Vous aurez beau dire, vous aurez beau faire, s'il n'a pas inventé le genre crooner, il l'a «endiablé», il l'a encanaillé. Il en a fait une expression à sa mesure, taillée comme ses costumes sombres, impeccables, conformes à ses propres règles : la main le long du corps, le poignet doit être dégagé, à peine effleuré par la chemise ; 3 cm de chemise blanche apparents, le bas de la manche de la veste coupée en conséquence, revers étroit, pantalon à pinces (au moins deux). Tous les gars du rat pack (Sammy Davis, Jr., Dean Martin, Joey Bishop et Peter Lawford) les avaient adoptées.
Franck «The voice» Sinatra entraînait sa bande dans d'interminables nuits, peuplées de blondes peroxydées, saturées d'alcool et de fumée. Il était facilement bagarreur, le petit gars natif d'Hoboken, New Jersey, mais, malingre, étroit, il s'entourait de gardes du corps, toujours prêts à intervenir. C'est ainsi que le fils d'Alain Delon, Anthony, se vit, un soir, à Monte-Carlo, dans une boîte de nuit, ceinturé par des malabars à la mine patibulaire, puis entraîné à l'écart ; survint alors Sinatra : «Un conseil : tu ne t'approches plus de la princesse !». Il n'avait pas l'air de rigoler. La princesse se prénommait Stéphanie. Sa mère, Grâce de Monaco, avait attiré sur le rocher le tout Hollywood. Frankie veillait donc sur «la petite»…
En revanche, ses gros bras ne lui firent d'aucune utilité lorsque la somptueuse Ava Gardner, dont on dit qu'elle appréciait particulièrement un détail impressionnant de son anatomie, lui échappa. Ol' Blue Eyes connut le plus grand chagrin de sa vie : dépression, isolement, dégoût de tout. Sa cote baissait, ses disques ne se vendaient plus. Progressivement, il revint au premier plan et, à cinquante ans, il épousa même une jeunesse d'à peine 20 ans, la rouée Mia farrow. Leur union, scandaleuse aux yeux de beaucoup, ne dura pas trois étés. Il retrouva la faveur du public, vendit des millions de disques, se maria une troisième fois, avec la veuve de Groucho Marx, Barbara.
Il n'avait pas son pareil dans la prononciation de l'américain, dans l'attaque d'une chanson, dans la domination d'un grand orchestre. Il incarnait la perfection.
mardi 8 décembre 2009
lundi 7 décembre 2009
Petrone, écrivain sans initiale
De Petrone, que les latinistes traduisirent rarement au collège (il était, naguère, déconsidéré par l'Éducation nationale), on ne sait exactement l'année de la naissance, si l'on connaît celle de sa mort, c'est à dire de son suicide, parfaitement digne d'un romain classique et «classieux» : 66. Victime de ce qui ressemble à de la médisance et à un faux complot contre Neron, il fut sans doute contraint de quitter ce vain monde. On rapporte que, s'étant ouvert les veines, il les fit refermer, afin de jouir encore un peu de la conversation de ses amis présents. Enfin, il mourut.
Son œuvre unique connut un grand retentissement grâce au film de Federico Fellini, Satyricon.
Je l'ai vu à sa sortie, et je me souviens parfaitement de l'état d'esprit dans lequel je me trouvais après la projection. Submergé ! je ne savais plus rien de ce que je venais de voir. J'avais été comme aspiré par un trou d'antimatière, transporté dans un monde parallèle en train de se faire, en pleine dilatation : une féerie en expansion. Il me restait des images fixes, des visages qui m'interrogeaient, et la beauté sauvage d'Hiram Keller, de Magali Noël, de Max Born, l'accomplissement serein des traits lumineux de Lucia Bose.
On dit volontiers que Satiricon (sans y) forme un roman ; c'est assurément un récit romancé. Il ne nous est parvenu qu'en lambeaux, haché par de très grands manques, mais enfin, tel qu'il est, même si sa lecture n'est pas aisée, il peint en une fresque remarquable les mœurs et les comportement de son temps, qui ne sont pas sans rappeler celles et ceux du XVIIIe siècle français. Certains prétendent que Trimalcion ne serait autre que Neron, et que Petrone, avant de s'éteindre, aurait souhaité laisser un témoignage véridique sur les dérèglements dans lesquels l'empereur était tombé. Il est vrai qu'avant sa disgrâce, le poète avait l'oreille du tyran, au point qu'il fut surnommé arbiter elegantiarum ou arbitre des élégances. Cela est contredit par Héguin de Guerle, traducteur renommé de Petrone, qui assure qu'il s'agit du portrait de l'infâme Tigellin, responsable de la chute et de la mort de Petrone.
Voici la traduction, par Héguin de Guerle, d'un extrait du fameux banquet de Trimalcion :
« "Admirable !“ s’écrièrent à la fois tous les convives, en levant les mains au ciel : chacun de nous jurait qu’Hipparque ni Aratus ne méritaient d’être comparés à Trimalchion. Ce concert d’éloges fut interrompu par l’entrée de valets qui étendirent sur nos lits des tapis où étaient représentés en broderie des filets, des piqueurs avec leurs épieux, enfin, tout l’attirail de la chasse. Nous ne savions encore ce que cela signifiait, lorsque tout à coup un grand bruit se fait entendre au dehors, et des chiens de Laconie, s’élançant dans la salle, se mettent à courir autour de la table. Ils étaient suivis d’un plateau sur lequel on portait un sanglier de la plus haute taille. Sa hure était coiffée d’un bonnet d’affranchi ; à ses défenses étaient suspendues deux corbeilles tissues de petites branches de palmier, l’une remplie de dattes de Syrie, l’autre de dattes de la Thébaïde. Des marcassins faits de pâte cuite au four entouraient l’animal, comme s’ils eussent voulu se suspendre à ses mamelles, et nous indiquaient assez que c’était une laie : les convives à qui on les offrit eurent la permission de les emporter. Cette fois, ce ne fut pas ce même Coupé, que nous avions vu dépecer les autres pièces, qui se présenta pour faire la dissection du sanglier, mais un grand estafier, à longue barbe, dont les jambes étaient enveloppées de bandelettes, et qui portait un habit de chasseur. Tirant son couteau de chasse, il en donne un grand coup dans le ventre du sanglier : soudain, de son flanc entr’ouvert, s’échappe une volée de grives. En vain les pauvres oiseaux cherchent à s’échapper en voltigeant autour de la salle ; des oiseleurs, armés de roseaux enduits de glu, les rattrapent à l’instant, et, par l’ordre de leur maître, en offrent un à chacun des convives. Alors Trimalchion :
— Voyez un peu si ce glouton de sanglier n’a pas avalé tout le gland de la forêt.
Aussitôt les esclaves courent aux corbeilles suspendues à ses défenses, et nous distribuent, par portions égales, les dattes de Syrie et de Thébaïde.»
Ah ce Petrone là avait bien du talent, et ne méritait nullement de n'être connu que de ses initiales ! Je vous en parlerais une nuit entière, mais je vois que je vous ennuie déjà…
Fellini s'est déclaré fasciné par l'aspect lacunaire du récit de Petrone, les parties manquantes lui permettant d'imaginer l'Antiquité romaine à la manière d'«une grande galaxie onirique, plongée dans l'obscurité, au milieu de l'étincellement d'éclats flottants qui sont parvenus jusqu'à nous. Je crois que j'ai été séduit par la possibilité de reconstruire ce rêve, sa transparence énigmatique, sa clarté indéchiffrable.»

Fellini Satyricon
Réalisateur: Federico Fellini, scénario de Federico Fellini et Bernardino Zapponi avec la collaboration de Brunello Rondi, d’après l’oeuvre attribué à Caius Petronius Arbiter dit Pétrone, traduction du latin par Luca Canali, musique: Nino Rota assisté d’Ilhan Mimaroglu, Tod Docksader et Andrew Rudin, conception des décors, Federico Fellini, producteur, Alberto Grimaldi. Directeur de production: Roberto Cocco.
Production : PEA, Rome et Les artistes associés, Paris. Origine : Italie - France.
Distributeur: Artistes associés.
Première : Biennale de Venise, le 4 septembre 1969.
Interprétation:
Martin Potter (Encolpe), Hiram Keller (Ascylte), Max Born (Giton), Mario Romagnoli (Trimalchion), Magali Noël (Fortunata), Capucine (Trypténe), Fanfulla (Vernacchio), Danika La Loggia (Scintilla), Giuseppe Sanvitale (Habinnas), Genius (l’affranchi enrichi), Gordon Mitchell (le voleur), Capucine (Triphène), Donyale Luna (Oenothée), Salvo Randone (Eumolpe), Alain Cuny (Lichas), Tanya Lopert (l’empereur, César), Joseph Wheeler (le père de famille, le praticien), Lucia Bose (la mère de famille, la praticienne), Hylette Adolphe (l’esclave orientale), Marcello Di Falco (le proconsul), Elisa Mainardi (Arianne), Carlo Giordana (le capitaine du navire), Silvio Belusci (le nain), Maria de Sisti (la grosse du bordel), Pascale Baldassare (l’hermaphrodite), Luigi Montefiori (le Minotaure), Giuseppe San Vitale (Albinna), Lina Alberti (l’idole d’or/partie coupée au montage).
Libellés :
La littérature comme art de vivre
jeudi 3 décembre 2009
Initials XP

Coup de main
Averti par une amie que Jérôme Leroy était, à son tour, victime d’un attentat sur un blog de blattes, je me suis rendu sur les lieux du délit. Le même polygraphe anonyme se livre à son exercice favori : la délation sans signature, le coup de canif dans la pénombre. Solidaire de Jérôme, je me place ici à ses côtés contre un fantoche atrabilaire, qui laisse derrière lui une traînée brune et une odeur de latrines publiques abandonnées.
Vous me connécez, médammes, c’es moi, le bloger réaconsphérique, je suis célaibre sur toute la toile. Enfin, sur toute la toile d’araigner, c’est a dire la partie d’Internet qui n’a pas été netoillé depuis lontamp. C’es domage que je peux pas en prophiter dans la vrai vie, à cause que je signe tout mes articles avec deux cons sonnent, et qu’on connai pas des fotos de moi. Mais j’ème bien la nonimat : je reste dans l’onbre et je crache sur les gens. Les types come moi, il parai qu’il y en avé bocou pendand l’occupation allemande. Ils dénonssaient leurs voisins. Moi aussi, j’aime bien dénonsser sur mon blog : je dénonsse les arabes, les congoïdes, les fames, les jeunes, les animos, je suis une vraie terreur numérisée. Je fais même peur à mon clavier d’ordinateur ! Je sé que je fé des fotes d’ortografes, mais je men fiche de l’ortografe, moi ce qui m’intairésse, c’es le stile. Et le stile, j’en é beaucou ! Et puis, j’ai suivi les cours du soir, à l’univairsité Kronenbourg de filosofie. Désormais, je métrise bien les conceps filosofiques. Je voudret bien aicrire des zarticles sur un vrai site, comme causeur ; dailleur, j’y vé de tants en tants, mais, à chac fois, ce salop de Mandon, i fait rien qu’à m’humilier, i m’empaiche de daivelopé mes idés, d’exposé mes baux concepts, ceux qui plèsent tant à mes copains de bistro. Maintenant, à cause que Mandon et Leroy ils me laissent pas tranquile, je vé plu sur causeur. J’auré beaucou voulu être auteur sur causeur, mé je crois qu’ils veulent pas de moi. Cé domage pour les lecteurs de ce site d’aitre priver de ma belle prause. Vous pouvé pas vous imaginé le suxcès que j’ai avec mes concepts filosofiques. Le patron du bistro où que je vé, il dit que je suis trop inteligent, que j’écris tro bien, que si la société elle était pas si pourie, tous les éditeurs voudraient m’avoir comme auteur. J’ai bien dépozé des manuscrits, mais ils ont toujour étaient refuzés. Il a raison, le patron du bistro : les éditeurs, s’est tous des pouris. Cé toujours les maîmes qu’on voit à la radio et qu’on entend à la télé. Pourquoi qu’eux, ils sont édité, et pas moi ? Heureuzement qu’il y a internet où que je peux me répandre en insultes et en démonstration filosofiques.
Y a des salops sur l’intairnet qui font rien qu’à se môquet de moi, ils disent que je suis racis, stupid et unculte. Mai c’es pas vré ! Alor, voilà ça que je voulèt vous dire : au lieu que vous restez chez Mandon, cette pouriture, viendez pluteau sur mon block. On s’amuze bien, on rigole tout le tant, on est très filocémites : entre un juif et un arab, on préfaire le juif, même si, au fon, c’est «kif-kif boursicot» comme disent mes copins. Mais entre un arab et un congoïde, on ne choisi pas. On les lèsse s’entretuer !
Ce qui comte, pour moi, c’est la grande civilization françèze, et tout ça qui va avec : la langue, la littairature, les grans écrivins, le wiski, la bière, la piza, et les bones fames.
Par contre, la politic, je n’aime pas ça. Je ne fais pas de politic, je suis un artiss, moi, et un panseur. En politic, pourtant, je mi conné bien : j’ai voté Jean Sarkozy quand il s’est présenté au ministère de la Défense, et, si cétait à réfaire, je le référai. Mais sinon, la politic, trè peuh pour moi. C’est bon pour les annes.
Alors, viendez, mesdames, viendez vous jouindre à nous, rejoindez notre bande !
Vendôme rit
«L'adresse de Mansart était d'engager le roi par des riens en apparence, en des entreprises fortes ou longues, et de lui montrer des plans imparfaits, surtout pour ses jardins, qui, tous seuls, lui missent le doigt sur la lettre. Alors Mansart s'écriait qu'il n'aurait jamais trouvé ce que le roi proposait : il éclatait en admiration, protestait qu'auprès de lui il n'était qu'un écolier, et il le faisait tomber de la sorte où il voulait, sans que le roi s'en doutât le moins du monde.» Duc de Saint-Simon
Mais Jules Hardouin-Mansart (1646-1708), petit-neveu de François Mansart (1598-1666) n'est pas resté dans nos mémoires pour avoir été un très habile courtisan. S'il nous demeure cher et bien digne de reconnaissance, c'est qu'il conçut des architectures remarquables : à Versailles, l'Orangerie, la grande et la petite écurie, la chapelle Saint-Louis (avec Robert de Cotte) ; à Paris, la place des Victoires, la place Vendôme, Saint-Louis-des-Invalides… Cumulant les charges de Premier architecte du roi et de Surintendant des bâtiments du Roi (à partir de 1685), il dirigea la plus prestigieuse agence d'architecture de son temps.
Jacques Séguela, lui aussi, est un courtisan, et, lui aussi, dirige une agence… de publicité. Son unique chance de passer à la postérité se tient dans la permanence de la marque horlogère Rolex. Si cette dernière produit encore des montres dans trois siècles, on évoquera peut-être cette sentence de M. Séguéla, qui nous fit rire aux éclats : «À cinquante ans, si on n'a pas une Rolex, on a raté sa vie !».

Mais Jules Hardouin-Mansart (1646-1708), petit-neveu de François Mansart (1598-1666) n'est pas resté dans nos mémoires pour avoir été un très habile courtisan. S'il nous demeure cher et bien digne de reconnaissance, c'est qu'il conçut des architectures remarquables : à Versailles, l'Orangerie, la grande et la petite écurie, la chapelle Saint-Louis (avec Robert de Cotte) ; à Paris, la place des Victoires, la place Vendôme, Saint-Louis-des-Invalides… Cumulant les charges de Premier architecte du roi et de Surintendant des bâtiments du Roi (à partir de 1685), il dirigea la plus prestigieuse agence d'architecture de son temps.
Jacques Séguela, lui aussi, est un courtisan, et, lui aussi, dirige une agence… de publicité. Son unique chance de passer à la postérité se tient dans la permanence de la marque horlogère Rolex. Si cette dernière produit encore des montres dans trois siècles, on évoquera peut-être cette sentence de M. Séguéla, qui nous fit rire aux éclats : «À cinquante ans, si on n'a pas une Rolex, on a raté sa vie !».

Libellés :
Des yeux pour voir
mardi 1 décembre 2009
Vitrines
Rue du Mont-Thabor (Paris Ier) : cette ravissante boutique expose de la haute couture vintage. Ici, un modèle époustouflant de Christian Dior, accompagné d'un très beau livre de Françoise Giroud et Sacha Van Dorssen, aux éditions du Regard. C'est à propos de Dior et de sa première collection, en 1947,que Carmel Snow (Harper's Bazzar)inventa la formule «new look». La rencontre d'un grand industriel, Marcel Boussac, et d'un créateur exceptionnel changea l'allure des femmes.




Christian Lacroix ferme définitivement. Tout près de la place Vendôme, Kate Moss porte les couleurs d'une marque prestigieuse. Elle incarne superbement la chute de la maison haute couture : elle posera encore, quand la dernière maison fermera… Elle vante la maigreur, elle est très riche, elle sent la «poudre», elle me méprise : cette fille-là, elle est terrible !



Rue Danielle Casanova : plaisir d'offrir…

Son voisin de vitrine en perd la tête !

Un peu plus loin dans la rue Danielle Casanova, la devanture de Brentano's se dégrade irrésistiblement :
«Chers clients,
La liquidation du magasin Brentano's a été prononcée le vendredi 12 juin 2009. Nous sommes désolés de vous informer de la fermeture définitive du magasin.
Merci de votre soutien et de votre fidélité pendant toutes ces années,
L'équipe Brentano's
We regret to inform our faithful customers that Brentano's bookstore is in liquidation since Friday June 12th 2009 and is no longer trading.
Thank you for your support over the years,
the Brentano's staff»
La hausse des loyers, à Paris, aussi bien pour les baux commerciaux que pour les particuliers, aura bientôt triomphé de tout ce qui faisait la vie bonne. Brentano's, dont l'entrée principale se trouvait avenue de l'Opéra, tissait un lien très étroit entre l'Amérique et la France. On y trouvait les livres en langue anglaise dans le même temps qu'ils paraissaient à New York, tous les journaux, tous les magazines, des plus officiels aux plus «underground», qu'on pouvait longuement feuilleter. On apprit que la librairie ne pouvait plus «suivre» la mise folle qu'un propriétaire sans visage avait placée sur le tapis du terme. Qui a eu la peau de Brentano's ?




Christian Lacroix ferme définitivement. Tout près de la place Vendôme, Kate Moss porte les couleurs d'une marque prestigieuse. Elle incarne superbement la chute de la maison haute couture : elle posera encore, quand la dernière maison fermera… Elle vante la maigreur, elle est très riche, elle sent la «poudre», elle me méprise : cette fille-là, elle est terrible !



Rue Danielle Casanova : plaisir d'offrir…

Son voisin de vitrine en perd la tête !

Un peu plus loin dans la rue Danielle Casanova, la devanture de Brentano's se dégrade irrésistiblement :
«Chers clients,
La liquidation du magasin Brentano's a été prononcée le vendredi 12 juin 2009. Nous sommes désolés de vous informer de la fermeture définitive du magasin.
Merci de votre soutien et de votre fidélité pendant toutes ces années,
L'équipe Brentano's
We regret to inform our faithful customers that Brentano's bookstore is in liquidation since Friday June 12th 2009 and is no longer trading.
Thank you for your support over the years,
the Brentano's staff»
La hausse des loyers, à Paris, aussi bien pour les baux commerciaux que pour les particuliers, aura bientôt triomphé de tout ce qui faisait la vie bonne. Brentano's, dont l'entrée principale se trouvait avenue de l'Opéra, tissait un lien très étroit entre l'Amérique et la France. On y trouvait les livres en langue anglaise dans le même temps qu'ils paraissaient à New York, tous les journaux, tous les magazines, des plus officiels aux plus «underground», qu'on pouvait longuement feuilleter. On apprit que la librairie ne pouvait plus «suivre» la mise folle qu'un propriétaire sans visage avait placée sur le tapis du terme. Qui a eu la peau de Brentano's ?
lundi 30 novembre 2009
Tanya from Russia, America and Paris
Dearest Tanya, I think you'll like this short extract from She's so lovely, filmed by Nick Cassavetes, based on a scenario by his father, the magnificent John Cassavetes.
Thank you for coming : you are so lovely…
Patrick
Un hamster s'est installé ici la nuit dernière : Tanya Roessler. Je vous invite à vous rendre à son blog http://mushroomsandberries.blogspot.com/. Née en Russie, vivant actuellement en Amérique, elle connaît bien Paris. Elle a l'esprit en éveil, curieux des choses, vigilant des gens que nous aimons.
Two extracts, from one of your favourite movies, Tanya : Le feu follet, filmed by Louis Malle, based on a book by my poor and dear Pierre Drieu la Rochelle.

She' so lovely (1997)
Avec Sean Penn, Robin Wright Penn, John Travolta, Harry Dean Stanton, Debi Mazar, Gena Rowlands, James Gandolfini
Réalisé par Nick Cassavetes, fils de John Cassavetes et de Gena Rowlands (au panthéon tous les deux !)
Musique de Joseph Vitarelli
Produit par René Cleitman, Avram Butch Kaplan, Bernard Bouix, Gérard Depardieu, Sean Penn et John Travolta
Trouvé chez Priceminister au prix de 1,95 € d'occasion, et de 4,19 € neuf.
Ci-dessous : Gena Rowlands, Nick Cassavetes, John Cassavetes


Le feu follet (1963)
Maurice Ronet, Léna Skerla,Yvonne Clech, Hubert Deschamps, Jean-Paul Moulinot, Mona Dol, Pierre Moncorbier, René Dupuy, Bernard Tiphaine, Bernard Noël, Ursula Kubler, Jeanne Moreau, Alain Mottet, François Gragnon, Romain Bouteille, Jacques Sereys, Alexandra Stewart, Claude Deschamps, Tony Taffin, Henri Serre
Réalisé par Louis Malle
Scénario : Louis Malle d’après le livre de Pierre Drieu la Rochelle
Image : Ghislain Cloquet
Décors : Bernard Evein
Musique : Erik Satie
Trouvé au prix de 19,49 € (livraison gratuite à partir de 20 € d'achats) chez Amazone

«[…] si un homme, au-delà de dix-huit ans, parvient à se tuer, c’est qu’il est doué d’un certain sens de l’action. Le suicide, c’est la ressource des hommes dont le ressort a été rongé par la rouille du quotidien. Ils sont nés pour l’action, mais ils ont retardé l’action; alors l’action revient sur eux en retour de bâton. Le suicide, c’est un acte, l’acte de ceux qui n’ont pu en accomplir d’autres. C’est un acte de foi, comme tous les actes. Foi dans le prochain, dans l’existence du prochain, dans la réalité des rapports entre moi et le prochain. Je me tue, dit Alain, parce que vous ne m’avez pas aimé, parce que je ne vous ai pas aimés. Je me tue parce que nos rapports furent lâches, pour serrer nos rapports. Je laisserai sur vous une tache indélébile. Je sais bien qu’on vit mieux mort que vivant dans la mémoire de ses amis. Vous ne pensiez pas à moi, eh bien, vous ne m’oublierez jamais»
Pierre Drieu la Rochelle, Le feu follet, Gallimard (extrait)
Thank you for coming : you are so lovely…
Patrick
Un hamster s'est installé ici la nuit dernière : Tanya Roessler. Je vous invite à vous rendre à son blog http://mushroomsandberries.blogspot.com/. Née en Russie, vivant actuellement en Amérique, elle connaît bien Paris. Elle a l'esprit en éveil, curieux des choses, vigilant des gens que nous aimons.
Two extracts, from one of your favourite movies, Tanya : Le feu follet, filmed by Louis Malle, based on a book by my poor and dear Pierre Drieu la Rochelle.

She' so lovely (1997)
Avec Sean Penn, Robin Wright Penn, John Travolta, Harry Dean Stanton, Debi Mazar, Gena Rowlands, James Gandolfini
Réalisé par Nick Cassavetes, fils de John Cassavetes et de Gena Rowlands (au panthéon tous les deux !)
Musique de Joseph Vitarelli
Produit par René Cleitman, Avram Butch Kaplan, Bernard Bouix, Gérard Depardieu, Sean Penn et John Travolta
Trouvé chez Priceminister au prix de 1,95 € d'occasion, et de 4,19 € neuf.
Ci-dessous : Gena Rowlands, Nick Cassavetes, John Cassavetes


Le feu follet (1963)
Maurice Ronet, Léna Skerla,Yvonne Clech, Hubert Deschamps, Jean-Paul Moulinot, Mona Dol, Pierre Moncorbier, René Dupuy, Bernard Tiphaine, Bernard Noël, Ursula Kubler, Jeanne Moreau, Alain Mottet, François Gragnon, Romain Bouteille, Jacques Sereys, Alexandra Stewart, Claude Deschamps, Tony Taffin, Henri Serre
Réalisé par Louis Malle
Scénario : Louis Malle d’après le livre de Pierre Drieu la Rochelle
Image : Ghislain Cloquet
Décors : Bernard Evein
Musique : Erik Satie
Trouvé au prix de 19,49 € (livraison gratuite à partir de 20 € d'achats) chez Amazone

«[…] si un homme, au-delà de dix-huit ans, parvient à se tuer, c’est qu’il est doué d’un certain sens de l’action. Le suicide, c’est la ressource des hommes dont le ressort a été rongé par la rouille du quotidien. Ils sont nés pour l’action, mais ils ont retardé l’action; alors l’action revient sur eux en retour de bâton. Le suicide, c’est un acte, l’acte de ceux qui n’ont pu en accomplir d’autres. C’est un acte de foi, comme tous les actes. Foi dans le prochain, dans l’existence du prochain, dans la réalité des rapports entre moi et le prochain. Je me tue, dit Alain, parce que vous ne m’avez pas aimé, parce que je ne vous ai pas aimés. Je me tue parce que nos rapports furent lâches, pour serrer nos rapports. Je laisserai sur vous une tache indélébile. Je sais bien qu’on vit mieux mort que vivant dans la mémoire de ses amis. Vous ne pensiez pas à moi, eh bien, vous ne m’oublierez jamais»
Pierre Drieu la Rochelle, Le feu follet, Gallimard (extrait)
samedi 28 novembre 2009
Un temps à mettre Paris dehors
Après Le pont des sourires et Le pont des soupirs (voir les deux articles précédents), continuons avec Paris, dont je ne finis pas d'entendre la romance.
Trenet fut mon autre grand Charles, mon enchanteur favori, et je me réjouis de retrouver dans les souvenir que Jean-Jacques Debout (voir l'article Un jeune homme d'autrefois) a enfin achevé d'écrire (Ma vie à Dormir Debout, éditions XO), de très belles lignes sur l'homme qui fit chanter notre route…
L'autre matin, il faisait un temps magnifique, un temps éblouissant, un temps de Libération, de fusillade heureuse. L'autre jour, il faisait un matin de Paris, le vent soufflait, chassait de gros nuages, en rapportait d'autres, chargés de pluie et de gris.
Il était midi et demi, comme l'indique la très grande horloge de la place de la Concorde.





Document : Chanson La romance de Paris (Georges Van Parys- Charles Trenet), du film au titre éponyme de Jean Boyer (1941), avec Charles Trenet, Yvette Lebon, Robert Le Vigan.
Autres photographies : PM
Trenet fut mon autre grand Charles, mon enchanteur favori, et je me réjouis de retrouver dans les souvenir que Jean-Jacques Debout (voir l'article Un jeune homme d'autrefois) a enfin achevé d'écrire (Ma vie à Dormir Debout, éditions XO), de très belles lignes sur l'homme qui fit chanter notre route…
L'autre matin, il faisait un temps magnifique, un temps éblouissant, un temps de Libération, de fusillade heureuse. L'autre jour, il faisait un matin de Paris, le vent soufflait, chassait de gros nuages, en rapportait d'autres, chargés de pluie et de gris.
Il était midi et demi, comme l'indique la très grande horloge de la place de la Concorde.
Document : Chanson La romance de Paris (Georges Van Parys- Charles Trenet), du film au titre éponyme de Jean Boyer (1941), avec Charles Trenet, Yvette Lebon, Robert Le Vigan.
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