Combien d'ombres, postées devant le vestiaire, nous tendront la veste, le gilet, le manteau en cachemire, la paire de bottines à boutons en cuir noir luisant, que nous portions de préférence pour tenir tête aux injures de l'âge ? Que choisir dans la garde-robe ultime, le dressing de la dernière et vaine coquetterie ? Qui murmurera, comme un avertissement perfide : « Cela ne te va pas du tout », et encore « Quand cesseras-tu de voir ton reflet dans un miroir amnésique ? Le passé de ton apparence est sans avenir. Tu as cessé de plaire, à quoi bon vouloir paraître ? Ce que tu revêts ne t'épargne pas le malheur d'être. »
Pour l'apparence, comment donner tort à la voix perfide qui nous observe sans aménité ? Mais pour la mémoire sentimentale, pour le dépôt d'amour déposé dans le souvenir intime ? Mina, qui vient d'enregistrer cette magnifique version de Vento di Passione, chanson de Pino Daniele, nous souffle la meilleure des réponses. Entendez cette voix d'Italie, son timbre heureusement affecté par le léger gravier de gorge péninsulaire, son blues apaisé.
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