Cet homme est beaucoup moins connu que son nom : Serge Lutens. Je l'ai rencontré il y a longtemps, à l'occasion du lancement d'un parfum. C'est dans cette manifestation élégante, que j'avais croisé une égérie de la scène pop anglaise, Anita Pallenberg : elle ne s'en souvient pas, mais, quant à moi, je me le rappelle parfaitement.
Serge Lutens, dans cet entretien, livre des choses fondamentales, sur le ton amusé de la confidence. Son raffinement ne sent pas la fabrique, il en a trouvé la source en lui-même, et, certainement, grâce à son audace morale.
Sur sa mère, sur le maquillage, le noir, les parfums, sur la transformation d'un visage (l'épisode de la coupe des cheveux d'une jeune femme, alors qu'il est apprenti coiffeur), sur l'apparence et l'anti-nature, sur la sophistication baudelairienne… Serge Lutens parle, c'est rare et c'est remarquable.
lundi 17 septembre 2012
dimanche 16 septembre 2012
C'était hier…
Allez, laissez-vous faire ! Laissez-vous emporter par ce sentimentalisme de pacotille, cette romance à deux sous, cette scie lacrymale. J'avais envie d'entendre Ingrid Caven. Le Rhin coule sous ma fenêtre, la magie allemande s'est évaporée depuis longtemps, je rêve de fleuves aux eaux mêlées, j'imagine un Danube entreprenant et brutal avec ma Seine capricieuse et garce. Je vois des villes électriques, des passants pressés. Il est tard, plus tard que d'habitude en Europe.
- Tu m'aimeras toujours ?
- C'est jusqu'à quand toujours ?
- Disons… demain !
- Demain : mais c'est l'éternité !
Et la version « originale » : le même Charles Dumont (auteur et compositeur), la même chanson, avec Edith Piaf :
Si l'on veut en savoir plus sur Ingrid Caven et quelques autres femmes bien dignes d'être aimées, on ira d'un clic ici
- Tu m'aimeras toujours ?
- C'est jusqu'à quand toujours ?
- Disons… demain !
- Demain : mais c'est l'éternité !
Et la version « originale » : le même Charles Dumont (auteur et compositeur), la même chanson, avec Edith Piaf :
Si l'on veut en savoir plus sur Ingrid Caven et quelques autres femmes bien dignes d'être aimées, on ira d'un clic ici
Libellés :
Encore un peu d'amour
mercredi 12 septembre 2012
Piano triste
Un ami m'apprend la mort d'une jeune pianiste de jazz nommée Shimrit Shoshan, que j'avais découverte il y a un an. Cette jolie jeune femme, née en Israël, n'avait que 28 ans : elle serait décédée d'une crise cardiaque.
Les femmes sont rares dans l'art du piano jazz, et exceptionnelles les artistes, telle Diana Krall, qui savent « crooner » tout en s'accompagnant superbement. Shimrit Shoshan ne chantait pas, son talent était ailleurs, sans doute dans la composition et une forme d'improvisation, que l'expérience et la pratique tempéreraient, enrichiraient. Elle résidait à New York, où elle s'était frottée aux musiciens de nuit, à l'atmosphère des clubs.
La voici :
En hommage à Shimrit Shoshan, quelques instants en compagnie de Thelonious Monk…
… Et dans la compagnie de Champian Fulton, qui nous démontre avec éclat ce qu'une femme sait faire d'un simple « five o'clock ».
J'augmente le salut à la jolie pianiste disparue de cet hommage d'Oscar Peterson.
On tirera un certain profit à se rendre ici
Les femmes sont rares dans l'art du piano jazz, et exceptionnelles les artistes, telle Diana Krall, qui savent « crooner » tout en s'accompagnant superbement. Shimrit Shoshan ne chantait pas, son talent était ailleurs, sans doute dans la composition et une forme d'improvisation, que l'expérience et la pratique tempéreraient, enrichiraient. Elle résidait à New York, où elle s'était frottée aux musiciens de nuit, à l'atmosphère des clubs.
La voici :
En hommage à Shimrit Shoshan, quelques instants en compagnie de Thelonious Monk…
… Et dans la compagnie de Champian Fulton, qui nous démontre avec éclat ce qu'une femme sait faire d'un simple « five o'clock ».
J'augmente le salut à la jolie pianiste disparue de cet hommage d'Oscar Peterson.
On tirera un certain profit à se rendre ici
Libellés :
A man and his music
jeudi 6 septembre 2012
Dépôt de bilan
- Qu'est ce que tu croyais ? Que tout allait continuer comme avant ? Que le moment n'arriverait pas où tu devrais rendre des comptes ?
- Non, bien sûr, mais c'est un peu tôt, je m'attendais à une addition plus tardive… et moins salée !
- Tu as trop longtemps été épargné, à présent, c'est fini ! Tu vas comprendre enfin ce que c'est que de vivre. Mon pauvre ami, la ballade solitaire est terminée, rejoins tes semblables !
- Ils sont si nombreux ! Je me croyais unique.
- Illusion, folie, arrogance d'enfant gâté, épargné ! Tu es comme les autres… en pire.
- Je veux bien être pire, si c'est être différent !
- Cesseras-tu, à la fin ? Tu ne pensais tout de même pas que ça allait durer toujours !
- Toujours ne veut rien dire, disons longtemps encore.
- Longtemps ne signifie pas plus. Assez perdu de temps : viens !
- Pour aller où ?
- Ailleurs. Dis-moi une chose : à quoi crois-tu ?
- Je crois au mystère, aux sources, aux ombres errantes, aux villes énormes ; je crois au train du soir, aux grilles qu'on ferme après le dernier métro, aux êtres qu'on frôle et aux âmes qu'on étreint.
- Non, bien sûr, mais c'est un peu tôt, je m'attendais à une addition plus tardive… et moins salée !
- Tu as trop longtemps été épargné, à présent, c'est fini ! Tu vas comprendre enfin ce que c'est que de vivre. Mon pauvre ami, la ballade solitaire est terminée, rejoins tes semblables !
- Ils sont si nombreux ! Je me croyais unique.
- Illusion, folie, arrogance d'enfant gâté, épargné ! Tu es comme les autres… en pire.
- Je veux bien être pire, si c'est être différent !
- Cesseras-tu, à la fin ? Tu ne pensais tout de même pas que ça allait durer toujours !
- Toujours ne veut rien dire, disons longtemps encore.
- Longtemps ne signifie pas plus. Assez perdu de temps : viens !
- Pour aller où ?
- Ailleurs. Dis-moi une chose : à quoi crois-tu ?
- Je crois au mystère, aux sources, aux ombres errantes, aux villes énormes ; je crois au train du soir, aux grilles qu'on ferme après le dernier métro, aux êtres qu'on frôle et aux âmes qu'on étreint.
Libellés :
Il est plus tard que je ne crois
dimanche 2 septembre 2012
Écrivains : bureau des dénonciations
Qui connaissait Richard Millet ? Vous et moi, bien sûr, mais encore ? Qui savait que cet homme étrange, qui parle le français avec un accent « indéterminé », écrivait des livres terribles, que hantent la violence et la terreur ? Que savait-on de sa langue travaillée jusqu'à la fibre, jusqu'à la mise au jour effarante du sens, jusqu'à la stupeur ?
Richard Millet était déjà dans… Richard Millet ! Le livre du scandale n'est en rien apologétique, il serait plutôt apocalyptique : il révèle l'homme Millet, il lève le dernier voile qui le tenait caché au yeux du monde. Millet a deux origines, l'une est libanaise, l'autre corrézienne. De celle-ci, un plateau de genêts et de bruyères, près de Viam, il parle avec des mots de larmes et de pluie. Je vois les femmes en noir qui se taisent, et les hommes qui se toisent. De leur maître en chanson, Bernart de Ventadour, ils ont gardé le sens du récit que le vent emporte, que retient puis transforme la mémoire. Bien plus que du Centre, ils sont d'Oc, plus que de la terre, ils sont d'un paysage d'air et d'eau, de landes vastes et de fontaines modestes, de pierres grises, de rivières froides où, quand on s'y baigne, la chair est serrée comme dans un étau limpide. Ils ont la nuque rougie et ridée. Ils sont souvent courts, noueux et rusés. Ainsi furent-ils, ainsi ne sont-ils plus, ainsi soit-il !
L'autre pays de Millet se nomme Liban, le pays des massacres et du miel. Il y passa quelques mois, constitutifs de sa personnalité, de son personnage. Il dit, il rapporte le combat des anges exterminateurs, leurs regards de sang et de feu, chrétiens et musulmans, tous miliciens, les uns contre les autres, acharnés à se nuire, à se détruire, saisis d'hystérie de gâchettes et de lames !
Je reviendrai sur l'« affaire » Millet. Je voulais seulement dire qu'une fois de plus, des femmes et des hommes à la conscience délicate et fine comme une dentelle du Nord, qui poussent des cris d'orfraie dès que se montre un commencement de début de ce qu'ils appellent, en s'étranglant d'indignation, « censure », ont exigé d'Antoine Gallimard qu'il congédie au plus vite Richard Millet. Ils ont par surcroît désigné à la vindicte et à l'opprobre l'un des leurs. Ces gens sont sans vergogne !
Il y a des choses contradictoires et rudes à (se) dire sur le pamphlet de M. Millet, mais que des marquisettes et des fonctionnaires d'édition se comportent, les premières comme des concierges stipendiées, les seconds comme des valets chafouins, voilà bien ce qui signale l'affreuse société d'apparence où nous sommes aujourd'hui !
On lira également : Qui n'est pas contre moi, est contre moi. Ou pas. Et inversement
Libellés :
La chiennerie française
mercredi 22 août 2012
Péché de chair…
Ils sont partout, voraces, agressifs voire intransigeants, et peu enclins au dialogue des espèces. Les surfeurs, à la Réunion, semblent être devenus leur hors d'œuvre favori.
D'abord, cessons une fois pour toutes de généraliser lorsque nous considérons cette famille de poissons si variés, admirables, quoique parfois imprévisibles. On les décrit comme des machines à tuer, brutales et stupides. Nous allons voir qu'il n'en est rien.
En Australie, au mois de juillet, un surfeur a été attaqué, puis dévoré par un grand blanc d'au moins 4 m de long. Nous avons un témoin de la scène dans la personne d'un amateur de jet-ski : « Il y avait du sang partout. Le squale tournait autour du corps ». Observons en préambule que ce poisson n'était pas dépourvu d'un solide bon sens : plutôt que de s'épuiser à tenter de rattraper le jet-skieur, il a choisi le surfeur immobile, dans l'attente d'une vague ! Au vrai, le grand blanc avait cisaillé l'infortuné jeune homme ; on peut donc déduire des déclarations du témoin que le squale hésitait entre le buste et les jambes, avant d'avaler le tout, puisqu'on n'a rien retrouvé ! Ce requin avait sans doute déjà gouté et apprécié la chair de l'homme. Il arrive que le carcharodon carcharias (1), après avoir mordu, avec plus ou moins de sauvagerie, un surfeur, s'en détourne, sans pousser plus avant sa curiosité d'appétit. La victime meurt souvent des suites d'une hémorragie massive, mais au moins, elle ne finit pas dans l'estomac de son agresseur. On l'enterre dignement, en présence de ses proches et de ses fiancées (car ces jeunes gaillards ont une femme dans chaque spot). Notons que le fréquent dédain des requins pour la chair humaine ne plaide pas en faveur de la qualité gustative de celle-ci : on n'a jamais vu, par exemple, un grand blanc négliger un phoque après l'avoir attaqué, au contraire, il s'empresse de le dévorer ! Mettez un grand requin blanc en présence d'un homme et d'un phoque, dans presque tous les cas, il choisira le phoque. Seuls les vicieux, ou les esthètes choisiront l'homme. Or, il est peu d'esthètes parmi les requins.
Les requins pratiqueraient-ils la dévoration positive ? En Afrique du Sud, au temps de l'apartheid, leurs victimes étaient exclusivement, ou presque, des surfeurs, plongeurs ou nageurs blancs. On m'objectera qu'il y avait une bonne raison à cela : les Noirs demeuraient sur le rivage, ne sachant pas nager. En outre, ils n'avaient qu'un accès limité aux plages, où ils vendaient des glaces et apportaient des parasols. Ils préféraient gagner leur vie au sec, plutôt que de la perdre mouillés : on peut les comprendre. Néanmoins, à ma connaissance, le rapport ne s'est nullement inversé en faveur (si j'ose dire) des « coloured people » depuis la fin du développement séparé. Les grands blancs s'offrent toujours, de préférence, un fémur de « white people ».
À la Réunion, dimanche dernier, Didier Derand, pharmacien à Saint-Joseph, délégué de la fondation Brigitte Bardot, a nagé pendant plus d'une heure sur le lieu même d'une attaque, afin de rassurer la population : « Depuis 45 ans, je nage en pleine mer tous les jours, je plonge en bouteille, en apnée, je fais du bodysurf […], je n'ai vu que trois fois des requins » […] A chaque fois ce fut la panique et la débandade dans leurs rangs, impossible de les approcher ! ».
J'ai beaucoup d'admiration pour Brigitte Bardot, et pour l'inlassable combat qu'elle mène en faveur de la protection animale, mais je lui dis, avec toute l'amitié que je lui porte, que M. Derand n'était pas la personne idéale pour l'opération « Croquez la mer à belle dent en compagnie de nos amis les requins ». Ces derniers, en effet, dont j'ai assez démontré qu'ils étaient capables de réflexion, de déduction, et même de conclusion, sont pourvus d'un appareil sensoriel ultra-développé, et d'un odorat « directionnel » très efficace. Didier Derand, pharmacien, sentait… la pharmacie ! Rien de tel pour faire fuir les squales ! Rappelons-nous qu'un seul cachet d'aspirine effervescent éloigne un grand blanc d'une tonne !
Alors, quel conseil pour rasséréner les populations, et les « remettre à l'eau » ? Très simple : les réunionnais pratiquent une pêche au requin particulière : ils se servent d'un chat vivant, ou d'un chien, comme d'un appât, l'hameçon profondément enfoncé dans la gueule. Je leur suggère, exceptionnellement, une variante à leur gentille coutume : qu'ils usent d'un surfeur au lieu d'un animal domestique.Trois situations se présenteront : les requins s'approchent, mais ne déclenchent pas d'attaque, au contraire, ils filent vers d'autres clapotis ; on conclut sans risque d'erreur que le ou les mangeur(s) d'homme ne se trouve(nt) pas parmi eux. Les poissons décrivent des cercles autour du bonhomme, le frôlent, la frénésie gourmande les saisit : s'ils veulent rendre le surfeur sain et sauf à ses nombreuses fiancées (voir plus haut), nos pécheurs le sortiront immédiatement de la mer ; s'ils souhaitent leur remettre un tas d'os broyés, et, par surcroît, pécher un squale, qu'ils attendent un peu ! Dans ces deux derniers cas de figure, ils auront démontré que la menace rôde au large !
Mais alors, si nul squale, malgré le sang qui s'écoule de la face transpercée du surfeur et laisse une longue trace odorante, malgré ses cris de douleur et d'effroi, malgré sa gesticulation affolée qui crée des ondes d'adorable panique, si nul requin, donc, ne vient prendre place à ce banquet inespéré, que faudra-t-il en conclure ? Une chose irréfutable absolument, qui n'était hier qu'une hypothèse : les requins sont solubles dans l'eau de mer !
lundi 20 août 2012
Didier Goux n'habite pas ici
Nos deux univers sont très différents, et le romantique vieillissant que je suis ne se satisferait pas totalement de son paysage de laboureur, raffiné certes, mais alourdi de prosaïsme. Il a écrit deux ou trois articles remarquables sur Nathalie Sarraute (que je persiste à trouver admirable, et très éloignée du naufrage du Nouveau roman), ainsi qu'une irrésistible réflexion sur le thème « rester jeune ou se faire vieux ». Il semble, par ailleurs, hanté par la menace que ferait peser l'Islam sur la France : cela lui inspire des textes discutables, mais très efficaces. Bref, je vous conseille d'aller lire le blogue de Didier Goux, afin de vous faire votre propre jugement (Didier Goux habite ici). En revanche, si j'en crois une photographie de son salon, je trouve à ce Goux un goût, dans la décoration intérieure et, surtout, dans le choix du mobilier, détestable.
Voici un exemplaire de son style et de son inspiration, L'homme passé par profil et perte :
« Depuis hier, lorsque je suis devant mon écran levalloisien, je semble être devenu brusquement étranger à moi-même. C'est-à-dire à ce blog. Si je puis encore créer de nouveaux billets – la preuve –, je ne parviens plus à écrire de commentaires sous eux, pour cause de perte de profil. Quelqu'un a-t-il déjà songé à ce que peut avoir de dramatique et de dérisoire le fait de perdre son profil ? On a glosé à l'envi sur les hommes qui se retrouvent privés de leur ombre, on a bien dû, même, en faire des livres ; mais un profil ? En dehors du côté désagréable, dépossédant, du phénomène, on sent vaguement qu'il y a là quelque chose qui ne va pas : si j'ai effectivement perdu un profil (soit ! je pense être capable de m'accoutumer à cela), il devrait bien me rester le second. Et il me vient des envies de saisir cet ordinateur par ses côtés verticaux, de le secouer un peu, tout en lui présentant ma joue gauche et ma joue droite alternativement :
« Enfin, regarde-moi, Robert (cet ordinateur amnésique se prénomme Robert : je viens de le baptiser à l'instant pour tenter de l'attendrir, de l'humaniser un peu) : je suis toujours le même, quoique amputé d'un profil ! C'est bien moi, ton seigneur et ton servant ! Fais un effort, bon sang de bois ! »
Mais non, rien ; impavide, l'œil borgne et stupide, il n'a même pas un éclair de curiosité pour ma face changée, pour le demi-moi que je lui présente, avec pourtant beaucoup d'humilité et de bon vouloir.
Je ferais peut-être mieux de rentrer à la maison : mon second profil, celui qui est encore opérant, doit bien y traîner quelque part… ».
Illustration prise dans le blogue de Didier Goux, qui se dit joliment « écrivain en bâtiment ».
Libellés :
Des hommes fréquentables
Inscription à :
Articles (Atom)

