vendredi 30 octobre 2009

Mad about Magoo

Ce film, pour les types de ma génération, est fondamental et malgré tout ignoré. En 1966, j'avais seize ans, j'aimais déjà les jolies femmes. La mode, alors, ne se prenait pas pour une vendeuse arrogante. Elle bousculait les canons de la bonne société, mais cherchait encore ses nouvelles marques. Elle inventait une silhouette : celle de la jeune femme qui paraît dans cet extrait. La première fois que je la vis, je ressentis une impression «fulgurante», une sorte de décharge électrique. William Klein, photographe fantasque, démontrait une splendide fantaisie. Et puis, son obsession du beau sexe n'était pas une obsession exclusivement sexuelle. Quelque chose de fragile, de délicat, de périssable naît sous nos yeux. À l'époque, je demeurai sans voix.
Vous remarquerez que la jeune femme, si elle est mince, possède de jolies rondeurs. Je veux dire par là que les top-models des sixties n'avaient rien en commun avec les anorexiques méprisantes qui piétinent les podiums aujourd'hui. Pourtant, on voit bien que derrière cet écran bien maîtrisé par un homme (William Klein), se dissimulent la dictature de la télévision et celle la mode.
On en reparlera.



QUI ÊTES VOUS POLLY MAGOO ?
Réalisateur : William Klein; Scénariste William Klein; Image Jean Boffety; Son Antoine Bonfanti; Musique Michel Legrand, producteur Robert Delpire.
Avec Dorothy McGowan, Jean Rochefort, Sami Frey, Grayson Hall, Philippe Noiret, Alice Sapritch, Fernando Arrabal, Guy D'Avout, Roger Constant, Francis Dumoulin, Luce Fabiole.
Sortie salles : 19 mai 1966

mardi 27 octobre 2009

Les couleurs contre la mélancolie

Olyvier, que vous avez connu chez Causeur, était parti pour un long périple en Orient. Il en est revenu. Il s'est progressivement réadapté, à son retour, saturé qu'il était, de rencontres, de visages, de scènes, d'événements. Son vrai talent de photographe a été récemment reconnu. Mais il possède également une aptitude à exprimer avec des mots l'étrange, la fulgurante émotion qui le saisit parfois.
Il m'avait promis «quelque chose» pour Tous les garçons… Voici ce qu'il nous offre. Je lui dis que notre blog, en le recevant, accueille un talentueux ami.


Trois images de l'Orient, par Olyvier

Dès que j'ai commencé à voyager en Orient, j'ai été frappé par les couleurs, les couleurs vives des objets bon marché, des vêtements synthétiques, des peintures recouvrant portes et devantures. Cela ne ressemblait pas à ma vision de ces régions, disons : ocre et sable.
Là-bas, Les gens luttent contre la mélancolie et la misère : ils y opposent la joie criarde du rose, du jaune, du vert, du bleu. Le combat est souvent perdu, car les couleurs passent au soleil. L'illusion colorée ne dure pas.
J'ai eu envie de photographier ces objets, ces couleurs, pour témoigner de ce combat, de cette défaite. De la dignité de ce combat que la défaite n'abolit pas tout à fait.


Cizre, Turquie


Soulémanieh, Irak


dimanche 25 octobre 2009

Le rouge aux joues et la pourpre cardinalice

Il me plaît de réunir trois hommes selon mon cœur : le Cardinal de Bernis (1715-1794) et Roger Vailland (1907-1965) d'abord. Celui-ci écrivit un superbe éloge de celui-là ; je pense que le premier aurait fort apprécié la conversation du second. Tous deux se fussent d'ailleurs retrouvés chez Casanova. Le cardinal fut de ses intimes, Vailland, de ses admirateurs. L'un et l'autre proclamèrent leur amour de l'Italie. Stendhal (1783-1842), autre puissante et constante admiration de Roger Vailland, italien de cœur, a ressenti le souvenir laissé par le prélat : «On parle encore à Rome du cardinal de Bernis […]. C'est que ce cardinal était magnifique et poli […].Le cardinal de B. soupe avec Casanova à Venise, et lui enlève sa maîtresse.[…]» (Promenades dans Rome : un cardinal en 1829).

Bernis, encore jeune, sollicite un poste auprès d'un influent homme d'église. Ce dernier, fort mécontent, lui répond : «De mon vivant, jamais !». Alors, de Bernis, en s'esquivant : «J'attendrai donc !»

Voici, à son sujet, la fin du témoignage de Mme du Hausset, femme de chambre de Mme de Pompadour :
«Après un exil de six ans qu'il soutint avec dignité, le cardinal fut nommé par Louis XV ambassadeur de France à Rome, et protecteur des églises de France dans cette cour. En 1791, il reçut dans son palais les princesses, tantes de Louis XVI, qui cherchaient un asile contre la tempête révolutionnaire.
Jusque-là le cardinal avait fait les honneurs de son pays avec une grande magnificence, et surtout avec une grâce, une politesse, une aménité rares. Dépouillé tout à coup de ses abbayes par des décrets, et de son archevêché par le refus de prêter un serment que sa conscience ne lui permettait pas, il perdit 400 OOO livres de rente et le noble plaisir d'en donner la moitié. D'une si haute fortune, M. de Bernis tomba dans un état voisin de l'indigence, et s'y résigna sans murmure. Mais, à la demande de son ami, le chevalier Azzara, la cour d'Espagne lui fit une forte pension qui satisfit à tous ses besoins, et même au plus pressant, au besoin d'aider les malheureux.»

Mais nous reviendrons sur ces trois gaillards, grâce auxquels la vie paraît moins morose, et le ciel moins bas.

Document : portrait de Stendhal en 1835 par Louis Ducis. Fonds Bucci, Bibliothèque Sormani, Milan.





samedi 24 octobre 2009

Brando sur le trottoir

Regardez bien cet entretien avec le grand Marlon. Il s'exprime en français, dans les rues de New York. Tout commence très bien, Brando fait des efforts, il s'applique, il est sérieux. Puis, un événement se produit. La question : était-ce prémédité ou spontané ?


Marlon Brando interview en francais à la grande epoque


Imaginez ! Brando jeune, dans votre chambre, dans un maillot de corps moulant…
Dans cette scène, il est en compagnie de Blanche Dubois (Vivien Leigh), c'est évidemment un peu plus compliqué. Et puis, Tennessee Williams veille sur leur destinée : il y a mis tout ce qu'il sait du Sud, de sa chaleur moite, de la frustration, de la maladie mentale, du désir.
«On a tous quelque chose en nous de Tenessee…»






Ces quelques extraits du Dernier Tango. Bouchez-vous les oreilles ou supprimez le son, un importun a cru pouvoir substituer sa musique à la partition originale de Gato Barbieri. Je les ai choisis parce que Brando y apparaît dans toute la beauté blessée, crépusculaire, de ses cinquante ans. Je vous recommande les premières images. Il est vêtu du fameux manteau en cachemire sur un pull à col en V. Il se dirige vers l'appartement où tout va commencer entre Maria Schneider et lui. En ce lieu, il dira qu'il n'a pas de nom, pas d'identité. Il exigera le même anonymat de sa partenaire. Au jeu du sexe, c'est lui qui perdra : le loup viendra bêler auprès de la jeune femme, soudain bien embarrassée…
Note : ce blog connaît quelques difficultés technologiques, que je ne m'explique pas. Ce qui se trouve habituellement à droite, s'est glissé sous les messages… bug !


jeudi 22 octobre 2009

The fair lady











































Le 20 janvier 1993, j'appris la disparition d’une femme, que je savais gravement malade, que j’avais vue tant de fois et qui, toujours, m’avait éblouie. Très affaiblie, n’ignorant rien de son état, elle avait choisi la commune de Tolochenaz, dans le canton de Vaud (Suisse) pour y attendre la mort. Elle avait 63 ans.
On ne se souvient pas d’Audrey Hepburn sans évoquer Hubert de Givenchy, son grand ami,son confident, son couturier. Leur accord fut si parfait, qu’ils créèrent tous deux une silhouette reconnaissable entre toutes. Il imagina des vêtements, qui accompagnèrent simplement l’élégance nerveuse qu’elle incarnait à la perfection. Hubert de Givenchy, formé à l'école de Cristobal Balenciaga, mit à la disposition d'Audrey des robes, des jupes, des chapeaux, des chaussures, une panoplie complète dont elle pouvait combiner les éléments. Le tout formait une présence chic et moderne.
Nous reparlerons d'Audrey Hepburn et d'Hubert de Givenchy, deux magnifiques exemplaires de l'humanité.

Photographies : Audrey Hepburn, George Peppard dans Diamants sur canapé (Breakfast At Tiffany's)
(© Paramount Pictures France).
Hubert de Givenchy en 1970 (© DR)

DVD : Diamants sur canapé
Réalisation : Blake Edwards
Scénario : George Axelrod d'après le roman de Truman Capote
Acteurs : Audrey Hepburn, George Peppard, Patricia Neal, Martin Balsam, Mickey Rooney
Musique Henri Mancini
Costumes : Edith Head
Garde robe d'Audrey Hepburn : Hubert de Givenchy
Garde robe de Patricia Neal : Pauline Trigere
Production : Martin Jurow, Richard Sheperd
Distribution : Paramount Pictures
Trouvé au prix de 8,26 € sur PriceMinister

Holly Golighty, une délicieuse call-girl, fait la connaissance de son voisin du dessus, un jeune écrivain, entretenu par une femme plus âgée mais nettement plus riche que lui. Holly a fui la médiocrité à laquelle sa naissance la destinait. Désormais, elle vit comme «un animal sauvage dans la jungle splendide et cruelle de New York». Un gigolo, une dévoreuse de diamants, les failles de l'un et de l'autre : superbe parade des êtres brisés, leur manière de survivre, la peur d'aimer. Deux griffes : celle du grand couturier Hubert de Givenchy, celle du grand écrivain Truman Capote. Et le talent de Blake Edwards.




Coups et mépris






















Bagarre au saloon
Comme vous avez pu le constater, je sors d'une bagarre avec un personnage méprisable chez causeur. Cette bagarre, je l'ai provoquée, comme la précédente, avec le même. Il en sera ainsi chaque fois qu'il paraîtra chez causeur. Je pense que ce gnome culturel s'est ridiculisé, mais, bien sûr, chacun désignera son vainqueur en fonction de ses préférences. Je me réjouis de ressentir toujours la même colère et le même puissant mépris pour l'idéologie qu'il incarne.
Je remercie infiniment Nadia et Zyva, qui ont démontré une belle vigueur et une ironie redoutable. J'étais fier de voir paraître à mes côtés ces deux mousquetaires, chaussées de cuissardes très sexy et maniant l'épée aussi bien qu'Aramis.

J'ai illustré ce mot bref de l'affiche du film La fille de d'Artagnan, pour rendre hommage à votre valeur guerrière, et, pour votre plaisir, d'un portrait du beau Sami Frey, qui joue dans ce long métrage de Bertrand Tavernier.


mercredi 21 octobre 2009

L'unique et ses semblables




Entendue ce matin, cette chanson peu connue de Piaf, où le sentiment amoureux résiste à l'examen de la lucidité. C'est l'histoire d'une femme, dont le regard sans complaisance n'abolit pas le simple désir d'être «considérée» par un homme…



Edith Piaf : Un homme comme les autres (1947) : paroles, Edith Piaf, musique, Pierre Roche

A l' voir comme ça, un homme c'est rien,
Mais pour peu qu'il vous intéresse,
Ça tient d' la place, cré nom d'un chien.
Celui pour qui j'ai des faiblesses
N'est pas tellement joli garçon
Mais il ressemble à ma chanson.

Un homme comme les autres,
Un homme parmi tant d'autres
Et pourtant...
Personne n'a sa voix,
Personne n'a ses yeux.
Quand je l'aperçois,
J'en ai plein les yeux
Et je l'aime...
Un homme comme les autres,
Un homme parmi tant d'autres
Et pourtant...
Nous avons des nuits
Toutes remplies d'amour,
Serrée contre lui
Jusqu'au petit jour
Où l'on s'aime...
Un homme comme les autres,
Un homme parmi tant d'autres.

Voilà des mois qu'il est parti.
Les gens m'ont dit : "On s'en console."
Probable qu'ils avaient menti.
J'ai l'impression que j' deviens folle.
Jamais, jamais je ne l'oublierai.
Jusqu'à la fin, je l'attendrai.

Un homme comme les autres,
Un homme parmi tant d'autres
Et pourtant...
En fermant les yeux,
Je revois soudain
Quand, dans mes cheveux,
Il glissait ses mains
Et je l'aime...
Un homme comme les autres,
Un homme parmi tant d'autres
Et pourtant...
Dans mes souvenirs,
Je nous vois danser,
Je vais me blottir,
Lui va m'emporter.

Et je l'aime...
...
Un homme parmi tant d'autres...


Livre : L'éternel masculin, par Bernhard Roetzel, Könemann éditeur (1999, 360 pages)