vendredi 27 avril 2018
Les montagnes russes
Je vois bien tout ce qu'on reproche à Vladimir, et je ne le tiens pas pour un modèle d'humaniste germanopratin. Mais je crois qu'il est à l'exacte mesure du pays qu'il gouverne, dans les conditions matérielles et morales où il l'a trouvé.
Par surcroit, la Russie, le peuple russe ne m'ont jamais paru « étrangers », et moins encore hostiles. Lointains, certes, brutaux également, avides de sensations, des hommes, des femmes différents de moi, assurément, mais qui me ressemblent, en plus accomplis, en plus passionnés, en plus rudes. Ils sont les extrémistes de moi-même : des brutes sentimentales, des écrivains inquiets, des mathématiciens surdoués, des ogres effarés, des êtres de drame et de comédie.
Cela dit, d'autres que moi, plus avisés, plus perspicaces, mieux documentés, plus subtils, moins puérils surtout, démonteraient aisément mes médiocres arguments.
L'essentiel est ailleurs, ou plus précisément ici, dans ce petit blogue quelque peu insignifiant, qui accueille néanmoins de très nombreux visiteurs d'horizons parfois lointains. Ils restent anonymes, leurs ombres s'allongent un peu, puis disparaissent…
Alors, voici, pour évoquer le « sentiment russe », deux interprètes d'exception, dans un récital de chants traditionnels, donné sur la place Rouge, à Moscou. La soprano se nomme Anna Netrebko ; sa taille s'est un peu arrondie, ses joues et son cou ont gonflé mais la beauté de ses traits est intacte, sa sensualité toujours affleurante, et son timbre s'est magnifiquement assombri, ce qui l'autorise désormais à chanter les grands rôles féminins de Verdi.
Et voici l'éblouissant baryton Dmitri Hvorostovsky, un sibérien né en 1962. On le célébrait sur toutes les grandes scènes d'opéra, où sa voix s'augmentait du charme physique que dégageait toute sa personne. Une tumeur cérébrale a mis fin à sa carrière, le 22 novembre 2017.
Je vois aussi quelque chose, dans cette video, qui me touche ; je vois des spectateurs, qui représentent le peuple russe, me semble-t-il, qui l'incarnent, et qui reprennent pour eux-mêmes les paroles, par bribes, de ces chants constitutifs de leur âme collective. Certains d'entre eux, en particulier dans la dernière chanson, qui évoque les âmes des soldats tombés au front, me paraissent fortement ébranlés : dans leurs yeux défile tout le passé de cette vieille terre spirituelle pleine de drames, de colère et de soumission, que Staline et les siens voulaient déraciner. Un peuple spirituel ne se déracine pas !
Voici, par son compositeur en personne, Yan Abramovitch Frenkel (1920-1989), la dernière chanson du récital Netrebko/Hvorostovsky (à écouter en premier, à partir de 13. 53). Vous pouvez verser des larmes, personne ne vous regarde.
Un peu de précision ne nuit pas à la santé
Ce chant (Zhuravli, Les Grues, oiseaux ainsi nommés) est certainement l'une des plus fameuses et peut-être la plus troublante parmi les grandes lamentations lyriques nées de la Seconde guerre mondiale, qui fit des hécatombes dans la population russe et, bien sûr, dans les rangs de l'Armée rouge. À son origine, selon Wikipedia, il y a un poème de Rasul Gamzatov, poète et écrivain du Daguestan, bouleversé par une visite sur le site d'Hiroshima, et par l'histoire de Sadako Sasaki. Frappée par une leucémie, consécutive à la forte radioactivité persistante, la jeune fille voulut conjurer la maladie en construisant une sorte de monument de papier : des centaines de grues symbolisant à la fois l'espoir et la fatalité. Mais le cancer l'emporta. Cette histoire inspira un poème à Rasul Gamzatov, traduit de l'avar -sa langue natale- en russe par Naum Grabnyov. Le chanteur Mark Bernes sollicita Frenkel, qui composa la mélodie.
Pour agacer les appareils dentaires des opposants français constamment au bord de la crise de nerfs dès qu'on prononce le nom de Vladimir Poutine devant eux (je pense à Christine Ockrent, par exemple, qui dénonce ses turpitudes chaque semaine à France-Culture), voici cette chanson dans une mise en scène « hyper-patriotique », en présence de l'« ogre » du Kremlin (avec traduction en français du texte) :
Enfin, déjà frappé par la maladie mais encore solide, le grand Dmitri Hvorostovsky, en 2016, avec les chœurs de l'Armée rouge (et la traduction en français) : devant ce spectacle, madame Ockrent a cru défaillir !
Pour mettre un terme (provisoire) à cette page russophile, ce moment éblouissant où paraissent les chérubins de la tradition orthodoxe (selon la liturgie dite de Saint Jean Chrysostome). Il y est question du « roi de tous les hommes auquel font escorte les cohortes d'anges » : l'Hymne des chérubins, de Piotr Tchaïkovski.
Sur Anna Netrebko, voir ici
lundi 3 mars 2014
Discrétion assurée…
http://youtu.be/OV5bI0tixYQ
(L'intégration de cette vidéo est interdite. Rendez-vous à l'adresse ci-dessus)
Et, de Pierre Louki, ces deux bijoux, choux, genoux…
On consultera celles qu'on a seulement croisées
dimanche 12 janvier 2014
C'est difficile ! (suite)
À ceux qui, cette année, furent amoureux, et en furent heureux, et à ceux, aussi, qui en furent malheureux, à ceux qui passèrent à côté de l'amour sans le voir, à ceux qui l'aperçurent, mais de loin, à ceux qui le trouvèrent, à ceux qui le « troubadourent » ; à celles et ceux qui passent sans me voir, à ceux et celles que je vois en passant, je dédie ce délicieux moment de fantaisie française.
Et c'est ainsi que je vous « vœux » toutes et tous !
Extrait de la comédie musicale en trois actes « Ô mon bel inconnu », créée en 1933 aux Bouffes Parisiens, avec Arletty, René Koval, Simone Simon, Suzanne Dantès (livret de Sacha Guitry, musique de Reynaldo Hahn)
Ci-dessous : René Koval, Arletty, et, penché, Jean Aquistapace
mardi 24 décembre 2013
Un « Grello » qui tintinnabule, une tartine qui dégouline, Bardot et ses « frères »
Voilà, c'est Noël ! Vous recevrez des cadeaux, vous serez bien, je l'espère, je vous le souhaite, au milieu des vôtres, de ceux qui comptent à vos yeux. Je vous offre, pour ma part, deux choses du temps d'avant (sinon de l'Avent), deux pépites.
Les paroles de cette délicieuse chanson, Il fait beau, si française, si adorablement démodée, sont de Jacques Grello, que les plus jeunes d'entre vous n'ont pu connaître. Les autre se souviennent sans doute de ce petit homme au regard de hibou, d'éberlué malicieux, de sa tête ronde et de ses lunettes rondes aussi. Il avait de l'esprit, c'est assez dire qu'il est démodé, il commentait l'actualité politique, comme ses comparses chansonniers, avec plus de courage et moins d'inutile et bruyante agressivité que la plupart des « comiques » de télévision. Grello dénonçait moins qu'ils n'ironisait, il donnait l'impression de se placer à hauteur du ridicule de ses cibles, et non pas de leur cracher dessus, depuis une position élevée.
Voici encore, La Confiture, chanson dégoulinante de Roger Carineau, qui permettait aux Frères Jacques de donner toute la mesure de leur art si singulier. Je suis allé à leur récital parisien, qui mettait fin à leur longue tournée d'adieu (1981 ou 1982 ?). Je les avait vus sur scène, enfant, au théâtre Le Daunou, je crois. J'en avais été ébloui.
Pierre nous signale cette merveille, à côté de laquelle, sans sa bienveillance, nous allions passer sans la voir ! Que le beau gosse soit vivement remercié, et que les dieux lui garantissent à vie tous les dons, qu'ils lui apportèrent à sa naissance !
Bardot ! Bardot ! Bardot ! Les Frères Jacques ! Et Ricet Barrier, l'auteur de ce délicat chef-d'œuvre, « Rendez-vous » (N'insistez-pas Stanislas), avec le compositeur Bernard Lelou : on rêve !
Les Freres Jacques & Brigitte Bardot Stanislas... par marcellinrg
lundi 15 juillet 2013
Professeur de mélancolie
Elle a tout dit de ce qu'elle voulut qu'on retînt d'elle. Elle l'a dit dans ses chansons et dans ses « mémoires », Il était un piano noir. J'ai grandi avec elle, de l'adolescence à l'âge de déraison, je l'ai applaudie sur de nombreuses scènes, à Paris. Je rentrai dans la nuit, souvent en longeant la Seine, la tête pleine de ses amours mortes. Elle fut, avec quelques autres, mon professeur de mélancolie.
Note : on entendra avec plaisir la belle adaptation radiophonique que France culture a fait du livre Il était un piano noir. L'affaire, qui a commencé la semaine dernière, se poursuit jusqu'à vendredi. On peut évidemment écouter, voir podecaster, les émissions passées, en se rendant sur le site de la station.
dimanche 8 juillet 2012
La soirée du paradoxe
Offenbach - La Valse de Paris - Fortunio par RioBravo
Vendredi, soirée délicieuse dans la compagnie de quelques esprits très vifs, dont j'étais le moins brillant. La conversation, collective d'abord, au restaurant, s'est poursuivie, très tard dans les rues de Paris, et s'est achevée entre trois personnes, fort différentes par leurs origines, leur âge, leurs goûts. Nous étions trois, donc, dans la nuit parisienne. Avant de quitter mes compagnons, j'ai tenté, sans doute maladroitement, d'expliquer ce qui, à mon sens, fondait le « sentiment » français. J'ai développé l'idée du paradoxe, un paradoxe constitutif de l'« appartenance », qui autorise les êtres à se reconnaître français, quelles que soient les nuances et même, et surtout, les fractures qui ont bouleversé ce pays. J'ai pris pour exemple de ce paradoxe l'image des jésuites et de leur enseignement : lorsqu'on entre chez les jésuites, ces derniers vous avertissent qu'ils vous enseigneront tout à la fois, et dans le même élan, les moyens de croire en Dieu et les manières de le réfuter. Le paradoxe, ici, c'est le risque majeur de perdre la foi, mais d'avancer malgré tout dans la connaissance. Je me rappelle également avoir affirmé que la France était un pays « sexy » (avec le recul, je trouve cela faible et prosaïque, mais, dans le feu de la conversation, ce mot n'a paru ni stupide ni « court »). Or, ce qui le rend sexy, tentais-je d'expliquer, c'est précisément le goût pour les oppositions, pour les complications de l'esprit, pour ses constructions fragiles, et pour l'audacieuse architecture qui les maintient dans un équilibre précaire, émouvant. Le paradoxe français assume, sur le mode d'une fantaisie parfois insupportable, ses échecs et ses trahisons « nationales ». Si ce pays perd son paradoxe, il se perd. De la France, il faut tout dire, tout prendre et, finalement, consentir à la transfiguration à laquelle elle nous invite. Le sentiment français relève du principe de séduction accepté et « objectif ». On ne peut pas jouir de ceci et rejeter cela, et le tout ne forme pas un « bloc identitaire », mais une pièce d'identité, dont l'avers est avenant, le revers, déplaisant, et vice-versa ! Les français ont toujours joué à pile ou face.
Fondamentalement, nous n'avons aucune disposition pour l'accablement durable, ni, bien sûr, pour la culpabilité. La France est « innocente », enfin, elle l'était ; elle faisait le mal par inadvertance, voire par coquetterie négligente. Au final, elle demeurait sexy…
Je ne sais si cela est très clair ; j'y reviendrai.
Pour illustrer ce billet un peu ennuyeux, la grâce d'Yvonne Printemps, qui interprète devant l'homme de sa vie, Pierre Fresnay (ici en Jacques Offenbach), un poème d'Alfred de Musset. Offenbach, qui est à lui seul l'esprit de Paris, sa gaité entraînante, revenait de son théâtre, pourtant plein chaque soir, et qui lui assurait des triomphes, la tête basse et souvent accablé. Cet homme si doué, si aimable, était neurasthénique ! Paradoxe parisien !
De Musset, que j'aime infiniment, ses contemporaines plus graves se lassèrent rapidement. Les romantiques « sérieux » le trouvaient superficiel. Il n'ouvrait pas, comme Hugo, des abîmes sous ses pas, mais il perça comme nul autre le mystère douloureux de l'amour.
lundi 21 mai 2012
Je n'aurai fait que passer
Dietrich Fischer Diskau, après Gustav Leonhardt (le 16 janvier), Maurice André (le 25 février), a tiré sa révérence. Ce que faisait Fischer Diskau se situait entre le souffle et l'esprit. Pour le saluer, et pour rendre hommage à ces trois grand interprètes, je vous propose ce moment d'intense beauté, entre Sviatoslav Richter et Dietrich Fischer Diskau. Il s'agit du Lied « Der Wanderer », composé en 1816, sur un poème de Schmidt von Lübeck, qu'on traduit par Le voyageur, mais avec une nuance d'errance permanente. L'homme du Wanderer ne trouvera pas le repos sur la terre :
Le soleil me semble ici si froid,
La fleur flétrie, la vie vieille,
Et ce qu’ils racontent bruit vide et creux ;
Je suis partout un étranger
Pour accompagner notre salut admiratif, cette autre « action de grâce », que nous devons au Gewandhausorchester, orchestre symphonique de Leipzig, dirigé par le grand Kurt Masur, et à Julia Varady, injustement méconnue, soprano allemande, d'origine hongroise, née en Roumanie (bonjour Nadia, qu'on ne voit plus !)
Ce lied, « Im Abendrot » (« Au soleil couchant ») appartient aux « Quatre derniers Lieder » (« Vier Letzte Lieder ») composés par Richard Strauss, sur un poème de Joseph von Eichendorff. Il est le dernier de la série. Les trois précédents - « Frühling » (« Printemps »), « September » (comme son nom l'indique), et « Beim Schlafengehen » (« À l'heure du sommeil ») - sont l'œuvre de Herman Hesse, auteur du « Loup des steppes ».
R. Strauss, Im abendrot. par jolicrasseux
On pourra se rendre à
lundi 14 mai 2012
Le dernier temps d'une valse
Allain Leprest : je vous ai maintes fois entretenu de cet homme si doué, tendu comme une corde de violon, mort l'été dernier (
). Voici la même chanson, Une valse pour rien, interprétée par lui, puis en duo avec sa fille, Fantine ; la maladie a ravagé son apparence, mais, au bord du gouffre, il exerce son beau métier : il chante.
Quelque chose opère ici, qui nous trouble, nous saisit, nous « enchante ».
samedi 21 janvier 2012
Sans rémission
Entendez ce qui suit, c'est la vie simple et déchirante.
jeudi 5 janvier 2012
Partageons mes cadeaux
Bashung cherchait la lumière.
De son côté, Anne m'a aiguillé vers un personnage par moi totalement ignoré. Dès les premières images, j'ai été impressionné. C'est une apparition, un miracle de beauté brûlante et « absente ». Sa carnation lui donne la double appartenance à l'espèce humaine la plus sensuelle et au genre droïde de la dernière génération. On dirait un « feu de marbre ». Or, il faut qu'elle soit de sang et d'eau pour chanter ainsi le fado.
Merci Anne, cela relève de l'envoûtement.
samedi 6 août 2011
On enterre Charles

Paris, église de la Madeleine, le 23 février 2001, messe des funérailles de Charles Trenet : Jean-Michel di Falco-Leandri, alors évêque auxiliaire de Paris, plus spécialement chargé des relations avec les artistes, prononce l'homélie.
« La mort d'un homme est toujours un événement. Qu'il soit célèbre ou inconnu, l'Église le confie à la miséricorde de Dieu, car chacun se présente devant lui avec ce qui fut beau et grand dans sa vie mais aussi ce qu'il y eut de pauvre et de misérable. Chacun a besoin que ses frères, qui sont encore sur la terre, s'écrient dans la ferveur de leur espérance : "Seigneur, prends pitié ! ". Cet appel est le nôtre ce soir. Croyants, nous prions pour Charles Trenet. Ceux qui ne partagent pas notre foi se recueillent. C'est l'amitié pour Charles qui nous rassemble en une seule famille.
« La parabole du fils prodigue, que nous venons d'entendre se suffit à elle-même. La commenter risquerait d'en édulcorer la force. La pointe du récit n'est pas de montrer du doigt le fils qui a mené une vie dissolue. C'est de donner la mesure de l'amour et du pardon du père, c'est à dire de Dieu, lorsqu'on se tourne vers lui.
Ces paroles de miséricorde et d'espérance sont d'un grand réconfort pour les chrétiens, au moment où ils entourent un être aimé, pour un dernier adieu.
« Dans la nuit de dimanche à lundi Charles Trenet s'est placé sous le regard de Dieu, dans la vérité de ce qu'il a été. Sans masque ! Ces masques dont nous savons habilement nous parer pour donner l'apparence de la joie, là où se trouvent la détresse, le doute, l'angoisse et le désarroi. N'est-ce pas ainsi, dans chacune de nos vies, pétries dans les larmes de la douleur et dans celles de nos éclats de rire ?
« L'annonce de la mort de Charles Trenet a déclenché un déferlement d'éloges. Unanimement on a reconnu le talent exceptionnel de l'artiste qu'il a été et qu'il restera. Il a su toucher les cœurs en répandant l'optimisme, la joie de vivre et en redonnant l'espoir.
« Dieu se réjouit lorsque nous mettons à la disposition des autres les dons que nous avons reçus. Charles Trenet l'a fait largement. Notre assemblée et la foule rassemblée à l'extérieur en témoignent. En revanche la notoriété, les décorations et les titres ne pèsent pas lourd dans la balance divine. Pour Dieu il n'y pas d'espace VIP où seuls quelques privilégiés auraient le droit de pénétrer. Si cet espace VIP (les personnes vraiment importantes selon les critères humains) existe, tout le monde y a sa place, car, aux yeux de Dieu, tout être humain a la même poids : le poids de l'amour. Ne nous trompons pas, il ne s'agit pas de n'importe quel amour. Le Christ le décrit ainsi : " Il n'y a pas de plus grandes preuves d'amour que de donner sa vie pour ceux que l'on aime. "
« Charles Trenet, comme tout être humain, a rêvé d'aimer et d'être aimé. Sa passion pour la vie s'exprimait comme une soif d'infini, un désir absolu. Ne pourrait-on y voir un avant-goût de la vie en Dieu ? Dieu seul peut donner cette plénitude, pour apaiser nos passions, non en les niant, mais en leur donnant tout leur éclat, tout leur sens. Seule la vie en Dieu, que la mort inaugure, abolit les limites de la sensibilité, du temps et de l'espace.
« Pas plus que chacun d'entre-nous Charles Trenet n'a été un saint ! On pourrait débattre pour savoir s'il avait une foi pleine d'assurance, mais nous ne sommes pas ici pour justifier un homme. Les funérailles religieuses ne sont pas une canonisation, une consécration, une récompense pour chrétiens exemplaires. Tout baptisé, quelle que fut l'histoire de sa vie, a toujours sa place dans l'Église, parce qu'il a une place dans le cœur de Dieu. La miséricorde de Dieu est offerte à tous, elle n'est pas sélective. Personne n'est définitivement enfermé dans son passé. Seuls sont prisonniers de leur destin ceux qui ont perdu l'espoir.
« Je garde en mémoire ce que me disait un jour un artiste : " Je n'attends pas que l'Église me dise que mes actes sont bons alors que je sais qu'ils sont mauvais. Mais j'attends qu'elle m'aime et qu'elle me dise que Dieu m'aime malgré mes péchés. ". C'est pourquoi j'affirme au nom de l'Église : " Charles, Dieu vous aime ! " N'oublions pas cette phrase de la Bible : " Si ton cœur te condamne, Dieu est plus grand que ton cœur. "
« Oui le Christ nous assure qu'au-delà de la mort quelqu'un nous attend. Quelle qu'ait pu être notre vie, nous sommes aimés. Dieu n'humilie pas, car son jugement est toujours pardon et accueil. Seuls les hommes humilient durement, car ils sont capables de jugements impitoyables.
Personne ne peut prouver que nous avons raison ou tort de croire à la vie après la mort. Aujourd'hui, devant le mystère de la mort, quelqu'un nous demande un acte de foi. Quelqu'un dont l'image est clouée sur ce cercueil : Jésus-Christ. Quelqu'un qui ne s'est pas contenté de parler, mais qui a vécu ce qu'il disait, qui a signé son évangile de son sang, qui a mis toute sa vie dans ses paroles.
« La mort engloutit avec elle ce qui n'a pas de valeur réelle, tant de choses auxquelles nous donnons par erreur de l'importance et qui nous font passer à côté de celles qui comptent vraiment. La mort ne peut rien contre l'amour. L'amour ne peut mourir ! Pour les chrétiens, la mort n'est pas le dernier mot de notre existence. C'est l'amour qui est le dernier mot.
" Au revoir, mes amis ", ces lignes que Charles Trenet écrivait en 1952, il nous les adresse aujourd'hui :
"Au revoir, mes amis
Au revoir, à bientôt, j'espère.
Au revoir, bonne nuit,
Que vos rêves soient choses légères.
Et demain, chantez-les, mes chansons.
Qu'elles gardent à foison
La joie dans votre maison.
A présent, c'est fini,
Au revoir, à bientôt mes amis ! " ».
Les relations entre Charles et l'église de France n'ont pas toujours été aimables. Il se trouve que, dans les années soixante me semble t-il, les autorités religieuses avaient refusé qu'il donnât un récital à Notre-Dame, parrainé par le Rotary (je ne suis pas très assuré des détails, je n'ai que le souvenir de l'« incident »). Ce refus catégorique se fondait, plus ou moins officieusement, sur les préférences sexuelles du chanteur.
En souvenir de cet épisode déplaisant, Charles Trenet écrira une chanson, qui donne le titre de l'album posthume, paru en 2006 : Je n'irai pas à Notre-Dame.
samedi 6 novembre 2010
L'heure de Paris
Ah ! Quelle cohue !
Ma tête est perdue ;
Moulue et fendue ;
Où donc me cacher ?
Jamais mon oreille,
N’eut frayeur pareille...
Tout Paris s’éveille...
Allons nous coucher.
{…)
La musique est ouvertement inspirée d'une contredanse, extraite du ballet baptisé La Rosière, de Maximilien-Léopold-Philippe-Joseph Gardel (1741-1787)

Photographie PM
mardi 26 octobre 2010
De la part d'Anne
mercredi 6 octobre 2010
Madame Irma…
mardi 24 août 2010
À celles qu'on a seulement croisées
Georges brassens les passantes
envoyé par tunisien-kiffan. - Regardez les dernières vidéos d'actu.Je veux dédier ce poème
A toutes les femmes qu'on aime
Pendant quelques instants secrets
A celles qu'on connaît à peine
Qu'un destin différent entraîne
Et qu'on ne retrouve jamaisA celle qu'on voit apparaître
Une seconde à sa fenêtre
Et qui, preste, s'évanouit
Mais dont la svelte silhouette
Est si gracieuse et fluette
Qu'on en demeure épanouiA la compagne de voyage
Dont les yeux, charmant paysage
Font paraître court le chemin
Qu'on est seul, peut-être, à comprendre
Et qu'on laisse pourtant descendre
Sans avoir effleuré sa mainA la fine et souple valseuse
Qui vous sembla triste et nerveuse
Par une nuit de carnaval
Qui voulut rester inconnue
Et qui n'est jamais revenue
Tournoyer dans un autre balA celles qui sont déjà prises
Et qui, vivant des heures grises
Près d'un être trop différent
Vous ont, inutile folie,
Laissé voir la mélancolie
D'un avenir désespérantA ces timides amoureuses
Qui restèrent silencieuses
Et portent encor votre deuil
A celles qui s'en sont allées
Loin de vous, tristes esseulées
Victimes d'un stupide orgueil.Chères images aperçues
Espérances d'un jour déçues
Vous serez dans l'oubli demain
Pour peu que le bonheur survienne
Il est rare qu'on se souvienne
Des épisodes du cheminMais si l'on a manqué sa vie
On songe avec un peu d'envie
A tous ces bonheurs entrevus
Aux baisers qu'on n'osa pas prendre
Aux coeurs qui doivent vous attendre
Aux yeux qu'on n'a jamais revusAlors, aux soirs de lassitude
Tout en peuplant sa solitude
Des fantômes du souvenir
On pleure les lèvres absentes
De toutes ces belles passantes
Que l'on n'a pas su retenirAntoine Pol (1888-1971)
mercredi 26 mai 2010
Chanteur maudit
Eh bien, nous aimons à souligner l'appartenance de ce parigot à la tradition de la chanson simple et sentimentale, qui n'a pas de prétention, et qui dispose d'une qualité nécessaire à la survie en milieu hostile : il sait admirer. Ses références ne sont pas des moindres : Villon, Prévert, Gainsbourg, Léo Ferré…
Pour ce dernier, nous savons quel rôle de soutien matériel et moral il joua auprès de Léo, alors que le chanteur, devenu vieux connaissait, en Italie, des moments difficiles.
Didier Barbelivien chante Ferré, et il le fait très bien :
(Le montage photographique ci-dessus possède une esthétique d'intérieur modeste, rapidement irrespirable j'en conviens, et trahit une sentimentalité qui me touchent : je jugerais subalterne de les moquer. Je laisse ce plaisir banal au faux intellectuel nommé André Manoukian).
Paris, la nuit, la pluie : la qualité du faubourg et des grands boulevards !
mercredi 19 mai 2010
Esclave de l'amour 2
mardi 18 mai 2010
Esclave de l'amour
Ses chansons en duo sont des pépites, son « Accordeonissi mots» est un si bel hommage au «piano du pauvre». Il est de la scène comme on est d'un pays.
Oublions les petites femmes de Pigalle et voyons plutôt la plainte de l'esclave…
"L'esclave”, extrait de l'album À La Vie, à L' amour (1989)
(Merci à Pat Caza, qui m'a fait connaître le moyen de réduire les dimensions d'une video «embeded».)
dimanche 16 mai 2010
Chère ombre, ralentis ton pas ! (2)
-C'est vrai que vous avez l'air d'un argentin, mais votre mèche est parisienne. Alors, vous vous appelez Patrick !
-Oui, madame, mais tous les garçons s'appellent Patrick, vous savez.
-Oh non ! Moi, j'ai connu peu de Patrick en France. Il est vrai qu'ils étaient nombreux aux USA.
Et nous embarquons pour l'Amérique, où elle reçut des triomphes. Ils étaient fous, là-bas, de cette femme délicate, bien faite, à la voix mélodieuse d'amour murmuré. Ils l'avaient découverte lors de sa première tournée, à Broadway, dans les années Vingt
-C'est "Parlez-moi d'amour” qui leur a donné le béguin définitif. Vous ne pouvez pas imaginer le succès de cette chanson, dans le monde entier ! J'était la femme qui réclamait qu'on lui parle d'amour ! J'étais gracieuse, avec des attaches fines (il me semble qu'elle m'a dit avoir posé pour des peintres connus, dans sa prime jeunesse). J'ai incarné la femme française.
Dans ce bistro vraiment banal, Lucienne Boyer me fait le récit éparpillé de sa prestigieuse vie d'artiste du music-hall international. La petite salle grise, où des types en gros cuir jouent à la belote, résonne silencieusement des applaudissements que le public d'une première, en habit de soirée, debout, adresse à une silhouette gracile, qui sourit et s'incline…
–On jouait à guichet fermé. Plus tard, j'y suis retournée avec mon mari, Jacques Pills : même chose, les américains faisaient la queue pour nous entendre.
Elle commande une autre bière, et moi de même, par politesse, pour ne pas la laisser seule avec un demi entre nous. Je n'aime pas la bière. Je resterai des heures ici, dans ce troquet minable, à tenter de la sortir de ses silences et de sa mélancolie. Elle ignore que je n'ai pas d'autre réalité que celle que suscite en moi son récit lent et décousu. Et que de cette réalité, que je ne saurais faire partager, je tire une sorte d'ivresse.
L'établissement se remplit un peu. La rue en pente s'anime, les enfants sont sortis de l'école. Lucienne, fatiguée, commande un café. il y a dans son regard de brume tendre un ancien chagrin qui dérive. Elle me parle de Fréhel, qui habitait tout près. À ce moment précis, la patronne, une dame maigrichonne à la longue figure sans grâce, apporte nos cafés.
-N'est ce pas que Fréhel habitait le quartier ?
Sans sourire, sans marquer de surprise, la patronne se retourne, tend le doigt et dit simplement.
-Là, juste en face, au 4e étage.
Elle porte un tablier fleuri, au ton passé ; ses mains sont fines, parcourue de ridules, et ses doigts noueux.
-Elle était méconnaissable, énorme, dans les dernières années. Quand elle est morte, les employés des pompes funèbres n'ont pas pu descendre son cercueil par l'escalier. Ce sont les pompiers qui l'ont fait, à l'aide de cordes, et en passant par la fenêtre. La rue était noire de monde, des familles entières qui voulaient assister à cette grande manœuvre. Elle buvait énormément, Fréhel, mais elle était restée très populaire par ici. Il paraît qu'elle disait qu'elle n'avait eu qu'un seul amour vrai : Maurice Chevalier. Elle ne se serait jamais vraiment remise de leur séparation.
Lucienne Boyer voulait rentrer chez elle, à présent.
Nous sortîmes, je la raccompagnai. Elle était ralentie mais pressée de retrouver ses fantômes. Elle me dit de revenir la voir. Plus tard, je l'appellerai en vain au téléphone, qui sonnait dans le vide. Je ne la revis jamais.
Le soir tombait. Je revins au pied de l'immeuble de Fréhel, puis je m'en éloignai un peu. J'imaginais l'empressement des pompiers, les ordres secs du capitaine, le lourd et immense cercueil qui descendait le long de la façade, les curieux, les passants, les locataires.
C'est l'histoire d'une chanteuse morte et de son cadavre encombrant, dans une rue en pente, à Paris…
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Chère ombre, ralentis ton pas !
Demain, je vous dirai ce que je sais de sa fin, et dans quelles circonstance étonnantes cela me fut rapporté.
Enfin, pour qu'on se souvienne de son émouvante beauté, de la finesse de son chant :
