Elle n'a certes pas encore trouvé le rôle qui l'installera à la place qu'elle mérite dans le cinéma français, c'est à dire parmi les premières, mais chacune de ses apparitions constitue une surprise. Très à l'aise dans la comédie, elle ne s'est pas suffisamment éloignée des films de sa génération, qui la retient encore. Elle pourrait étinceler dans des œuvres intemporelles, qui mettraient en valeur son ambiguïté fondamentale, constitutive. Sa beauté n'est pas froide, à la manière d'une Deneuve, à laquelle on la compare hâtivement. D'abord, elle est beaucoup mieux faite que Deneuve au même âge, elle est ardente, colérique, déterminée, on ne lui sent pas de faiblesse, c'est à dire de facilité. Son ironie n'est pas que de façade, mais constitue bien son arme de défense favorite. Or, elle ne déposera les armes que devant son égal. Elle n'a pas d'égal masculin dans le cinéma français.
Elle se nomme Alice Taglioni. Elle a traversé une terrible épreuve personnelle. Il est temps, à présent, que des scénaristes soient hantés par sa présence nerveuse, par son intelligence, par son avidité retenue, et lui donnent les grands rôles qu'elle mérite, qu'elle attend. On ne peut pas laisser une Ferrari au garage, et il est attentatoire à la dignité humaine de la conduire comme une maigre sportive coréenne.
Ses dons naturels, son éducation musicale, son long apprentissage du piano la destinaient à une carrière de soliste. Elle a choisi de devenir actrice (j'emploie ce mot à dessein, parce que nous possédons pléthore de comédiens et fort peu d'acteurs) : il doit y avoir une raison cachée, une tentation, une faille. Cette faille est peut-être la clef de son avenir. Il conviendrait enfin de donner à sa beauté toute l'étendue de son atrocité. En outre, elle joue au poker, et elle aime ça !
Martin Solveig & Alice Taglioni - I Want You... par Innocence-1992
samedi 25 février 2012
mercredi 22 février 2012
Tranche de vie - 2

Les animaux l'ont dans le culte !
Qu'un Dieu sanguinaire conduise ma main quand elle tient le grand couteau du sacrificateur, et qu'il me guide jusqu'à la grosse veine chaude d'où jaillira le bouillon ensanglanté, par quoi j'honorerai mon seigneur et maître. Ah que j'aime ce moment où mon Dieu de colère me commande de laisser venir à lui ces tendres agneaux, ces gros taureaux, ces chèvres naines au museau de mousse ! J'obéis ! Il est la loi. Je coupe, je taille, je cisaille aussi. Le fil de ma lame glisse sur la chair offerte des cous qui se tendent. Le sang jaillit, éclabousse l'air, colore le sol, les instruments, les tabliers. La mort est lente, la vie résiste, signale sa persistance par de brusques saccades. J'accomplis les commandements que des hommes enténébrés ont cru tenir du Ciel. Et par ses soubresauts, l'animal semble me dire toute sa joie de souffrir pour apaiser un peu mon Dieu irascible. Il crierait de plaisir, mais comment pourrait-il seulement gémir, puisque je lui ai tranché la gorge ! Ses spasmes sont un langage, une offrande, un consentement muet à mon rituel. Son martyr est mon salut, il trace sur le sol la piste qui conduit à ma rédemption. Je te salue, Seigneur inapaisé ! Par les plaies que j'ouvre en ton nom, j'alimente le fleuve de sang que tu me réclames et qui jamais ne doit s'assécher.
Viens mon agneau, viens mon innocent, rassemble-toi avec tes frères, tourne ton regard effaré vers celui qui pend, accroché par une patte à un croc mobile, et s'éloigne, assailli de hoquets d'hémoglobine.
Je suis celui sur qui ton effroi se fonde. Aide-moi à traverser le désert de ma vie, irrigue de ton sang la terre aride qui me porte, transforme-la en boue.
Illustration : Le sacrifice d'Abraham (1635), par Rembrandt Harmenszoon van Rijn, dit Rembrandt ( musée de Hermitage, Saint-Pétersbourg, Санкт-Петербург, huile sur toile, 193 x 133 cm). On remarquera la main d'Abraham, plaquée sur le visage de fils, geste peu conforme à la manière habituelle d'un peintre qui aimait à s'attarder sur les visages, à en saisir les nuances et les expressions. Horave Walpoole prétend qu'il faut y voir une preuve de la sensibilité du peintre, pour qui la représentation du meurtre d'un fils par son père, même commandé par Dieu, était insupportable.
J'aimerais que les tueurs des abattoirs prissent au moins la précaution d'égorger les animaux hors de la vue de leurs congénères.
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Les temps sauvages
Tranche de vie - 1
Sensiblerie, sensibilité, hypocrisie ? Je prends toutes les accusations, et je m'assois dessus. Je considère que, dans notre société (et dans notre société seulement, ou, si l'on préfère, dans notre « civilisation ») toute mise à mort d'un animal gouvernée par des interdits et des principes religieux est un reliquat de pensée magique, une persistance de religiosité archaïque. Je mange de la viande, je reconnais l'existence et la nécessité des abattoirs, j'exige que leur fonctionnement respecte à la lettre les prescriptions de la république.
D'une manière générale, je réclame une correction de la trajectoire de notre pays : nous nous éloignons à vitesse accélérée des principes universels, qui autorisent le fonctionnement relativement harmonieux de la grande diversité humaine.
Informez-vous, d'abord :
Et maintenant, accrochez-vous ! Je me suis efforcé d'assister à ce spectacle jusqu'au bout, il est d'épouvante.
FBB_Abattage Rituel VF 4-3 QT par FondationBrigitteBardot
Nota benêt : Je sais, Marine Le Pen etc… Je n'ai jamais été, je ne suis pas, je ne serai jamais tenté par le vote de protestation FN !
D'une manière générale, je réclame une correction de la trajectoire de notre pays : nous nous éloignons à vitesse accélérée des principes universels, qui autorisent le fonctionnement relativement harmonieux de la grande diversité humaine.
Informez-vous, d'abord :
Et maintenant, accrochez-vous ! Je me suis efforcé d'assister à ce spectacle jusqu'au bout, il est d'épouvante.
FBB_Abattage Rituel VF 4-3 QT par FondationBrigitteBardot
Nota benêt : Je sais, Marine Le Pen etc… Je n'ai jamais été, je ne suis pas, je ne serai jamais tenté par le vote de protestation FN !
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dimanche 19 février 2012
Fin de partie 10 - Avec mélancolie

Cet homme a l'air accablé, las ; une grande fatigue alourdit sa marche, laisse des empreintes creuses ou gonflées sur son visage. On serait surpris de sa réponse si on lui demandait son âge : « 48 ans » . Il paraît plus. Il fuit. Il est allemand, de culture, de langue, de « civilisation ». Il aime également beaucoup la France et, en France, Paris. Il est juif, aussi, ce qui, à l'époque, est une « origine » plus qu'inconfortable. Mais de quelle époque s'agit-il ? Disons, pour aller à l'essentiel, que Walter Benjamin se suicide le 26 septembre 1940.
Walter est un intellectuel paradoxal, un cérébral sensible, un philosophe sérieux qui fait de la radio à l'adresse des enfants, un marxiste peut-être désenchanté, un piéton poétique qui cherche le sens et les signes du monde.Il est allemand, donc, mais encore européen : sa vie prend tout son sens dans la vieille Europe. Alors, comment pourrait-il se déraciner sans se perdre ? Il s'y essaie pourtant, chassé par les Nazis de son sol, de ses lignes réelles et rêvées. Et c'est ainsi qu'il arrive à Port-Bou, charmante bourgade catalane, proche de la frontière française qu'en compagnie de quelques autres réprouvés il a franchie, le 25 septembre, la veille. En Espagne, il est en sécurité ; peut-être en doute-t-il, mais c'est ainsi : Franco, à ma connaissance, n'a pas livré les réfugiés aux autorités allemandes.
Sur les causes de sa mort, on a parlé d'assassinat : les uns par les fascistes, les autres par des agents de Staline. Quant à moi, qui n'ai aucune légitimité, je crois bien qu'une violente crise de mélancolie lui fit éprouver l'absurdité cruelle de sa situation. Alors, il absorba une forte dose de morphine.
Sur sa tombe, à Port-Bou, on a gravé ces mots, extraits de l'ensemble de ses textes réunis sous le titre « Thèses sur la philosophie de l'Histoire » : " Il n'y a aucun témoignage de la culture qui ne soit également un témoignage de la barbarie ".
C'est bien trouvé, mais cela complique encore les choses…
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Les mots pour le dire
samedi 18 février 2012
Notre Homais

M. Vincent, Jean-Didier de son prénom, est un savant indiscutable, renforcé d'un raisonneur inébranlable, qui vient régulièrement nous vendre son tas à peine rafraîchi de breloques culturelles et scientifiques. Cet homme occupe le terrain médiatique avec une constance et une suffisance remarquables. Voilà un homme qui pèse de tout son poids sur le monde : ne finira-t-il pas, quelque jour, par provoquer une dangereuse variation de l'angle de l'axe de rotation du globe ? On peut se poser la question.
En attendant ce funeste événement, M. Vincent nous entretient de ses convictions. Il parle en homme éclairé, qui veut non pas partager mais imposer ses points de vue. Il a pour lui la science, il prononce des vérités définitives par quoi se résumerait notre misérable humanité.
M. Vincent, brillant cerveau, m'a toujours profondément déplu. Et je ne peux l'apercevoir sans penser à M. Homais, pharmacien positiviste, modèle français de la respectabilité et du confort intellectuel, installé dans notre paysage depuis 1830, redouté de Baudelaire et de Flaubert, ce dernier l'ayant épinglé un peu plus tard dans le XIXe siècle avec la précision d'un collectionneur de papillons.
Homais, c'est l'homme, c'est tout l'homme, l'humain assermenté, effaré de certitudes, jamais à court d'argument, tranquille comme un démonstrateur de petite mécanique, qui reproduit son mouvement à l'infini, jusqu'à l'usure de ses pièces.
Oh mais, c'est que M. Vincent est considérable ! Neurobiologiste, spécialiste du cerveau, il a écrit de nombreux ouvrages, qui témoignent de sa très vaste curiosité. Oh mais, c'est que M. Vincent est considéré ! Il est membre de plusieurs académies : l’académie de médecine, l’académie des sciences, l’American Academy of Science, l’académie royale de Belgique…
« Depuis la mort de Bovary, trois médecins se sont succédé à Yonville sans pouvoir y réussir, tant M. Homais les a tout de suite battus en brèche. Il fait une clientèle d'enfer ; l'autorité le ménage et l'opinion publique le protège.
Il vient de recevoir la croix d'honneur. »
C'est ainsi que se clôt, sur le grand triomphateur, « Madame Bovary », de Gustave Flaubert. M. Homais gagne toujours.
Fin de partie 9 - Avec entrain
Cette blonde au bras tatoué et bandé (me semble-t-il) se nomme Nina Persson. Elle est suédoise, comme sont suédois les membres de son groupe, The Cardigans. En 1998, leur album ´Gran Turismo´, connaît un beau succès, en particulier grâce à cette chanson, ´My favourite game´, et à ce clip, qui met en valeur la beauté étrangement rude et sophistiquée de cette « viking girl hero ».
Il y a certes de la convention dans ces images, mais l'idée de lancer sur la route, au volant d'une superbe voiture, une jolie fille froidement déterminée, et non pas un rocker abruti, est intéressante. Le réalisateur de cette brève histoire très sombre s'appelle Jonas Akerlund, qui se spécialisa dans ce genre de production avant de mettre en scène des histoires hollywoodiennes, aussi navrantes que ´Les cavaliers de l'Apocalypse´.
Cette version du clip fut censurée par MTV : on n'y voyait pas le choc frontal entre les deux véhicules, ni le corps de la blonde projeté dans l'air brûlant du désert, puis gisant sur le bitume..
"My Favourite Game"
I don't know what you're looking for
you haven't found it baby, that's for sure
You rip me up and spread me all around
in the dust of the deed of time
And this is not a case of lust, you see
it's not a matter of you versus of me
It's fine the way you want me on your own
but in the end it's always me alone
And I'm losing my favourite game
you're losing your mind again
I'm losing my baby
losing my favourite game
I only know what I've been working for
another you so I could love you more
I really thought that I could take you there
but my experiment is not getting us anywhere
I had a vision I could turn you right
a stupid mission and a lethal fight
I should have seen it when my hope was new
my heart is black and my body is blue
And I'm losing my favourite game
you're losing your mind again
I'm losing my favourite game
I've tried but you're still the same
I'm losing my baby
you're losing a saviour and a saint
Il y a certes de la convention dans ces images, mais l'idée de lancer sur la route, au volant d'une superbe voiture, une jolie fille froidement déterminée, et non pas un rocker abruti, est intéressante. Le réalisateur de cette brève histoire très sombre s'appelle Jonas Akerlund, qui se spécialisa dans ce genre de production avant de mettre en scène des histoires hollywoodiennes, aussi navrantes que ´Les cavaliers de l'Apocalypse´.
Cette version du clip fut censurée par MTV : on n'y voyait pas le choc frontal entre les deux véhicules, ni le corps de la blonde projeté dans l'air brûlant du désert, puis gisant sur le bitume..
"My Favourite Game"
I don't know what you're looking for
you haven't found it baby, that's for sure
You rip me up and spread me all around
in the dust of the deed of time
And this is not a case of lust, you see
it's not a matter of you versus of me
It's fine the way you want me on your own
but in the end it's always me alone
And I'm losing my favourite game
you're losing your mind again
I'm losing my baby
losing my favourite game
I only know what I've been working for
another you so I could love you more
I really thought that I could take you there
but my experiment is not getting us anywhere
I had a vision I could turn you right
a stupid mission and a lethal fight
I should have seen it when my hope was new
my heart is black and my body is blue
And I'm losing my favourite game
you're losing your mind again
I'm losing my favourite game
I've tried but you're still the same
I'm losing my baby
you're losing a saviour and a saint
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samedi 11 février 2012
Sulpicien
Oui, sulpicien ; mais qu'on ne se méprenne pas, je n'entends pas, en usant de ce mot, que l'art de Christophe est conventionnel, mais que sa « convention » est outrée adorablement. Il enfle son sentiment, et, dans ce mouvement, s'enfle aussi l'orchestration proprement symphonique. Son chromo est magnifique, des larmes de cristal pur pourraient bien se former à l'exact point lacrymal. Alors, de mon missel profane s'échappe et choit une image impie.
Ah, au creux de ma paume a jailli ma douleur !
Je suis un cri en croix, un ange de pâleur,
Ce que je vois est flou, et même mes stigmates,
Ainsi paraît le monde à tous les astigmates
Entendez mon tourment, apaisez mon chagrin,
Je paie ma vie du sang que je perds de mes reins,
Ils se moquent de moi et me mettent au supplice,
Mais je serai vaillant, je me nomme Sulpice !
(Ce poème criant de vérité est d'un auteur parisien de la fin du XIXe siècle, mort par inadvertance, en sortant, nu, par l'escalier de service d'un immeuble cossu du XVIIe arrondissement de Paris. Comme il a voulu demeurer anonyme, je respecte sa (dernière) volonté).
Ah, au creux de ma paume a jailli ma douleur !
Je suis un cri en croix, un ange de pâleur,
Ce que je vois est flou, et même mes stigmates,
Ainsi paraît le monde à tous les astigmates
Entendez mon tourment, apaisez mon chagrin,
Je paie ma vie du sang que je perds de mes reins,
Ils se moquent de moi et me mettent au supplice,
Mais je serai vaillant, je me nomme Sulpice !
(Ce poème criant de vérité est d'un auteur parisien de la fin du XIXe siècle, mort par inadvertance, en sortant, nu, par l'escalier de service d'un immeuble cossu du XVIIe arrondissement de Paris. Comme il a voulu demeurer anonyme, je respecte sa (dernière) volonté).
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