La dernière fois que nous la vîmes sur scène, elle ne nous convainquit pas : trop d'affectation, une représentation figée, glacée. Mais notre attirance pour la langue allemande et pour le cabaret berlinois de la grande époque est telle que nous irons la «spectater» en février. Cependant, nous ne lui passerons rien !
Jean Yanne, Le permis de conduire : un grand classique, mille fois vu, mais je pense que cela fera tout de même plaisir.
Ensuite, l'une des chansons que je préfère (émission Toute la chanson, juin 1961). Je n'ai pas connu La Varenne ni n'ai dansé la java, mais qu'importe, toutes les mélancolies se ressemblent. Philippe Clay y met la distance qu'il faut, et l'élégance :
«À ceux qui ne savent pas
Ce qu'était autrefois
Mon coin de la Varenne
J'crois que j' perdrais mon temps
Si je prenais la peine
De le leur raconter
Quand venait le printemps
De beaux lilas violets
Fleurissaient par centaines
Tandis qu' de-ci de-là
Voltigeaient des rengaines
En forme de triolets
Et c'est là un sam'di
A c'que maman m'a dit
Que j'suis v'nu
Et qu' douc'ment j'ai grandi
La java de la Varenne
Dans la vie on n'l'oublie pas
Quand on a le cœur en peine
On la chante et puis ça va
Et quand vient la fin d'la s'maine
On la danse à petits pas
La java de la Varenne
C'est la reine des javas […]
(Paroles de Jean-Roger Caussimon)
Puis l'on retrouve brièvement Philippe Clay : il présente la nouvelle protégée de Danglard, propriétaire d'un fameux music-hall, où se presse le beau linge et le populo. Danglard, c'est Gabin, amusé, cavaleur, bonimenteur mais séduisant au possible. Il aime la vie, les jolies femmes, et, par dessus tout, la magie du caf conc dont il est le grand organisateur. Il se prête volontiers, ne se donne jamais, considère que rien ne vaut le spectacle, celui que l'on maîtrise et dont on n'est pas la dupe… La scène est extraite du film French Cancan, de Jean Renoir (1954). Pour le plaisir, voici l'essentiel de son générique : Francoise Arnoul, Maria Felix, Valentine Tessier, Dora Doll, France Roche, Edith Piaf, Jean Gabin, Jean-Roger Caussimon, Gianni Esposito, Philippe Clay, Michel Piccoli, Jean Paredes, Jacques Jouanneau, Gaston Modot, Jean-Marc Tennberg, Hubert Deschamps, Albert Remy, Léo Campion, Gaston Gabaroche…
Jean Renoir s'amuse comme un fou à l'animation de cette comédie du plaisir et de l'apparence. La Belle Abesse (l'éruptive Maria Félix), maîtresse du baron Walter (Jean-Roger Caussimon) pour le train de vie et de Danglard pour l'entrain de la vie, bouleverse le Tout-Paris avec sa chanson La complainte de la butte, (texte de Jean Renoir, sur un air 1900 ; la voix est celle de Cora Vaucaire). Danglar assiste au triomphe de sa nouvelle vedette, sous les yeux navrés et jaloux de la délicieuse Nini, la danseuse découverte par Danglar, follement éprise de cet homme à femmes…
Note : ce blog me donne depuis longtemps de nombreux soucis technologiques, relativement à la mise en page : je n'ai plus accès à l'écran «généraliste», qui me permettait de jouer sur les caractères, les couleurs… La liste, sur le côté droit, tantôt apparaît, tantôt disparaît, pour se glisser sous les textes de la page du jour, et le compteur ne fonctionne plus depuis au moins trois mois ! l'essentiel est que vous soyez toujours là !
Ingrid Caven : Liebe kommt, paroles et musique de Peer Raben
Enregistrement public réalisé au cabaret Le Pigall's, Paris, en 1978 : nous y étions. Elle parut dans une pénombre rouge, dans un crépuscule de cabaret qui rendaient plus blafard son teint, plus outré son maquillage, plus sombre son mascara. Nous fûmes conquis par cette femme post-fatale aux cheveux rouges. Ce fut le spectacle phare de cette époque. Ingrid Caven réactivait la «rauque attitude» des chanteuses allemandes de l'Avant-guerre. Son personnage soufrée exhalait une odeur de cuir, de tabac et de foutre. Nous étions encore jeunes, elle ne l’était plus assez pour nous laisser indifférents. Au contraire, nous étions à un âge où l’on prend une maîtresse «rompue aux servitudes».et maternelle. Enfin, elle avait été la femme du Diable, l’homme à la moto, le voyou querelleur, l’allemand insupportable : Rainer Werner Fassbinder.
On l’oublia. Elle revint en 2000, avec une valise de nostalgie et la voix un peu plus traînante ; autour d’elle, l’ombre des morts. Elle était encore en vie, et nous fûmes au rendez-vous. Son présent mari, Jean-Jacques Schuhl, et le compositeur préféré de la Diva lasse, Peer Raben, écrivirent l’essentiel des chansons de l’album Chambre 1050. On y trouve également les noms de Oscar Wilde (Each man kills the things he loves), de James Joyce, associé à John Cage, de Léon-Paul Fargue en compagnie d’Eric Satie, pour l’Air du rat et Spleen, enfin d’Albert Giraud et Arnold Schönberg pour Nacht, extrait du Pierrot lunaire, créé à Berlin, en 1912. Ces deux disques sont évidemment indispensables à la survie en milieu hostile.
Tenez, Mademoiselle Nadia, John-Bernard en personne, m'a prié de vous dire qu'il jouait spécialement pour vous ceci :
Spéciale dédicace aux penseurs du zinc, aux philosophes kronenbourg, aux handicapés du vocabulaire et de l'orthographe, aux ventripotents de l'éructation qui lancent des menaces dans l'anonymat des veules, et qui, pour désigner les africains, disent «les congoïdes» : strange fruits, par Billie Holiday. Elle vit de ces «strange fruits» pendus à une branche, victimes de la même justice expéditive qu'aimeraient instaurer certains gros ventres à bière. Chère Billie, qui fut sans doute plus durement traitée par les Noirs que par les Blancs…
Especially for Cheveux d'encre, Misty, by Ella Fitgerald :
And here is Sarah Vaughan :
Pour illustrer l'échange entre Cheveux d'encre et votre serviteur, j'ai pensé à ce duo : à priori, je n'aime pas le mélange des genres, il donne des résultats improbables, qui me mettent mal à l'aise. Or, pour une fois, cette rencontre entre James Brown et Luciano Pavarotti me satisfait entièrement. L'orchestration est parfaite, alors qu'elle aurait pu n'être que kitsch, et l'interprétation est éblouissante. Les deux hommes s'accordent parfaitement, ils s'«apparient». Jamais, peut-être, James B. n'a chanté aussi bien son fameux It's man's world. Ce faisant, il incarne admirablement la sonorité soul, directement inspirée par la simplicité biblique et la plainte vers Dieu. À la fin, les membres de l'orchestre applaudissent. James et Luciano (voyez comme ce dernier paraît fatigué) mourront peu de temps après ce beau moment.