mercredi 4 septembre 2013

Le dernier français éteindra la lumière

Il s'appelle Arnaud Fleurent-Didier, et doit avoir une trentaine d'années. J'avais entendu sa chanson, intitulée France Culture, il y a quelque temps déjà, une chanson triste comme une génération mollement sacrifiée. J'ai l'impression qu'elle dit, sur un ton de banalité morne, des choses intéressantes…

lundi 2 septembre 2013

Bruissement

Dans un recueil de « tout et de rien », intitulé La suite dans les idées, de Pierre Drieu la Rochelle, un homme, penché sur une femme endormie, entend « le bruissement du songe que fait une paisible foule en marche : son sang. ».
























Dessin de Steinlen

Sur Drieu-la-Rochelle : Le choix d'un frère,  Drieu via Visconti, Joël H. via Guidoni - 
La belle argentine et l'homme perduTanya from Russia, America and Paris, L'amour aux enchères,
Arnaud Le Guern fait valser DD, Fin de partie 2 – Avec amitiéUn salut amical suivi d'une notule pleine de mauvais esprit

vendredi 30 août 2013

Gregory « Cool » Porter

Entre jazz et soul, entre musique d'église et musique de club, voici le plus récent talent authentique, venu des USA : Gregory Porter. Sa carrure et sa vivacité le désignèrent pour jouer au football américain. Mais sa vocation était ailleurs ; il la tient sans doute de sa mère, pasteur, et de ses fidèles, qui louent Jesus en chantant, à la façon d'un chœur au rythme impeccable. Dans Be good, il est question d'un lion en cage et d'une femme, qui tourne en dansant autour de la cage où il se tient. Elle se méfie des hommes, aussi dangereux que les lions. Elle se méfie de l'amour, sans doute. Peut-elle être bienveillante avec les lions ?
Belle vidéo !
Note : la chemise très ouvragée, d'un rose d'attendrissement, relève du plus pur kitsch des années soixante-dix.



Et encore 1960 What ?  Il est question d'une certaine année de la décennie 1960, et d'un homme qui fut tué au Lorraine motel, à Memphis, Tennessee. L'homme se nommait Martin Luther King. Son rêve est devenu fameux.
On sera sensible à la belle montée des cuivres, au début, et à la tonalité très Miles Davis par instant.

▶ Gregory Porter - 1960 What? - Official Music Video (Jazz, Soul Music) - YouTube

On entendra, si on le veut, Piano tristeEvans for everLa nuit 8La nuit 7La nuit 6La nuit 5La nuit 4 et toutes les nuits de la rubrique A man and his music, car on y retrouve Ava Gardner et Franck « The Voice » Sinatra

jeudi 22 août 2013

Lubie

Montaigne, lancé sur les chemins, se préoccupait de trouver toujours du neuf, laissant derrière lui ce qu'il avait trop vu. Mais peut-on connaître ce que l'on cherche, quand on sait ce que l'on fuit ? Quant à moi, je n'aime rien tant qu'imaginer ce que je suis presque certain de trouver ailleurs, et je ressens comme une heureuse surprise le simple fait d'éprouver ce que j'avais pressenti.
Cela dit, il se fait une lente érosion des formes de la vieille Europe. On dirait que son passé, lointain ou proche, l'encombre. Ainsi Budapest, qui, au train où y vont les choses, ne se ressemblera tantôt plus.

Elle était belle et souple, et venait de Nubie,
La tenant dans ses bras, il serrait sa lubie. 
Un matin, cependant, revint sa danubienne ;
Il se fit aimer d'elle, et garda sa nubienne.

















Ci-dessus, le pont dit des Chaînes, (Széchenyil Lánchid), Budapest. 

Je souhaite vivement à cette ville admirable de se ressaisir, et de trouver sa place dans la vieille Europe. Je vois peser sur elle deux menaces : le nationalisme agressif et l'américanisation accélérée de son mode de vie. En outre, il n'est pas anodin qu'elle soit devenue la capitale de la pornographie et de la prostitution. Les très belles hongroises ne sauraient se satisfaire d'être l'objet d'un marketing sexuel, à la fois vil et « ultralibéral ».
L'Europe possède une réserve culturelle, qu'elle s'acharne, actuellement, non pas à épuiser, mais à enfouir. 

dimanche 4 août 2013

C'est mieux à deux



Françoise Hardy dit elle-même qu'elle réalisa un souhait ancien, un « fantasme » précise-t-elle, en enregistrant cette chanson avec Julio Iglesias. Ainsi adoubé par la grande Hardy, Iglesias, snobé par le public habituel de la chanteuse et par les critiques « sérieux », gagna d'un seul coup plusieurs rangs de réputation. Henri Salvador ne s'y trompait pas, qui favorisa la constitution de ce duo. Julio a démontré depuis longtemps qu'il n'est pas qu'un roucouleur, un représentant en sucreries. Au reste, c'est un périlleux exercice que celui de roucouler sans être grotesque.

À la demande générale de Nuageneuf (voir son message), c'est avec plaisir et ravissement que nous vous offrons ce superbe moment « latino-crooner »



Et, puisque la nuit n'en finit plus, je dédie aux mains qui se croisent et aux corps qui se frôlent, cet autre enchantement :



On consultera, pour Iglesias : Julio l'américainLa querelle du tangoVue de dosOn prend la routeLe bout de la route
Et pour Françoise H. : Une sorte de grâceComme un adieu dans une langue oubliée, lady Dali et l'HardyMélancouler avant de sombrer
Relativement à Diana Krall et à quelques belles femmes du jazz, on aimera Lady D. and other Piano triste(A)vœux 3

lundi 15 juillet 2013

Professeur de mélancolie



Elle a tout dit de ce qu'elle voulut qu'on retînt d'elle. Elle l'a dit dans ses chansons et dans ses « mémoires », Il était un piano noir. J'ai grandi avec elle, de l'adolescence à l'âge de déraison, je l'ai applaudie sur de nombreuses scènes, à Paris. Je rentrai dans la nuit, souvent en longeant la Seine, la tête pleine de ses amours mortes. Elle fut, avec quelques autres, mon professeur de mélancolie.

Note : on entendra avec plaisir la belle adaptation radiophonique que France culture a fait du livre Il était un piano noir. L'affaire, qui a commencé la semaine dernière, se poursuit jusqu'à vendredi. On peut évidemment écouter, voir podecaster, les émissions passées, en se rendant sur le site de la station.

samedi 6 juillet 2013

Arthur R., clandestin sur la terre


LEO FERRE - On n'est pas sérieux quand on a 17... par l0ve_0n_the_beat

Dix-sept ans ! Un garçon, un rustre, brutal, grossier, avec des diamants dans la bouche, un voyou, un hirsute des barrières, un piéton cérébral qui ne cessa pas de marcher… Un récalcitrant fuyant son ombre, sans passé, un marchand, un trafiquant, furieux d'avoir été roulé, réclamant son dû, âpre au gain, les reins brisés par une ceinture pleine d'or, qu'il ne quittait jamais. Un géographe silencieux, prompt à la colère, méfiant, un cavalier au corps sec et noueux, lancé sur les pistes de cailloux et de sable. À la fin, rongé par une tumeur osseuse qui lui dévorait la jambe, traversant le désert sur une litière, à dos d'homme, souffrant le martyr pendant la traversée jusqu'à Marseille. La lente agonie, les chairs torturées, des rêves de ciel de plomb et de pistes brûlées par le soleil, les dernières paroles de Rimbaud l'Abyssin pour organiser la caravane, et les ordres d'embarquement.
Il n'y eut pas deux Rimbaud, mais un seul, de son pays de pluie jusqu'aux dunes mouvantes, un seul Arthur R., passager clandestin sur la terre.

Sur Arthur, on lira  caravanier