lundi 23 février 2026
Le monde perdu 1 : une jeunesse
J'étais très jeune, et le monde l'était avec moi. J'allais souvent seul au cinéma, je me glissai, avec une volupté que j'anticipais, dans une salle obscure du XVIIe arrondissement de Paris, aujoud'hui transformée en surface de vente illuminée. La fascination prenait alors les commandes et m'entraînait dans sa féérie : l'écran s'interposait, et j'accomplissais une métamorphose à chaque fois recommencée…
Il y a dans cette seule scène du film de Jerzy Skolimovsky Le Départ plus de preuves de l'existence du cinéma lui-même et de la nécessité de cette existence pour notre bonheur, jusqu'au vertige, que dans la plupart des films français de ces vingt dernières années ! Tant il est vrai que nombre de ces films sont inutiles (mais il y a des exceptions remarquables).
Pour achever cette lamentation d'un vieux gamin usé, cette chanson qui entretient adorablement ma mélancolie native :
Et encore celle-ci, la dernière qu'il faudra entendre avant de perdre définitivement de vue les « éblouissants repères » qui nous auront fait vaciller :
Et ceci, pour illustrer l'échange avec Celestine (voir les commentaire), où l'on voit que Virna Lisi porte à ses lèvres les cigarettes avec la même grâce qui animait chacun de ses mouvements à l'écran et sans doute partout ailleurs.
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4 commentaires:
Vous qui m'avez appris la sprezzatura, ne trouvez-vous pas que Jean-Claude Pascal en est un remarquable exemple ? Quelle classe, quelle élégance... Avec celle cigarette devenue transgressive qui donnait tant de charme aux gestes...
Un billet tout en nostalgie douce amère dans laquelle vous excellez.
Bien à vous
•.¸¸.•*`*•.¸¸☆
« Avec ce(tt)e cigarette devenue transgressive qui donnait tant de charme aux gestes... »
Chère Célestine,
Ce que vous dites de l'accompagnement de cette chanson par l'acte de fumer une cigarette est très juste.
Il est vrai que la cigarette augmente l'élégance ou le caractère de celui qui la fume. Suivant son état intérieur, apaisé ou agité, il chasse la fumée de ses poumons d'un seul souffle ou par deux ou trois expirations ; en fonction de son rang social, de son éducation, du modèle qu'il se donne, il cale sa « cibiche » dans une commissure dite labiale, où elle demeurera jusqu'à l'ultime inhalation, contraignant le fumeur à plisser un œil (ce qui procure à la physionomie un charme viril à la Gabin ou à la Gable), ou encore il tient sa cigarette très bas entre son index et son majeur et la ramène, en dessinant un demi-cercle dans l'espace, vers sa bouche : ses lèvres, alors, l'accueillent derechef, avec grâce mais lui interdisant néanmoins d'aller plus loin, sans manifester cette espèce de volupté gourmande avec laquelle elles se saisissent d'un Davidoff Millennium Robusto, en épousent la forme épaisse et ronde rendue plus suave encore par la salive…
Il y a de la volupté dans les volutes.
Je vous aurais « appris la sprezzatura » ? Je n'ai rien à vous apprendre, vous savez tout, et vous avez autant d'esprit que de connaissances alors que je manque cruellement des deux.
À ce propos, j'ai lu cet ouvrage extraordinaire (Le Livre du courtisan), du comte Baldassare Castiglione, il y a bien longtemps : voilà que vous m'avez donné envie de le relire. Je le commande sans délai,
Je vous salue, Célestine.
"Soirée de prince", une des plus belles chansons françaises.
Sans conteste : toute la saveur du monde perdu ! Pierre Delanoë en a écrit le texte, Guy Freidline en a composé la musique.
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