jeudi 3 juin 2010

L'émotion de Pierre

Mother! Cette voix ! Kathleen la grande ! Elle vous prend, vous surprend et vous bouleverse, du fond du bide jusqu'au dernier repli de l´âme. Du sol au plafond ! Jamais virtuose, toujours émouvante.
Pierre

«Jamais virtuose, toujours émouvante.»

Voici deux «chants aux enfants mort» (Kindertotenlieder), cycle de cinq lieder composé par Gustav Mahler, sur des poèmes de Friedrich Rückert (1788-1866), entre 1901 et 1904. Il y a là une terrible correspondance d'événements : Rückert écrit ces textes après la mort, par maladie, de deux de ses enfants ; or, en 1907, la scarlatine tue Maria, la fille aînée de Gustav et Alma Malher ! Peut-on voir une prémonition dans les lignes suivantes :
«Si l'on a pas d'enfants, ou si on les a perdus, j'admets que l'on puisse mettre en musique des paroles aussi terrifiantes, mais autrement ? Comment donc comprendre qu'une heure après avoir embrassé et cajolé des enfants en pleine santé, au physique comme au moral, on se lamente sur leur mort ? Je m'exclamai alors: Pour l'amour de Dieu, ne tente pas la fatalité!» (Alma Malher, Mémoires) ?
Gustav Malher lui-même, après le drame, confie à Guido Adler :
"I placed myself in the situation that a child of mine had died. When I really lost my daughter, I could not have written these songs any more."


"Nun will die Sonn'so hell aufgeh'n”, premier chant des Kindertotenlieder, orchestre philarmonique de Vienne, dirigé par Bruno Walter.

Traduction
À présent le soleil radieux va se lever
Comme si, la nuit, nul malheur n'avait frappé.
Le malheur n'a frappé que moi seul,
Tandis que le soleil brille à la ronde.

N'enferme pas la nuit en ton coeur,
Plonge-là dans la lumière éternelle.
Une lampe s'est éteinte en ma demeure,
Gloire à la lumière, joie du monde !





"Oft denk' ich, sie sind nur ausgegangen.", chant n° 4, idem

Traduction :
Souvent je me dis qu'ils sont seulement sortis !
Ils vont bientôt rentrer à la maison !
La journée est belle ! Oh, ne sois pas inquiet !
Ils font seulement une longue promenade.

Bien sûr, ils sont seulement sortis
Et vont maintenant renter à la maison.
Oh, ne sois pas inquiet ! La journée est belle !
Ils se promènent seulement jusqu'aux collines.

Ils nous ont seulement précédés
Et ne voudront plus revenir à la maison !
Nous allons les rejoindre, là-haut sur ces collines
En plein soleil ! La journée est belle !

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