de l'autre : superbe parade des êtres brisés, leur manière de survivre, la peur d'aimer. Deux griffes : celle du grand couturier Hubert de Givenchy, celle du grand écrivain Truman Capote. Et le talent de Blake Edwards.