mercredi 13 janvier 2010

La main au culte !

Je revins à elle, ce matin. Son carré était désert, le temps gris, humide, j'allais m'éloigner lorsque j'entendis un murmure. J'épiai l'air, immobile. Une voix, alors, prononça distinctement : «Approche, petit monsieur, viens près de moi !». Cela, assurément, venait de la statue. Lorsque je fus au plus près d'elle, la voix reprit :
– Tu viens souvent, tu tournes autour de moi, tu me dévores des yeux.
– Je vous admire, je vous vénère, pardonnez-moi ! Si cela vous importune, je viendrai moins souvent.
– Au contraire, mon ami, tes visites ne me laissent pas indifférente. j'ai l'habitude des hommages, des photographies, des attroupements, mais toi, c'est différent. Quand tu me regardes, tu as l'air ému, je veux dire, sensuellement ému.
– Je ne peux nier que votre plastique me trouble et…
– Ah, ah, ah ! Ma plastique te touche ! Ah, ah, ah ! Touche-là donc, ma plastique !
– Que voulez-vous dire ?
– Je veux dire : caresse-moi ! Sors ta main de ton gant, promène-la sur mes fesses. Dépêche-toi, les gardiens se sont éloignés !

Je fis ce qu'elle m'ordonnait :





Elle me fit compliment de ma main, qu'elle jugea douce et chaude, et assez large pour couvrir une belle surface de sa «matière» glacée.
– Je sens ta chaleur, elle irradie. Viens te poser sur mes seins. Hâte-toi, les premiers touristes seront bientôt là, et les gardes se rapprochent.

Je m'exécutai sans protester :







Je ne sais combien de temps je suis resté en équilibre précaire, sur le socle de la fille Lachaise, à la caresser langoureusement, avec une application assez amoureuse pour que j'en vienne à fermer les yeux. Je me souviens simplement qu'elle me dit à voix très basse.
– On vient ! Descends, tu reviendras demain. Promets que tu reviendras !
– Juré.
– Avant de t'éloigner, donne-moi une dernière caresse.
– Tout ce que vous voudrez !

Et voici :



Photographies © PM

mardi 12 janvier 2010

Bonnet E























































Ce matin, dans un froid polaire, j'ai rendu visite à la fille Lachaise, aux Tuileries. Elle ne craint ni le gel, ni la neige, ni le vent. Elle demeure impassible. Seuls des pigeons, ou des mouettes, ont souillé son visage. J'adore cette fée massive, cette divinité de l'abondance, son ventre rond, ses fesses fermes, ses seins épanouis comme des fleurs d'espérance. Je l'ai serrée de près, dressé sur son socle, la tête enfouie dans sa poitrine. Je devais avoir l'air ridicule. Je retournerai auprès d'elle, car je l'admire et lui voue un culte.
Et puis, passant devant la vitrine de Repetto, je n'ai pu qu'essayer de rendre hommage à sa décoration, si sobre et parfaite.

Photographie © PM

dimanche 10 janvier 2010

Kristina



Kristina Rady s'est pendue aujourd'hui, à son domicile, alors que Bertrand Cantat, chanteur du groupe Noir Désir, le père de ses enfants, était présent, peut-être endormi dans la chambre.
Cantat, Noir Désir, leurs postures de rebelles conformistes ne m'ont jamais intéressé. En revanche, j'avais été impressionné par la dignité, le courage de Kristina Rady, après le drame que nous connaissons.
J'ai eu alors l'impression qu'elle faisait face, non pas en accentuant sa présence réelle, mais, au contraire, grâce à un exceptionnel effort d'abstraction physique. Sortie par un fait divers de l'ombre où elle se tenait, Kristina supporta la violence des projecteurs en ne leur opposant qu'une absence inflexible. Elle réussit l'exploit de défendre son compagnon contre le reste du monde, de protéger sa famille sans offrir aucune des figures majeures de ce type de représentation sociale : le chagrin, le désespoir, l'affliction.
Elle était déterminée.
Quel abîme s'ouvre sous nos pas, un jour ou l'autre ?

jeudi 7 janvier 2010

Prise de bec

Le boulanger des petits oiseaux (ce matin, à Paris, pris sur le vif).













(photographies : PM)

mercredi 6 janvier 2010

Waitin' for Waits

Tom Douce
Pour Pat Caza, qui a écrit une nouvelle étonnante chez lui (voir son blog Crasses et Voluptés), pour le plaisir des oreilles et celui des yeux. Forte présence de Tom Waits, la fille, la route, la voiture…
Prenez place !

mardi 5 janvier 2010

Le bon numéro

Dedicated to Alice, Nadia, Émilie, Tanya, Euréka-Anne, and even to Cheveux d'encre































































The best fragrance of all time :
- «I want to give the world something artificial !» Coco Chanel to Ernest Beaux, perfume creator, in 1921.

What do I wear in bed ? Why Chanel N° 5 of course !» Marilyn Monroe.

Flask collector N°5, Alice's private collection ; photographies PM.

samedi 2 janvier 2010

La cérémonie des (a)vœux

À vous toutes et à vous tous qui rendez ces lieux si aimables, à celles qui, depuis le début se sentent ici chez elles et ont déjà tant donné de leur grâce légère et de leur talent, je dis simplement merci et je forme des vœux pour que la prospérité de l'amour vous comble toujours.

Quelques dédicaces particulières :
À Émilie, marquise aux yeux de braise, à Nadia-du-Delta, et à Tanya (Lady T, from Mushrooms$Berries), cette extraordinaire version de It's man's world, déjà vue ici, mais que je trouve si réussie (alors que je n'aime pas le mélange des genres) et si bouleversante, que je vous la destine pour cette année neuve. Entendez la simplicité biblique des paroles, la suavité d'écume murmurante de Pavarotti, l'éclat d'acier chaud de James Brown :



À j.d.l.l et à Vincent, cette belle et rare version, par le belge à la voix de râpe rouillée, Arno, d'un émouvant texte de Jean-Roger Caussimon, une sorte de blues français, interprété d'habitude par Léo Ferré, Comme à Ostende :



Et, pour tous ceux qui passent, ici, sans laisser de trace, la même chanson, par Jean-Roger Caussimon, injustement oublié :



Pour Euréka, qui traverse actuellement une zone d'ombre, pour une certaine «Cheveux d'encre», qui ne reviendra peut-être pas, pour Paul et Catherine, pour Alice et toux ceux que la voix et l'impeccable diction de Marc Ogeret (qui se souvient de lui ?) font frémir, ce superbe poème de Louis Aragon :



Pour Pat«foot blues»Caza (de Crasses et Voluptés), jeune homme élégant et talentueux (ses textes ont une belle étrangeté), pour Mac&Kate, qui ouvre de temps en temps notre porte et nous adresse un salut si amical, pour mon ami, le brillant photographe Paul Wagner, ce morceau de bravoure, par un homme qui aimait tant Paris qu'il est mort dans sa proche banlieue (!), Screamin'Jay Hawkins :



Et encore, trois photographies (la deuxième, à l'intention de Jérôme Leroy, la troisième, en clin d'œil au brillant Olyvier, garçon aux «semelles de vent»), prises ce matin, dans un quartier étrange de Paris, situé entre les deux gares de l'Est et du Nord :






























































Et ceci, enfin, que j'avais appris, enfant :
«I wish you a merry Christmas and a happy new year,
A pocket full of money
And a cellar full of beer,
A horse and a gig
And a good fat pig,
Please, give me my Christmas box


Photographies : PM