samedi 6 juillet 2013
Arthur R., clandestin sur la terre
LEO FERRE - On n'est pas sérieux quand on a 17... par l0ve_0n_the_beat
Dix-sept ans ! Un garçon, un rustre, brutal, grossier, avec des diamants dans la bouche, un voyou, un hirsute des barrières, un piéton cérébral qui ne cessa pas de marcher… Un récalcitrant fuyant son ombre, sans passé, un marchand, un trafiquant, furieux d'avoir été roulé, réclamant son dû, âpre au gain, les reins brisés par une ceinture pleine d'or, qu'il ne quittait jamais. Un géographe silencieux, prompt à la colère, méfiant, un cavalier au corps sec et noueux, lancé sur les pistes de cailloux et de sable. À la fin, rongé par une tumeur osseuse qui lui dévorait la jambe, traversant le désert sur une litière, à dos d'homme, souffrant le martyr pendant la traversée jusqu'à Marseille. La lente agonie, les chairs torturées, des rêves de ciel de plomb et de pistes brûlées par le soleil, les dernières paroles de Rimbaud l'Abyssin pour organiser la caravane, et les ordres d'embarquement.
Il n'y eut pas deux Rimbaud, mais un seul, de son pays de pluie jusqu'aux dunes mouvantes, un seul Arthur R., passager clandestin sur la terre.
Sur Arthur, on lira caravanier
lundi 3 juin 2013
L'ivresse et le flacon…

« Lourdes comme des ventres d’abeilles, comme le vent paresseux, comme le souvenir, comme la couleur de l’orage, comme les yeux clairs, comme une promesse qui sera tenue. Gonflées de lait, de miel et de sucre. Le lait d’en haut, crémeux, pour apaiser les oursons voraces et téteurs. Le lait du milieu, le meilleur, entre les crevasses un peu roses, un peu mauves, un peu brunes. Juste une petite giclée d’opale liquide, envoyée par un invisible compte-gouttes. [...] On en boirait des tonnes, en direct, avec une paille ou à la petite cuiller. Et elle rue, en dessus, geint, délire, vous encourage, secoue ses teignes de désespoir. Vous, la tête à l’étau, brouteur patient, le groin dans la truffe au parfum jamais mis en flacon, vous méprisez votre propre plaisir : c’est le sien qui compte. Catcheuse ruisselante, elle va vous étrangler d’un ciseau de ses cuisses. Vous haletez, tout à votre besogne salée, artisan des basses régions. [...]
Lourdes, et lentes. Prenant bien leur temps pour reluire et faire reluire. Nourrices, mères, soeurs. Pleines de lait, de sécrétions, d’organes mous. Les autres, les maigres, les rapides, retournez à vos enfers étroits.
Elle dort ; vous n’avez pas joui. Quelle importance ? Vous regardez la rue où défilent des hommes qui vous ressemblent, qui paraissent vous ressembler. “ Je t'aime ” : qu’est-ce que cela signifie sinon ce don sans échange, sans contre-valeur ? »
André Hardellet (1911-1974), Lourdes lentes, coll. L'imaginaire, Gallimard, édité, à l'origine (1969), par Jean-Jacques Pauvert, interdit pour outrage aux bonnes mœurs en 1973. André Hardellet est mort l'année suivante.
Illustation : Nu allongé, Mario Szantho, peintre hongrois (1897-1998).
À propos d'André Hardellet, on rendra volontiers visite aux Cœurs croisés, cœur gravés
dimanche 26 mai 2013
Fantaisie pour une autre fois

On lui a joué un tour, à Céline. En 1955, Paul Chambrillon (1924-2000) avait convaincu Arletty et Michel Simon d'amener Céline dans un studio d'enregistrement. Céline, réticent d'abord, chanta a capella deux chansons de sa composition. Par la suite, l'accordéoniste Aimable ajouta un accompagnement. Il y a un peu de Francis Carco dans l'art et la manière ; cela sent la taverne, la bière, la misère mais avec entrain et beaucoup de fantaisie.
On ira à l'adresse ci-dessous, si l'on veut entendre l'autre rengaine de Céine :
http://www.dailymotion.com/video/x43h2d_a-noeud-coulant-louis-ferdinand-cel_music?start=27#.UaJcZZVEU8w
En haut, une rare photographie de L.F. Céline sur le pont du bateau, qui le menait en Amérique. Cela se passait sans doute vers 1930. Voyagait-il en compagnie d'Elisabeth Graig, qu'il aima tant ?
L'arrivée à New York :
« Figurez-vous qu'elle était debout leur ville, absolument droite. New York c'est une ville debout. On en avait déjà vu nous des villes bien sûr, et des belles encore, et des ports et des fameux même. Mais chez nous, n'est-ce pas, elles sont couchées les villes, au bord de la mer ou sur les fleuves, elles s'allongent sur le paysage, elles attendent le voyageur, tandis que celle-là, l'Américaine, elle ne se pâmait pas, non, elle se tenait bien raide, là, pas baisante du tout, raide à faire peur. On en a donc rigolé comme des cornichons. Ça fait drôle forcément, une ville bâtie en raideur. Mais on n'en pouvait rigoler nous du spectacle qu'à partir du cou, à cause du froid qui venait du large pendant ce temps-là à travers une grosse brume grise et rose. et rapide et piquante à l'assaut de nos pantalons et des crevasses de cette muraille, les rues de la ville, où les nuages s'engouffraient aussi à la charge du vent. »
Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit
Sur Céline, on lira Comment cela a débuté…, La trace de Pol, Louis-Ferdinand est toujours à l'heure, L'hypocondriaque de Meudon 1, L'hypocondriaque de Meudon 2 Louis-Ferdinand est toujours à l'heure
jeudi 16 mai 2013
Comment cela a débuté…
On en parlera, mais, en attendant, écoutons Michel Simon lisant Céline :
On pourra rendre visite à L'hypocondriaque de Meudon 1, et retourner chez L'hypocondriaque de Meudon 2
jeudi 31 mai 2012
Muriel est morte
lundi 7 mai 2012
Le choix d'un frère
Drieu n'eut pas, c'est le moins qu'on puisse dire, un comportement particulièrement « recommandable », et ses écrits, en particulier son « Journal 1939-1945 », publié dans la collection Témoins, chez Gallimard, par Pierre Nora, laissent peu de doutes sur le sujet de ses engagements détestables. Mais c'est ainsi : rien n'a jamais pu me détourner de l'aimer. Je possède tous ses livres, dans leur édition originale parfois, des documents, et quelques lettres de lui, que j'ai achetées ici et là.
Je crois que « Le Feu follet » sera encore lu dans cent ans, par des jeunes gens tristes. Quant à moi, dans cent ans, je ne serai même plus un « vieux gens triste ».
Drieu est publié dans La Pléiade. Certains s'en scandalisent, d'autres s'en étonnent, et d'autres encore s'en réjouissent. J'aimais bien mon Drieu un peu maudit, privé de décoration : son entrée dans la prestigieuse collection sur papier bible, c'est un peu la Légion d'honneur. Mais j'attends beaucoup de l'appareil de notes, toujours bien complet dans cette édition. Nous y reviendrons.
Sur Drieu, on lira : La belle argentine et l'homme perdu dans LA LITTÉRATURE COMME ART DE VIVREFin de partie 2 – Avec amitié dans LES MOTS POUR LE DIRE ET AUSSI Tanya from Russia, America and ParisHAMSTER, ÂME SŒUR
dimanche 10 octobre 2010
«Mamant»
La dernière phrase du roman, prononcée par Ronquerolles qui invite son ami à bien placer son amour, a été interprétée comme une dédicace occulte à Mme de Berny […]. Elle paraît plutôt incongrue par rapport au reste de l’histoire où il n’est jamais question de cette combinaison. En effet, cet amour se pose comme l’opposé de la passion romantique, en ce qu’il offre une chance d’éviter l’agressivité entre les sexes. Une femme doit être aussi la mère de son amant. Un jeune homme doit traiter son amante mûre comme une mère.
La duchesse de Langeais et la critique de la passion romantique, Francesco Fiorentino, in L'Année balzacienne 1/2000 (n° 1), p. 223-229, P.U.F éditeur
mercredi 14 juillet 2010
Métamorphose 2

Dans son jardin la sultane se baigne,
Elle a quitté son dernier vêtement ;
Et délivrés des morsures du peigne,
Ses grands cheveux baisent son dos charmant.
Par son vitrail le sultan la regarde,
Et caressant sa barbe avec sa main,
Il dit : « L’eunuque en sa tour fait la garde,
Et nul, hors moi, ne la voit dans son bain.
« — Moi, je la vois, lui répond, chose étrange !
Sur l’arc du ciel un nuage accoudé ;
Je vois son sein vermeil comme l’orange
Et son beau corps de perles inondé. »
Ahmed devint blême comme la lune,
Prit son kandjar au manche ciselé,
Et poignarda sa favorite brune...
Quant au nuage, il s’était envolé !
Théophile Gautier, La comédie de la mort, Le nuage
Photographies © PM
mardi 25 mai 2010
Arthur, caravanier
Le 20 mai 1891, il débarque à Marseille. Une énorme tumeur lui dévore le genou. On l'ampute. Il se décrit comme un «tronçon immobile». L'agonie le prend et le délivre de la douleur de vivre le 10 novembre 1891, à Marseille, ville portuaire d'où il espéra jusqu'à la fin embarquer pour Aden.
Le grand voyage de Rimbaud, des Ardennes à l'Ethiopie.
1ère partie : l'Europe aux anciens parapets
2ème partie : Rimbaud d'Afrique
Documentaire réalisé par Jean-Philippe Perrot ; textes lus par Denis Lavant et Etienne Chicot
Production, Circeto films.
dimanche 21 février 2010
Louis-Ferdinand est toujours à l'heure
Pied à terre, on arrive au cimetière
Du roman Les Deux étendards, de Lucien Rebatet. George Steiner pense qu'il est «l'un des chefs-d'œuvre cachés de la littérature moderne». J'aime infiniment George Steiner ; il incarne à mes yeux l'européen idéal, le vagabond bienveillant, qui rêve le matin sur un pont de la Seine et, le soir, poursuit une conversation interrompue quelque temps auparavant avec un ami, au bord du Danube. Et, bien sûr, son jugement m'importe ; je reconnais, après lui, que Les deux étendards est un récit fort bien mené, avec une certaine grâce. Mais possède-t-il la qualité qui fait les «chefs-d'œuvre cachés» ? Il me paraît que non, pour une raison qui tient à son auteur : celui-ci ne s'est jamais départi du raisonnement étriqué ni du souci de justification précautionneuse de sa classe d'origine comme d'appartenance : la bourgeoisie moyenne. Il semble n'y être parvenu qu'une fois, lorsqu'il écrivit Les décombres, terrible «Annonciation» païenne du crépuscule qui venait… Rebatet, artiste exalté, est un français modéré, qui trouvera dans un nietzschéisme pré-pubère une rassurante compensation à sa vision provinciale du monde. Dans la vie, il fut un pétochard, fuyant à Sigmaringen, dans les bagages du vieux maréchal, qu'il avait tant brocardé, vitupérant le ciel et les français, furieux qu'on lui demandât des comptes pour ce qu'il avait écrit pendant la guerre.
Céline, lui aussi, prit la fuite, mais jamais il ne s'amenda : il incarnait la fin du monde, celle-ci était advenue, il n'allait pas demander pardon à ses contemporains, alors qu'il brûlait plutôt d'exiger du réel des droits d'auteur pour avoir copier sa propre fiction !
Je me suis égaré, je voulais seulement vous signaler cette édition du Times Literary Supplement, toujours aussi percutant et… sexy. Il s'y trouve une analyse remarquable de Georges Steiner sur l'écrivain fondamental Céline, sur l'actualité constante de ce dernier, et une charmante évocation de Marylin, peu de temps avant sa mort. J'y reviendrai demain.
lundi 21 septembre 2009
Vertige national

«Ce que nous voulions, nous ne le savions pas, et ce que nous savions, nous ne le voulions pas.»
1919. Dans les décombres encore fumants d’une Allemagne chaotique et affamée, les troupes allemandes revenant du front découvrent avec effroi un pays en ruines, gangrené de révolutionnaires avides de prendre leur revanche sur un régime qui les a si longtemps traqués. Hagards et désoeuvrés, les soldats n’arrivent pas à savoir qui croire et quel camp choisir. A ceux qui ont lutté et enduré jusqu’aux pires extrémités possibles les souffrances humaines, la jeune République de Weimar ne propose qu’un avenir petit-bourgeois, entérinant la défaite dans l’humiliation et les abdications successives. Certains n’hésitent pas longtemps, et se regroupent en troupes de choc destinées à ramener l’ordre dans le pays, fussent par les moyens les plus radicaux : les Corps francs (ou Freikorps) sont nés. Une poignée de volontaires qui refusent d’arrêter le combat, résolus à tout pour maintenir un Reich chancelant et des frontières menacées. Ce sont les réprouvés. Ernst von Salomon est l’un d’eux. Né en 1902, cadet formé à la rude éducation prussienne, il a vécu l’Histoire et ne comprend pas la manière dont elle est désormais écrite. Avec ses camarades, ils sont emblématiques de ces jeunes Allemands qui n’acceptent ni l’humiliation de la défaite, ni la République.
Après avoir écrasé l’insurrection spartakiste, assassiné Rosa Luxembourg et Karl Liebknecht, ils s’illustrent dans une geste digne de leurs ancêtres les reîtres du Moyen Âge, avec comme scène de théâtre la côte baltique. La révolution d’Octobre et le reflux des troupes allemandes ont fait émerger de nouveaux pays fragiles, dont la Lettonie qui n’a plus de secret pour les lecteurs de ce blog (L'européenne délaissée). Ils ne peuvent compter que sur l’appui principalement diplomatique et plus rarement militaire des Alliés, dont le souhait est de créer un glacis entre eux et la Russie bolchevique. Les Corps francs doivent repousser l’invasion rouge tout en évitant aux Alliés une intervention directe avec des troupes renâclant à continuer une lutte qui ne les concernent plus. Ernst von Salomon participe donc à la triste épopée du Baltikum, cette tentative de rassembler sous l’autorité allemande les territoires baltes autrefois occupés par les chevaliers teutoniques. Il nous dresse un portrait glaçant de ces guerriers affluant d’une Allemagne exsangue, dégorgeant son trop-plein de violence à ses frontières.
Très noir, profondément mortifère, j’ai rarement lu un livre si désespéré et si violent, baignant dans une atmosphère de fin du monde. Mais, quand on a dépassé son affreuse substance, son survol des pires crimes de son camp pour mieux souligner ceux du camp d’en face, et le fait qu’il reste le texte culte d'une extrême droite encore plus affreuse, il est ce qu’on a écrit de plus vif et de plus saisissant sur l’atmosphère de chaos et de nihilisme dans laquelle baigne la République de Weimar, dès ses premières années. Un récit presque monstrueusement envoûtant, une forme d’esthétique de la violence.. Dilemme, cas de conscience : que faire quand on apprécie la plume féroce d’un auteur mais qu’on abhorre ses idées et qu’on déteste ses convictions ? A l'image de Céline, évoqué ici : L'hypocondriaque de Meudon 1, L'hypocondriaque de Meudon 2 , c’est l’éternelle histoire du salaud qui écrivait comme un Dieu.
Des Réprouvés se dégage une tragique vision de fin du monde, annonciatrice des catastrophes du siècle : la fascination pour la violence, la haine de la démocratie, le culte des héros charismatiques, l’affaiblissement des instincts de conservation et de transcendance, la pulsion de mort, la volonté de puissance. Von Salomon est un aventurier, l’homme de toutes les fuites en avant, l’emblème d’une génération perdue dans le chaos de l’Histoire. Ses réprouvés se sentent habités par une mission : achever l’effondrement d’une société corrompue dans tous les sens du terme. On perçoit bien dans cette épopée romantique des plus noires les germes d’une fascination pour la violence et d’un culte de la mort qui seront le terreau du nazisme. Une jeunesse nihiliste s’y est vautrée et a fait le lit de la pire idéologie qui soit.
Après avoir passé cinq ans en prison pour sa complicité dans l’assassinat de Walter Rathenau, politicien social-démocrate abattu en 1922 par des membres de groupes nationalistes, von Salomon publie Les Réprouvés. Ce militant nationaliste avait le profil parfait pour rejoindre le camp hitlérien, comme le firent nombre de ses compagnons. Curieusement, il est resté à l’écart, critiquant l’inculture et la démagogie des dirigeants nationaux-socialistes. Il ne s’est jamais revendiqué antisémite, et sa compagne était juive.
Je lui laisse la parole pour conclure. En parlant d’Hitler :
«Vous ne pouvez pas avoir idée, il ne savait rien de Hegel, il ne savait rien de rien, rien. La race ça n’existe pas. Sa race à lui ? Mais regardez-le ! Où est la race ? Où est la figure germanique ? Hess ! Goering ! Où ? Où ? Dans les Waffen SS ! Ah oui, Himmler ?... Les allemands sont devenus fous, fous. Et après, quand les américains sont arrivés, ils sont encore devenus fous.». (Voir également article Effroi et magie d'Allemagne)
Nadia Moscovici
Photographie : Ernst von Salomon (1902-1972), photo DR
Ernst von Salomon, Les Réprouvés, éditions Bartillat
ISBN : 2-84100-408-9
Parution : 2007
Prix : 22 €
426 pages
Traduit par Andhrée Vaillant et Jean Kuckenburg, préface de Michel Tournier
mardi 15 septembre 2009
La princesse de grand poids

La femme de Monsieur
Quelques mots sur Elisabeth-Charlotte de Bavière (Heidelberg 1652, Saint-Cloud 1722), princesse Palatine, laquelle, quoique célèbre, gagne à être connue.
Elle ne fut certes pas la plus belle femme de la cour, sous Louis XIV, mais assurément l’un de ses esprits les plus perspicaces. Après avoir épousé le duc d’Orléans, dit Monsieur, frère du roi, elle s’installe à Versailles, qui lui fait immédiatement horreur, où elle demeure pourtant presque jusqu’à sa mort. Sous les ors d’un palais qu’elle traverse de son pas d’ours, irritée par la plus sévère étiquette d’Europe, elle garde la nostalgie de sa petite province, mise à sac ultérieurement par Louis XIV. Elle conserve cependant à son beau-frère une affection très grande, qui s’exprima sans fard à la mort du roi de France. Son mari, qui lui préférait les mignons, ne la serra que rarement d’un peu près. Mais enfin, si rapide et rare qu’aient été les «hommages» de Monsieur, elle mit au monde le duc de Chartres, son fils tant aimé, qui devint Régent de France. Délaissée par son mari, elle se consacra à quelques amis, dont l'étrange et sulfureux abbé de Choisy, à la chasse en compagnie du roi Soleil, et à l'observation cruelle des mœurs et des caractères. Elle nous a laissé une passionnante correspondance, dont nous reparlerons prochainement.
Lettre du 9 novembre 1709, à la Raugrave Louise :
[...] Est-il possible que vous n'ayez jamais vu de chasse à courre ? J'ai vu prendre certainement plus de mille cerfs et fait mainte bonne chute à la chasse. Sur les vingt-six que j'ai faites, je n'ai eu de mal qu'une seule fois... Dans une demi-heure, nous allons assister à la musique. Ce ne sont que des rabâchages, car on chante uniquement les vieux opéras de Luli. Il m'arrive souvent de m'endormir en les écoutant... [...]. »
La Palatine, son œil moqueur, hypercritique, son effarement, son bon cœur et son mauvais esprit !
Document : La Princesse Palatine, portrait par Nicolas de Largillière, Château de Chantilly
lundi 14 septembre 2009
L'hypocondriaque de Meudon 2
dimanche 13 septembre 2009
L'hypocondriaque de Meudon 1

Photographie : Louis-Ferdinand Céline avec André Parinaud. L'entretien reproduit ci-dessus est extrait du coffret Céline vivant, Éditions Montparnasse (30 Euros). Contient 2 DVD, dont voici le détail :
Lectures pour tous, 1957, entretien audiovisuel avec Pierre Dumayet, 19 mn
Céline aborde le succès inattendu de Voyage au bout de la nuit écrit pour payer son loyer, dans l’espoir de retourner ensuite à la médecine, puis les retentissements qui s’ensuivirent, son incompréhension face aux réactions. Pierre Dumayet l’interroge longuement ensuite sur son nouveau roman D’un château, l’autre.
Pierre Dumayet est journaliste, une grande figure de la télévision de l’époque (En votre âme et conscience, Cinq colonnes à la une avec Pierre Desgraupes, Pierre Lazareff et Igor Barrère). C’est pour l’émission Lectures pour tous, à l’occasion de la parution D’un château l’autre, qu’il procède le 17 juillet 1957, dans les studios de la Radio Télévision Française, au premier interview de Céline.
En français dans le texte, 1961, entretien audiovisuel avec Louis Pauwels, 19 mn
Céline nous reçoit dans son étrange maison de Meudon, entre ses chiens et son perroquet, son bureau sur lequel sont posés ses 80.000 feuillets qu’il assemble avec des pinces à linge…
L’auteur revient longuement sur son enfance, sa vie passage Choiseul, à Paris (qui deviendra «le passage des Bérésinas» dans Mort à crédit), sa mère dentellière, son père correspondancier, sa passion pour la médecine, ses souffrances aussi. Il déclare : « Je serai content quand je mourrai, je ne suis pas un être de joie ».
Voyons un peu : Céline, 1958, entretien audiovisuel avec André Parinaud-18 mn
Céline nous parle de son travail d’écriture tel un ouvrier qui travaillerait avec acharnement, tous les jours, il déclare «avoir décidé d’écrire pour acheter son appartement», nous livre sa conception de la littérature, l’importance accordé au style, au «langage parlé à travers l’écriture».
André Parinaud (1924-2006) est agrégé de philosophie. Résistant, il collabore au journal Combat. Après la guerre, il mène une carrière d’écrivain, de journaliste et de critique et se fait remarquer pour ses interviews de Colette, Simenon, Salvador Dali, André Breton, Malraux. C’est en 1953, grâce à Marcel Aymé qui l’introduit à Meudon, qu’il obtient et publie dans le N°1 de La Parisienne (janvier 1953) le premier entretien accordé par Céline à son retour d’exil. En octobre 1958, il réalise un second entretien filmé par Alexandre Tarta, dont la télévision a donné de courts extraits, mais qui n’a jamais été diffusé intégralement. C’est donc l’entretien dans son intégralité que l’on peut ici apprécier.
Céline au travail ». Relecture et correction d'un extrait de Nord par l'auteur,1960.
11 mn
Enregistrement sonore inédit, réalisé par Renée Canavaggia, soeur de la secrétaire de L.-F. Céline.
Document totalement inédit, ne figurant dans aucune des anthologies consacrées aux enregistrements de Céline. Céline qui dicte à sa secrétaire Marie Canavaggia un extrait de Nord, aurait été enregistré à Meudon par Renée, la sœur de cette dernière. Ce passage correspond aux pages 237-238 de l’édition originale de 1960 parue chez Gallimard. Il s’agit du seul enregistrement connu à ce jour de Céline lisant un texte.
DVD 2, Autour de Louis-Ferdinand Céline
En marge du prix Goncourt 1932, À propos de la non-attribution du prix à Céline, 1 mn
Lucien Descaves (1861-1949) est membre de la première académie Goncourt. En 1932, lorsque, à la suite d’une manœuvre, le prix, promis à Céline pour Voyage au bout de la nuit, échoit au roman Les loups de Guy Mazeline, il quitte avec fracas le jury et s’en explique.
D’un Céline à l’autre, 2 parties. 115 mn environ. 1969, de Y. Bellon et Michel Polac.
Portrait de L.-F. Céline avec les témoignages de Madame Destouches, Michel Simon, le Dr Villemain, Me Gibault, René Barjavel, Gen Pol, Dominique de Roux, Michel Audiard...
Une émission Bibliothèque de poche, dédiée à Céline et présentée par Michel Polac. Le principe était celui d’un rendez-vous littéraire public autour d’un Livre de poche. L’introduction est filmée passage Choiseul à Paris, où Céline vécut dans son enfance. Polac propose gratuitement des livres de Céline aux passants, qui les refusent et s’écartent effrayés. Avec les témoignages de Lucette Destouches (sa femme), René Barjavel, Michel Simon, Michel Audiard, Jean Renoir, Pierre Lazareff, le Dr Willemin (son médecin)…
Témoignage d'Elisabeth Graig, Entretien avec Jean Monnier, 3 mn environ.
Ce témoignage de Elisabeth Craig (1902-1982) à qui Louis-Ferdinand Céline dédia Voyage au bout de la nuit est extrait de l’émission Ex Libris du 9 novembre 1988. Huit ans de vie commune, elle fut probablement la seule femme jamais aimée par l’auteur. Retrouvée 55 ans après leur rupture, elle explique à Jean Monnier pourquoi elle choisit de rompre, malgré leur attachement réciproque.

